Le parti eurosceptique allemand AfD cible le Parlement européen

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Alternative pour l’Allemagne (AfD) vient de lancer sa campagne pour les élections européennes. Ouvertement antieuropéen et souverainiste, ce nouveau parti compte faire un bon score lors des prochaines élections européennes. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Près de 300 membres du parti Alternative pour l'Allemagne (AfD) se sont rassemblés lors du congrès du parti dans la ville bavaroise d’Aschaffenbourg le 25 janvier dernier. Ils devaient choisir des candidats pour les élections européennes de mai. Les partis extrémistes s’attendent à obtenir de bons résultats pour ce scrutin.

« Nous ne pouvons gagner que si nous restons ensemble, » a déclaré Bernd Lucke, leader du parti, lors de son discours d'ouverture. Il a notamment comparé la situation de son parti à celle de David et Goliath.

Selon le professeur en économie et tête de liste de l’AfD pour les européennes, les partis traditionnels de gauche comme de droite sont trop lâches pour s'attaquer aux questions européennes.

Les élections européennes prochaines pourraient constituer une véritable aubaine pour les partis d'extrême droite et populistes, comme l'AfD, qui cherchent à étendre leur influence au sein de l'hémicycle européen. Dans une agitation fébrile généralisée, certains partis sont soit en train d'essayer de se distinquer des partis extrêmes, soit en train d’adopter eux-mêmes une ligne eurosceptique.

Quatre mois après les élections législatives allemandes, le parti AfD a régressé dans les derniers sondages d'opinion.

L'indice de popularité du parti est passé de 5 à 4 % selon Stern-RTL. Si un vote devait avoir lieu aujourd'hui, l'AfD manquerait de nouveau le seuil minimum de 5 % nécessaire pour obtenir une représentation au sein du Parlement. En septembre dernier, l'AfD n'avait réussi à obtenir qu'un total de 4,7 % de voix.

Mais pour les élections européennes du 25 mai, ce résultat électoral est suffisant. En effet, le seuil pour entrer au Parlement européen est de seulement 3 %.

Enhardi malgré son échec législatif, l'AfD se prépare activement aux prochaines élections européennes. Au début de cette année, l'ancien président de la Fédération de l'industrie allemande (BDI), Hans-Olaf Henkel, a annoncé son ralliement au parti eurosceptique.

« L'AfD est le dernier parti libéral en Allemagne, » a soutenu Hans-Olaf Henkel lors d'une joute verbale dirigée contre le Parti libéral-démocrate allemand (FDP). À la suite des élections législatives de 2009, le FDP était un allié fort du parti d'Angela Merkel, l'Union chrétienne-démocrate (CDU). Or, lors des dernières élections de septembre, le parti n'a pas atteint le seuil de 5 % et n'a pu dès lors participer au gouvernement Merkel III.

Hans-Olaf Henkel a décidé dernièrement d'abandonner son siège dans différents conseils de surveillance de plusieurs grandes entreprises allemandes et suisses. Même s'il a refusé d'être le candidat de tête de liste pour les élections européennes, l'homme d'entreprise s'est toujours dit prêt à jouer un rôle de premier ordre au sein de l'AfD.

Le Parlement européen devrait faire office de caisse de résonnance pour le parti eurosceptique lors de campagnes au niveau national et ainsi lui apporter le soutien d'autres partis.

« De Bruxelles, nous allons lutter pour notre parti afin d'être enfin représenté au Bundestag, » a pronostiqué Hans-Olaf Henkel.

La diabolisation de l'AfD, une mauvaise stratégie ?

Indépendamment de sa position sur l'échiquier politique, l’AfD pourrait tirer profit d'un taux bas de participations lors des élections européennes. En effet, nombre d'électeurs mécontents par les politiques actuelles pourraient être attirés par ce parti.

L'Allemagne n'est pas le seul pays européen, où le populisme d'extrême droite a le vent en poupe.

Mais la diabolisation de l'AfD et des conservateurs nationalistes allemands ainsi que des partis eurosceptiques dans d'autres pays serait une mauvaise stratégie à adopter, selon Thomas Straubhaar, économiste suisse et directeur à l'Institut de recherche économique de Hambourg (HWWI).

Se présenter comme l'opposant principal de l'AfD, comme a pu le faire le FDP lors de sa convention la semaine dernière, est loin d'être convaincant, écrit Thomas Straubhaar dans son article du 22 janvier publié dans le quotidien Die Welt.

D’après lui, les partis devraient à la place « montrer activement et avec vigueur » les avantages évidents qu'apportent l'Europe et l'euro aux États membres. Par exemple, les quatre libertés de circulation (marchandises, capitaux, services et personnes) ont permis à l'Allemagne d’obtenir un avantage certain, même si l'Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) n'est pas de cet avis. La monnaie commune actuelle représente une autre innovation de l’UE qui, malgré les difficultés rencontrées, apporte des atouts importants, assure l'économiste suisse.

Ceci étant dit, il exprime de vives inquiétudes quant à une politique économique différente. Depuis la crise financière, le monde s'est organisé de plus en plus autour de deux pôles : la Chine et les États-Unis. L'Europe ne peut rester forte que si elle parle d'une seule voix, poursuit Thomas Straubhaar dans son analyse.

« Prétendre que tout ce qui vient de l'Europe est bon relève de l'ignorance, car [cette affirmation] entre en contradiction avec des constats faits empiriquement, » reconnaît le chercheur suisse. Mais les faits montrent clairement que, sur presque toutes les questions, l'Europe fait mieux que le reste du monde, mis à part l'Amérique du Nord, peut-on lire dans son article.

D'après lui, il faudrait garder et améliorer en Europe tout ce qui est efficace. « Dès qu'il existe une lacune qui devient manifeste et qui nécessite des réajustements, une solution rapide doit être apportée, » écrit-il, faisant référence ici aux réformes actuelles menées dans le secteur bancaire européen.

Ne pas séparer le bon grain de l'ivraie, comme le font ceux qui réclament une renationalisation des compétences accordées à l'Europe, est une mauvaise stratégie, conclut Thomas Straubhaar dans son article. 

Contexte

Les partis eurosceptiques en Europe ont montré leur volonté d'agir à l’échelle des Vingt-Huit.

Les partis eurosceptiques en Europe ont fait part de leur volonté d'agir au niveau européen. À l'instar de Geert Wilders, le leader néerlandais de l'extrême droite, qui vient d’entreprendre une tournée en Europe pour tenter de mettre sur pied un nouveau mouvement de partis d'extrême droite en amont des élections européennes.

Peu de partis répondant aux mêmes aspirations sont disposés à adhérer à l'initiative. L'UKIP, le parti eurosceptique le plus virulent du Parlement, a d'emblée rejeté la proposition.

Les partis eurosceptiques se multiplient dans de nombreux États membres, mais leur histoire et leurs causes sont très différentes. Selon des politologues, même si davantage d'eurosceptiques populistes pourraient siéger au prochain Parlement européen, il est toutefois moins probable qu'ils forment une alliance cohérente.

>> Lisez notre LinksDossier sur les élections européennes

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