La stratégie de Cameron contre Juncker pour rafler des postes à la Commission

L'opposition britannique à la nomination de Jean-Claude Juncker a fait pshitt

Le premier ministre britannique remet en question jusqu’au caractère démocratique de l’élection européenne. Pour mieux revendiquer des postes majeurs au sein de la future Commission, selon des informations d’EURACTIV.com.

Dans une lettre ouverte à Angela Merkel publiée le 13 juin, David Cameron a lancé la salve la plus acerbe jamais prononcée contre le candidat du Parti populaire européen.

«M. Juncker n’était sur aucun bulletin de vote, il n’a été candidat nulle part et n’a été élu par personne», écrit le Premier ministre britannique, qui estime que les Européens qui ont voté aux élections l’ont fait «pour choisir leurs députés européens et pas le président de la Commission».

Agenda caché

Le responsable britannique ajoute également que la participation a reculé dans la majorité des Etats – un argument contestable puisque la participation totale au suffrage européen a progressé par rapport à 2009. Mais cette attaque en règle, la plus sévère depuis l’élection le 25 mai dernier, semble avoir un objectif : récupérer des postes essentiels au sein de la future Commission.

Le premier ministre David Cameron souhaite qu’Andrew Lansley, le futur commissaire britannique, obtienne la vice-présidence de l’exécutif européen.

Concurrence, énergie et marché intérieur

Andrew Lansley pourrait alors superviser un groupe de commissaires qui comprendrait celui en charge du marché intérieur, de la concurrence et de l’énergie.  Un poste de « super-commissaire », qui chapeauterait plusieurs compétences clé de la Commission.

En outre, Londres exige que le poste de secrétaire général de la Commission soit remis à un autre ressortissant britannique, et a formulé en plus d’autres vœux secondaires, ont indiqué deux sources à EURACTIV. Cette fonction stratégique est actuellement occupée par Catherine Day, une Irlandaise.

Andrew Lansley, le dirigeant de la chambre basse britannique est un « eurosceptique modéré » et sera le prochain représentant britannique au sein de la Commission.

Revendications peu acceptables

En échange, David Cameron s’est dit prêt, selon certaines sources, à accepter Jean-Claude Juncker, le candidat du Parti populaire européen, à la présidence de la Commission européenne, même si « personne n’a voté pour lui en Grande-Bretagne ». En effet, les Tories ont quitté le Parti populaire européen (centre-droit) en 2009 pour fonder leur propre groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE). Or, aucun parti membre du PPE n’a fait campagne lors des européennes outre-Manche.

David Cameron a aussi qualifié Jean-Claude Juncker d’« homme du passé » et l’a décrit comme une personne inapte à diriger l’UE pour les prochaines cinq années. De son côté, Jean-Claude Juncker a fait un geste vers le premier ministre britannique et a dit qu’il ferait en sorte pour proposer « un accord juste à la Grande-Bretagne » dans le cadre de la renégociation de son adhésion à l’UE.

Bien que la proposition de David Cameron semble inacceptable, elle montre en même temps que le premier ministre tend vers un compromis pour la nomination de Jean-Claude Juncker. Lors d’une conférence de presse du 12 juin, Manfred Weber, le président du groupe du PPE au sein du Parlement européen,  a expliqué qu’il s’attendait à ce que le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, désigne Jean-Claude Juncker. De plus, il y a de bonnes chances qu’il obtienne la majorité lors du vote du Parlement le 15 ou le 16 juillet prochains.

Le chantage plutôt que le veto

Manfred Weber, lors d’une conférence de presse à la suite d’une entrevue avec Herman Van Rompuy, a également répété que Londres n’a pas brandi son veto contre l’élection du président de la Commission. En effet, en vertu de la procédure prévue dans les traités, il faut une majorité qualifiée d’au moins 55 % des États membres, qui représente au moins 65 % de la population pour désigner un candidat. Elle devrait facilement être atteignable sans le Royaume-Uni, ainsi que les quelques autres États membres qui décideraient de soutenir Londres.

Selon certaines sources, la possibilité de sécuriser un accord dans les plus brefs délais afin d’assurer la succession de José Manuel Barroso à Jean-Claude Juncker, sans avoir à se confronter à l’opposition britannique, est à portée de main. Cependant, certains grands États membres, s’inquiètent de faire trop de concessions à Londres et essaient de manœuvrer pour éviter que leurs commissaires soient minorés par Andrew Lansley.

Manfred Weber a en outre indiqué qu’une nomination rapide de Jean-Claude Juncker serait bien perçue sur les marchés financiers.

« Il est important de leur montrer que l’Europe peut se tenir aux délais », a conclu le chef du PPE. 

Les élections européennes ont eu lieu dans tous les États membres en mai 2014. Le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, prévoit que le Parlement européen élira le président de la Commission sur la base d'une proposition du Conseil qui tiendra compte des élections européennes (Article 17, alinéa 7 du TUE). Cette disposition s'applique pour la première fois dans le cadre des élections de 2014.

Le Parlement européen et de nombreux spécialistes ont incité les partis à désigner leur tête de liste pour les campagnes électorales. Les élections européennes sont de facto une course à la présidence de la Commission.

D'autres responsables politiques estiment toutefois que désigner son propre candidat ne serait pas la solution idéale. Les attentes pourraient bien être déçues. M. Van Rompuy a d'ailleurs appelé à plusieurs reprises à la prudence : le Conseil européen pourrait choisir un autre candidat que la tête de liste du parti vainqueur. 

  •  26-27 juin : réunion du Conseil européen
  •  15 ou 16 juillet : possible vote du Parlement européen de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission 

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