Le nouveau gouvernement laisse les affaires européennes en suspens

Arnaud Montebourg, May 2012. [Reuters]

L’organisation de l’exécutif renvoie au second plan le portefeuille des affaires européennes. La nomination d’Arnaud Montebourg et les questions de déficit risquent de compliquer les relations avec Bruxelles.

La place de l’Europe dans le nouveau gouvernement semble s’être réduite à peau de chagrin. Après l’annonce du nouveau gouvernement, le 2 avril et à quelques semaines des élections européennes mai, le gouvernement de Manuel Valls parait avoir renvoyé la question européenne à un rang secondaire.

Les affaires européennes en suspens

Le premier ministre a annoncé un gouvernement resserré de 16 ministres, qui sera étoffé la semaine prochaine par un certain nombre de secrétaires d’État. Mais pour l’heure, le ministre en charge des affaires européennes brille par son absence. S’il reste, ce qui n’est pas confirmé, Thierry Repentin devra donc se contenter d’un poste de secrétaire d’État.

Le fait de renoncer à ce ministère a fait grincer des dents, alors que les élections européennes se rapprochent à grands pas. « Pas de ministre des Affaires européennes à deux mois des élections » regrette l’eurodéputé UMP Jean Rotta  sur Twitter. Même constat du côté du député européen Vert Yannick Jadot qui souligne que « Hollande et le gouvernement continuent d’ignorer l’Europe ».

Pour Jean-Pierre Audy, président de la délégation française du PPE au Parlement européen, le constat est similaire. « Nouveau gouvernement : il n’y a plus de ministre des Affaires européennes […] Nos partenaires européens apprécieront ». « Le mot Europe n’a pas été prononcé dans l’annonce du gouvernement, c’est symbolique. D’ailleurs il n’y a pas de ministre des Affaires européennes, c’est aussi lourd de sens » relève quant à elle l’eurodéputée Marielle de Sarnez (MoDem).

Si la déception se fait sentir sur l’absence d’un ministère dédié, les craintes des relations futures avec la Commission européenne ont fait surface après l’annonce du casting gouvernemental.

La tension monte sur les comptes publics

L’annonce du remaniement avait d’ores et déjà tendu un peu plus les relations entre la France et Bruxelles autour de la question de la réduction des déficits. Dans son discours du 31 mars annonçant la nomination de Manuel Valls, François Hollande avait laissé entendre qu’il pourrait tenter de renégocier les exigences de Bruxelles qui impose à la France de ramener son déficit sous la barre des 3 % du PIB d’ici 2015.

« Le gouvernement aura aussi à convaincre l’Europe que cette contribution de la France à la compétitivité et à la croissance doit être prise en compte dans le respect de ses engagements », a-t-il souligné lors de son discours.

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Des paroles qui avaient provoqué une réaction immédiate du côté de Bruxelles, où le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Olli Rehn a une nouvelle fois rappelé la France à ses obligations, à l’occasion d’une réunion de l’Eurogroupe. Même son de cloche du côté du président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, qui a également rappelé le délai de deux ans déjà obtenu par la France pour remplir ses obligations en matière de réduction du déficit.

est un des plus féroces opposants à la politique menée par la Commission européenne et multiplie les critiques sur les politiques de la concurrence, budgétaires et monétaires menées par Bruxelles.

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Le sulfureux ministre partagera cenpendant l’ancien portefeuille de Pierre Moscovici avec Michel Sapin, passé du ministère de l’Emploi à celui des Finances et des Comptes publics. Une scission qui laisse à ce proche de François Hollande la charge des conseils Ecofin et le redressement des finances publiques, tandis qu’Arnaud Montebourg sera davantage en charge de la relance économique du pays.

L’économie et les finances divisées

Reste que l’arrivée d’Arnaud Montebourg à l’Économie suscite l’interrogation. « Du côté des finances, c’est peu cohérent : on a d’un côté Arnaud Montebourg à l’Économie qui va dépenser à tout va, pendant que Michel Sapin au Budget sera chargé de serrer la vis ; ce n’est pas une stratégie pour l’Europe, alors qu’on a besoin de plus d’Europe ni le PS ni l’UMP n’ose l’affirmer » souligne Marielle de Sarnez.

