Le Front national entre au Sénat qui bascule à droite

Le Palais du Sénat, à Paris

Les élections partielles du dimanche 28 septembre ont modifié la majorité de la Chambre haute, où centristes et UMP détiennent désormais la majorité des sièges.

L’opposition de droite a reconquis dimanche le Sénat, après une parenthèse de trois ans à gauche inédite sous la Ve République, tandis que le Front national fait son entrée à la haute assemblée pour la première fois de son histoire avec deux élus.

Les 158.159 grands électeurs, qui sont principalement des conseillers municipaux, étaient convoqués pour élire 178 des 348 sénateurs.

La large victoire de l’UMP et des centristes de l’UDI aux élections municipales a eu les effets mécaniques attendus sur la composition de la chambre haute, mais la « vague bleue » espérée à droite n’est pas advenue.

Selon des décomptes partiels portant sur 333 sièges, l’UMP, l’UDI et les divers droite détiennent désormais au moins 180 sièges, soit cinq de mieux que le seuil de la majorité absolue (175), la gauche 151 et le FN deux.

« Il y a un rejet complet de la politique socialiste », notamment s’agissant de la réforme territoriale, a dit le sénateur UMP des Hauts-de-Seine, Roger Karoutchi.

Le secrétaire général de l’UMP, Luc Chatel, s’est réjoui d’ « une défaite cinglante pour François Hollande », d' »un nouveau vote sanction pour le gouvernement ».

L’ancien ministre UMP François Baroin (76,58%), qui soutient Nicolas Sarkozy, fait son entrée à la haute assemblée après cinq mandats de député dans le département de l’Aube.

Les centristes de l’UDI réalisent une percée, un résultat confortant leur volonté d’indépendance à l’égard du grand rassemblement qu’appelle de ses voeux Nicolas Sarkozy, candidat à la présidence de l’UMP.

« L’opposition nationale ne peut pas être unijambiste. L’idée de nous rassembler dans je ne sais quel ‘melting-pot’ n’a pas de sens », a déclaré le député UDI Yves Jego.

Selon François Zocchetto, président du groupe UDI-UC, les centristes seront « plus de 40 » dans le nouveau Sénat contre 31 précédemment.

Après la déroute des élections municipales et des européennes, la gauche subit donc un troisième revers, mais pas dans les proportions redoutées. Ce résultat reste somme toute un signal négatif pour François Hollande à la moitié de son mandat et à l’heure du retour de Nicolas Sarkozy.

Le Parti socialiste relativise la portée du vote

Les dirigeants socialistes se sont employés dimanche à en minimiser la portée symbolique.

Au rang des symboles, le président du Parti radical de gauche (PRG), Jean-Michel Baylet (sortant), est battu dans le Tarn-et-Garonne, ainsi que Bernard Combes, maire de Tulle, conseiller à l’Elysée, en Corrèze, fief du chef de l’Etat. L’ancien ministre délégué aux Affaires européénnes Thierry Repentin perd son siège.

« Il n’y a pas d’effet Sarkozy d’un certain point de vue dans cette élection, la gauche résiste », a affirmé Jean-Christophe Cambadélis à la presse.

« Nous perdons une vingtaine de sièges, on en gagne six. (…) On nous annonçait une Bérézina, elle n’est pas là », a ajouté le premier secrétaire du Parti socialiste.

Le sénateur-maire UMP de Marseille Jean-Claude Gaudin, réélu dimanche, a battu en brèche cette analyse.

« La vague existe, mais ça ne pouvait pas être un tsunami. (…) Vous ne pouviez pas avoir de raz-de-marée, puisque les bons gains s’enregistrent en deux fois, la prochaine fois en septembre 2017 », a-t-il commenté sur BFM TV.

Le Sénat est renouvelé par moitié tous les trois ans.

Jean-Claude Gaudin a accusé les socialistes d’avoir « permis et facilité l’élection de Stéphane Ravier ».

Le maire du VIIe secteur de Marseille fait entrer le Front national au Sénat au côté de David Rachline, le maire de Fréjus, qui devient à 26 ans le plus jeune élu de la haute assemblée.

Le FN exulte

Marine Le Pen a salué des résultats qui « dépassent nos espérances ».

Le présidente du FN a relevé sur i>Télé  » « la capacité du FN-Rassemblement Bleu Marine à attirer des grands électeurs non élus sur listes ».

« Nous ne serons pas trop de deux pour faire bouger le mammouth du Sénat. (…) Il n’y a plus qu’une seule porte à pousser, celle de l’Elysée », a déclaré Stéphane Ravier.

« Nous allons imposer un certain nombre de débats au Sénat » pour porter la voix des « Français abandonnés », a ajouté David Rachline sur i>Télé.

L’opposition UMP-UDI et le PS ont relativisé la victoire du FN. Une percée « marginale », selon le sénateur UMP Gérard Longuet.

« Que le Front national puisse avoir de l’audience en France, c’est toujours une déception, maintenant il y a une réalité politique », a déclaré Jean-Marie Le Guen, secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement.

La gauche disposait avant le scrutin d’une majorité de six voix au Sénat, une majorité très virtuelle puisque le Front de gauche, les écologistes et quelques radicaux votaient souvent contre les projets de loi présentés par le gouvernement.

La victoire de la droite devrait encore un peu plus compliquer les choses et ralentir les débats même si constitutionnellement l’Assemblée nationale a le dernier mot.

Une autre bataille va commencer dans les salons feutrés du Sénat pour l’élection de son président.

Outre Didier Guillaume et la centriste Nathalie Goulet, trois UMP, les mêmes qu’en 2008, briguent le « plateau » : le « filloniste » Gérard Larcher, Jean-Pierre Raffarin, soutenu par Nicolas Sarkozy, et Philippe Marini.

Le groupe UMP organisera le 30 septembre une « primaire » interne afin de désigner son candidat. Gérard Larcher, qui présida le Sénat de 2008 à 2011, est donné favori.

Une chambre à l’utilité contestée

Les sénateurs se réuniront le 1er octobre pour élire leur président. Le poste de président du Séant est, dans le protocole de la Vieme République, le deuxième après le président de la République, qu’il remplace en cas de vacance du pouvoir, avant le Premier ministre. Il s’agit sans doute du principal privilège du Sénat, dont le pouvoir s’est sérieusement émoussé avec le temps, et dont l’utilité est sérieusement contestée en ces temps de disette budgétaire

Les sénateurs ne sont pas élus au suffrage universel, mais par des grands électeurs. Ces électeurs sont à 95 % des conseillers municipaux. Après la déroute de la gauche aux municipales, le changement de majorité du Sénat était prévisible. Les deux sénateurs Front national ont été élus dans Sud, à Marseille et dans le Var. C'est la première fois que des élus Front national entrent au Sénat.

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