Le débarquement de députés eurosceptiques à Strasbourg en question

(Credit: [Vepar5/Shutterstock])

L’élection probable de 120 à 200 députés européens eurosceptiques semble se confirmer. La Deutsche Bank estime que l’impact des partis eurosceptiques sera limité au Parlement européen, mais notable au niveau national, ce qui pourrait influencer la gestion de la crise de la dette en Europe.

A un mois des élections européennes, les perspectives des partis extremistes sont au beau fixe. Selon un sondage du CSA pour Nice-Matin et BFMTV, le Front national obtiendrait 24% des suffrages,  et le Front de Gauche 7, 5 %, soit près d’un tiers du vote des Français aux extrêmes. L’UMP (22%) et le PS (20%) sont proches dans les dernières estimations, et les centristes sont à 9%.

Reste à savoir ce que feront ces nouveaux élus, une fois arrivés au Parlement européen. La Deutsch Bank a publié une étude sur le sujet, en collaboration avec le Dr Florian Hartleb, spécialiste en science politique.

« Nous avons compilé les résultats de sondages menés en fonction de la loi électorale nationale de chaque pays membre, en tenant compte du nombre de sièges parlementaires disponibles au Parlement européen » explique Nicolaus Heinen, l’un des auteurs du rapport.

Le scrutin européen est souvent l’occasion pour les électeurs de sanctionner les gouvernants nationaux.

Entre 129 et 204 sièges sur 751 pour l’extrême-droite

Dans le premier scénario, les auteurs prévoient que les partis eurosceptiques obtiennent le même nombre de voix aux Européennes qu’aux élections nationales. Ce qui permettrait aux eurosceptiques de recueillir près de 17 % des suffrages, soit 129 sièges sur les 751 que compte le Parlement européen.

Dans le deuxième scénario, les auteurs envisagent une mobilisation plus large des électeurs pour les partis eurosceptiques que pour les grands partis, déjà bien établis. Dans ce deuxième scénario, le degré de mobilisation des électeurs, est calculée à partir d’une moyenne entre le taux de participation lors des dernières élections nationales et entre le taux de participation aux dernières élections européennes. Selon cette hypothèse, les partis eurosceptiques pourraient recueillir près de 22 % des voix lors du prochain scrutin de mai, soit 167 sièges au Parlement européen.

Enfin, le troisième scénario, qualifié de scénario de l’extrême par les auteurs de l’étude, suppose que les électeurs affirmant voter pour les partis eurosceptiques aux élections nationales, en feront de même pour les élections européennes de mai. Dans ce cas, les partis eurosceptiques pourraient obtenir jusqu’à 27% des suffrages, soit 204 sièges sur 751 au Parlement européen.

>>Lire aussi: Les eurosceptiques marquent des points au Royaume-Uni

Fort impact des eurosceptiques au niveau national

Les eurosceptiques pourraient donc peser plus lourd lors des élections européennes de mai, pourtant selon l’étude de la Deutsche Bank, l’impact direct des eurosceptiques serait limité à Strasbourg, alors que leur impact indirect à l’échelle nationale et européenne risque de croître de façon significative.

 «Si les eurosceptiques remportent un large succès aux européennes, il faut d’abord craindre un impact au niveau national. La rhétorique politique nationale pourrait se durcir, et les gouvernements nationaux pourraient redoubler d’efforts pour se présenter comme les gardiens des intérêts nationaux. Au niveau européen, il existe surtout un risque par ricochet » assure Nicolaus Heinen à EURACTIV.fr

Un succès des eurosceptiques aux élections européennes pourrait donc peser au niveau européen, mais seulement par ricochet, et principalement en ce qui concerne la gestion de la crise de la dette dans la zone euro, selon l’expert. En effet, la plupart des décisions en matière financières sont prises au niveau intergouvernemental, et c’est pour cette raison que les eurosceptiques pourraient peser via les gouvernements nationaux.

« Le cas de la Finlande montre que les eurosceptiques peuvent avoir un impact indirect sur les gouvernements nationaux. Suite à une forte poussée électorale du parti eurosceptique True Finns aux élections parlementaires nationales, le gouvernement Finlandais a décidé de réclamer des garanties supplémentaires pour accorder un soutien financier à la Grèce en 2011 » assure Nicolaus Heinen.

Un impact limité au Parlement européen

Selon l’étude de la Deutsche Bank, même si les partis eurosceptiques parviennent à obtenir plus de sièges au Parlement européen, leur influence dans la politique européenne devrait rester mineure. Les auteurs de l’étude l’expliquent par 3 raisons. D’abord, le manque de cohérence des eurosceptiques, qui réclame au Parlement européen plus de souveraineté nationale et représente les intérêts nationaux au niveau européen. Ensuite, pour Nicolaus Heinen, les partis eurosceptiques vont peiner à créer un groupe au Parlement européen, ce qui est nécessaire pour influer sur la politique de l’UE.

 

« Il ne devrait pas être difficile pour les eurosceptiques de droite dite « modérée » de réunir 25 députés, le minimum requis pour constituer un groupe politique au Parlement européen. Cependant, il sera plus difficile d’obtenir un soutien de députés provenant d’au moins 7 pays différents de l’UE, l’autre condition nécessaire pour constituer un groupe » explique Nicolaus Heinen, l’un des auteurs de l’étude.

Enfin, le rôle crucial des rapporteurs, qui assument la responsabilité des textes présentés au Parlement européen, pourrait lui aussi limiter l’impact des eurosceptiques sur la politique européenne.

« Il est très rare que les rapports contiennent des positions extrêmes », poursuit Nicolaus Heinen

?>> Lire aussi: Le parti eurosceptique allemand AfD cible le Parlement européen

Du 22 au 25 mai, les électeurs européens sont appelés aux urnes, pour élire les eurodéputés qui siègeront au Parlement européen. Les partis eurosceptiques ont pris de l’ampleur dans l’UE ces dernières années, et le contexte de crise de la zone euro y est pour beaucoup. Constituant un large éventail, allant de l’extrême droite à l’extrême gauche, les partis eurosceptiques, sont présent dans l’ensemble des pays de l’UE.

Leurs revendications ne sont pas identiques.  Quand certains se positionnent contre la monnaie unique, l’euro, d’autres s’opposent au fonctionnement et à l’existence des institutions européennes, ou aux projets d’élargissement  et d’intégration de l’UE.

La récente étude de la Deutsche Bank, montre que les partis eurosceptiques pourraient peser sur les politiques nationales, et par ricochet au niveau européen, bien que leur impact au Parlement européen reste limité.

  • 22-25 mai: élections européennes

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