« En nommant Monsieur Montebourg à l’économie, anti-libéral et anti-entreprises, le Président de la République envoie un très mauvais signal au monde et à l’Europe » estime pour sa part Camille Bedin, Secrétaire générale adjointe de l’UMP.

Le dossier du Commerce extérieur n’est pas encore arbitré; il est revendiqué du côté d’Arnaud Montebourg, comme au Quai d’Orsay où Laurent Fabius le négocie de longue date. Il échouerait a priori à Fleur Pellerin, qui pourrait, si elle passe au Quai d’Orsay, également récupérer les Affaires européennes, les deux sujets étant intimement liés.

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L’enjeu du partenariat transatlantique fait de la question du Commerce extérieur un sujet important des années à venir. Laisser ce dossier aux mains d’un Montebourg qui n’a jamais caché ses réticences face à la mondialisation risquerait de compromettre les futures négociations, alors que l’opinion publique française y est déjà hostile.

La présidente du Front national fustige également la répartition des rôles à Bercy.

« Michel Sapin sera chargé d’appliquer les dogmes ultralibéraux et anti-industriels dictés par l’Union européenne au PS et à l’UMP, quand Arnaud Montebourg sera chargé de faire croire à un volontarisme industriel à la tête de l’État à grand renfort de communication et d’enfumage par les mots » affirme l’eurodéputée dans un communiqué.

Manuel Valls, eurosceptique ?

La personnalité du nouveau premier ministre Manuel Valls reste ambiguë par rapport au projet européen. En 2005, il avait d’abord milité par au « non » au référendum sur le traité constitutionnel européen avant de se rallier.

Cette année, le ton était monté entre le ministre et la Commission européenne sur le dossier des Roms. Alors en charge de l’Intérieur, Manuel Valls avait été rappelé à l’ordre par la vice-présidente de la Commission européenne Viviane Reding suite à ses propos sur l’incapacité de Roms à s’intégrer en France. 

Réactions

« Je salue la formation rapide d’un gouvernement resserré, paritaire, de combat et de compétence, au service du redressement de notre pays, de l’emploi et de la justice sociale.[…] Conformément aux engagements du président de la République, le gouvernement dirigé par Manuel Valls va agir immédiatement, pour rétablir la confiance avec les Français, amplifier la politique de redressement de notre pays, apporter les réponses en matière de justice sociale et de pouvoir d’achat. Il devra mener le combat pour la réorientation de l’Europe, engager la transition écologique et créer les conditions d’une nouvelle croissance » a déclaré Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste.

« Le Gouvernement Valls est un copié/collé du précédent : près de la moitié des ministres restent en place. Le changement majeur concerne Ségolène Royal et Michel Sapin qui retrouvent là des postes qu'ils occupaient l'un et l'autre dans le Gouvernement Bérégovoy en 1992. Le changement est décidément loin » a déclaré Camille Bedin, Secrétaire générale adjointe de l’UMP.

 

Contexte

Le Parti Socialiste (PS) a subi le 30 mai une déroute électorale lors du second tour des élections municipales.  Avec la perte de 155 villes de plus de 9.000 habitants, parmi lesquelles des bastions historiques de la gauche comme Limoges, Saint-Etienne ou Belfort, la gauche ressort en mauvaise posture pour les élections à venir.

Suite aux résultats catastrophique des municipales pour le parti socialiste, le président François Hollande a annoncé la nomination de Manuel Valls à la tête d'un gouvernement resserré de 16 ministres, marqué par le départ de Pierre Moscovici (Economie et Finances) et les arrivées de Ségolène Royale  ( Ecologie, Développement Durable et Energie) et de François rebsamen (Travail, Emploi et Dialogue Social). 

>> Retrouvez la liste complète des 16 ministres 

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