Laure Ferrari, du commerce à l’euroscepticisme

Laure Ferrari

EURACTIV.fr publie une série de portraits de candidats aux élections européennes. Laure Ferrari, candidate de Debout la République dans l’Est de la France, s’est engagée en politique par colère contre le fonctionnement de l’Union européenne.

C’est à la suite d’une rencontre inattendue avec deux députés européens eurosceptiques, les Britanniques Godfrey Bloom (non-inscrit) et Nigel Farage le leader de l’UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni) que Laure Ferrari va « entrer en politique ». « À cette époque en 2007, je travaillais en extra dans un restaurant de Strasbourg. J’ai rencontré ces deux eurodéputés et nous avons commencé à parler de politique » se rappelle la jeune femme.

« Il n’y a pas la même hiérarchisation chez les Britanniques et eux-mêmes n’étaient pas à la base des hommes politiques de carrière » explique-t-elle.

Les affinités politiques du charismatique leader de l’UKIP et de la jeune femme sont en accord, et cette rencontre va rapidement se transformer en collaboration. Laure Ferrari rejoint Nigel Farage au Parlement européen, où elle s’occupera des relations publiques pour la délégation britannique du groupe parlementaire Europe libertés démocratie (ELD), co-présidé par l’eurodéputé britannique.

 « Tout le monde écrit que j’ai été assistante parlementaire de Nigel Farage, mais c’est faux ! J’étais responsable des relations publiques » précise la jeune femme.

 Coup du hasard

Pourtant, rien ne prédestinait Laure Ferrari à passer sept années passées au sein de Parlement ou à se présenter en 2014 comme candidate aux élections européennes sous la bannière de « Debout la République ». « Avant 2005, je n’en avais rien à secouer de la politique » s’amuse-t-elle. « Pour moi, elle s’incarnait principalement au travers d’hommes âgés qui s’écoutaient parler ».

Mais ce désintérêt total se transforme au cours de la campagne sur le référendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel. « Je me suis dit : on est en train de faire quelque chose dans le dos des citoyens européens. Et j’ai toujours eu une âme de rebelle » se explique-t-elle.

« Ce qui me débecte dans le fonctionnement de l’Union européenne, c’est qu’on impose une vision qui ne correspond pas à celle des citoyens européens ! » poursuit la jeune femme.

À cette époque, la jeune femme native d’Épinal a terminé un DEUG d’anglais à l’Université de Strasbourg et avant de poursuivre deux ans en école de communication. Mais elle décide de s’orienter vers une tout autre activité professionnelle. « Après mes études, j’ai tout de suite ouvert un magasin de vêtement – Urban Flavor – à Strasbourg ».

Un choix surprenant qu’elle explique par une envie d’indépendance immédiate. « J’avais beaucoup de mal à m’imaginer travailler pour quelqu’un. Donc je me suis mise à mon compte en faisant un emprunt auprès d’une banque pour racheter le fonds de commerce » se rappelle-t-elle.

Pendant deux ans, Laure Ferrari va faire tourner la boutique, avant de se rendre à l’évidence : « L’indépendance a un prix. J’ai ouvert en période de crise et ce travail de commerçante s’est avéré être… très solitaire ! » raconte-t-elle. C’est d’ailleurs pour faire face aux difficultés de son commerce qu’elle cherchera ce travail de serveuse en extra pour « boucler les fins de mois » qui la mènera à un changement radical de carrière.

Politiquement non plus, ses origines familiales ne l’appelaient pas forcément à rejoindre le camp des eurosceptiques. « Je dirais que mon père est gaulliste et ma mère… inqualifiable, même si elle s’est toujours considérée comme de gauche » détaille la jeune femme, dont la famille possède une entreprise de transport routier de marchandise.

Rapprochement franco-britannique

La rencontre avec « Debout la République » se fait pendant ses années au Parlement européen. « En 2011, j’ai rencontré Nicolas-Dupont Aignan, que je ne connaissais pas du tout ! Mais j’ai immédiatement été séduite par sa personnalité et son programme » affirme la candidate dans l’Est.

Après cette rencontre, elle fait les présentations entre les deux leaders eurosceptiques. « Et la mayonnaise a pris. Maintenant, ils sont comme cul et chemise avec Nigel Farage » s’amuse-t-elle. Depuis, les rencontres et les soutiens réciproques entre les deux hommes se sont multipliés.

« J’ai également tenté un rapprochement avec le parti allemand eurosceptique Alternative für Deutschland (AfD). Mais cela ne sera réellement possible qu’après les élections ».

Malaise face à l’étiquette d’extrême

Malgré ses positions tranchées sur la question européenne, pas question pour la jeune femme de se laisser classer dans la catégorie de l’extrême- droite ou d’être assimilé à une symatisante du Front national. Une assimilation qui provoque d’ailleurs un certain malaise. « Il ne faut pas oublier qu’il a plein de partis de gauche qui se revendiquent eurosceptiques ou euro-lucides » rappelle-t-elle.

« Plus jeune, j’ai participé aux manifestations contre le Front national lorsque Jean-Marie Le Pen est arrivé au second tour de l’élection présidentielle de 2002 » se remémore-t-elle. « Certaines de leurs idées, comme la peine de mort ou leur dérapage sur l’immigration me dégoutent ».

Pourtant, de nombreuses idées de campagne des deux partis restent proches, « même si sur l’Europe, le FN s’est beaucoup plus inspiré de nous que l’inverse » soutient la candidate de Debout la République.

Pour autant, tout n’est pas à jeter dans l’UE. Si Debout la République milite en faveur d’une sortie de l’Union européenne, le Conseil européen (réunion des chefs d’État et de gouvernement de l’UE) trouve grâce aux yeux du parti eurosceptique. Le retour au franc fait aussi partie du programme, mais l’euro pourrait rester « une monnaie d’échange » internationale. 

Contexte

Les élections européennes seront organisées dans tous les États membres en mai 2014.Le traité de Lisbonne, entré en vigueur le 1er décembre 2009, prévoit que le Parlement européen élira le président de la Commission sur la base d'une proposition du Conseil qui tiendra compte des élections européennes (Article 17, alinéa 7 du TUE).Cette disposition s'appliquera pour la première fois dans le cadre des élections de 2014.

 Le Parlement européen et de nombreux spécialistes ont incité les partis à désigner leur tête de liste pour les campagnes électorales. Les élections européennes seront de facto une course à la présidence de la Commission. Les campagnes pourraient être plus politisées et le taux de participation des électeurs pourrait grimper.

 D'autres responsables politiques estiment toutefois que désigner son propre candidat ne serait pas la solution idéale. Les attentes accrues pourraient facilement engendrer de la déception. M. Van Rompuy a d'ailleurs appelé à plusieurs reprises à la prudence : le Conseil européen pourrait choisir un autre candidat que la tête de liste du parti vainqueur.

Prochaines étapes

  • 25 mai : élections européennes

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