Le parti socialiste bulgare confronté à une grave crise interne

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Ivailo Kalfin, le député bulgare le plus en vue du Parlement européen, a annoncé son départ du Parti socialiste bulgare (BSP). En désaccord avec la ligne politique de la direction du BSP, il présentera une liste concurrente pour les élections européennes de mai. 

Ivailo Kalfin a annoncé sur son blog qu'il quittait le parti socialiste bulgare (BSP). Le groupe politique s'est compromis soutenant la coalition gouvernementale minoritaire, qui est désormais proche du parti d'extrême droite Ataka.

La nouvelle résonne comme un tremblement de terre en Bulgarie.

Ivailo Kalfin y est en effet très apprécié. Ill a notamment piloté le processus d'adhésion à l'UE en 2007, lorsqu'il était vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères. Il s’est présenté aux élections présidentielles bulgares de 2011, et les a perdues de justesse face au candidat sortant Rosen Plevneliev. Ils ont respectivement obtenu 47,4 % et 52,6 % des voix.

Le résultat d'Ivalo Kalfin peut être considéré comme une réussite. En effet, les médias soutenaient à l'époque majoritairement Rosen Plevneliev, qui avait reçu la bénédiction du premier ministre de l'époque Boyko Borissov.

Des décisions gouvernementales discutables

Le BSP est arrivé en deuxième position lors des élections législatives bulgares de mai 2013. Il a alors formé une coalition avec le Mouvement des droits et des libertés, un parti ethnique turc (voir « Contexte ») et troisième parti en termes de voix obtenues. Les deux partis ont obtenu ensemble 120 sièges au Parlement, ce qui correspond exactement à la moitié du nombre total de sièges. Mais la coalition n'a pu se maintenir jusqu’à présent que grâce au soutien tacite du parti Ataka, qui a obtenu pour sa part 23 sièges.

Ataka, « attaque » en français, est un parti nationaliste fondé par un ancien journaliste, Volen Siderov, en 2005. Le parti fait l’objet de critiques, car ses membres tiennent des propos racistes à l'encontre des musulmans et des Turcs, propres à l'extrême droite. Il associe à celà une sa rhétorique vivement anticapitaliste tout droit venue de l'extrême gauche.

Sur son blog, Ivailo Kalfin s’en prend au parti BSP pour avoir formé une coalition tacite avec Ataka. Selon lui, le prix à payer sur le plan politique est inacceptable. L'ancien candidat a été également très critique vis-à-vis de la décision du gouvernement de nommer Delyan Peevski, avec le soutien du Parlement en juin 2013, à la tête de l'Agence de l'État pour la sécurité nationale du pays.

M. Peevski est un homme d'influence controversé, propriétaire du groupe de médias New Bulgarian.

Le Parlement bulgare a voté le 14 juin en faveur de sa nomination. Pris par surprise, le pays a réagi sur les médias sociaux et les Bulgares sont descendus dans la rue. Les manifestations ne se sont jamais essoufflées depuis, même si, entre-temps, Delyan Peevski s'est retiré de son poste.

Âgé de 33 ans, ce dernier est député au parlement au sein du Mouvement des droits et des libertés (DSP). Ce parti, principal allié politique du BSP, représente la minorité turque vivant en Bulgarie.

Le centre-gauche divisé  avant les élections européennes

Ivailo Kalfin a expliqué sa décision dans une lettre envoyée à Sergueï Stanichev, président à la fois du BSP en Bulgarie et du Parti socialiste européen (PSE) au Parlement européen.

L'ancien candidat écrit dans la lettre que la position adoptée par la direction du parti devient « de plus en plus incompatible » avec sa position idéologique. Il ajoute qu'il a opté pour des choix à long terme, c’est-à-dire ses valeurs politiques.

Erreurs majeures

EURACTIV s'est entretenu brièvement avec Ivailo Kalfin. Il a expliqué que le BSP restait une force politique de premier ordre dans le pays. Mais le BSP ne peut plus prétendre représenter l'éventail de toutes les opinions politiques de l'électorat de centre-gauche.

« Des erreurs majeures ont été commises [par la direction du BSP] dernièrement, telles que la nomination de Delyan Peevski, la politique menée par la coalition, ou encore la relation trouble avec Ataka. [Cette série d’erreurs] a éclipsé les actes répréhensibles du GERB [l'ancien gouvernement de Boyko Borissov] et a provoqué une crise morale parmi nombre d'électeurs de centre-gauche, » a indiqué Ivailo Kalfin.

Sergeï Stanishev et Ivailo Kalfin sont deux personnalités politiques bien connues à Bruxelles. En octobre 2012, le premier a été élu à la tête du PSE pour une durée de deux ans et demi. Le second a joué un rôle de premier plan lors des pourparlers entre les institutions européennes pour le cadre financier pluriannuel 2014-2020.

À la suite des évènements en Bulgarie, le premier vice-président du PSE, Jean-Christophe Cambadélis, aurait critiqué, lui aussi, ouvertement le président de son propre groupe politique. Selon des sources contactées par EURACTIV, les cadres politiques de centre-gauche en France et en Allemagne n'avaient pas soutenu la candidature de Sergeï Stanishev à la présidence du groupe. Selon eux, ce choix était trop risqué à l'approche des élections européennes.

Chasser Stanishev

En Bulgarie, Nidal Algafari, conseiller en communication proche du BSP, affirme qu’Ivailo Kalfin va mener campagne pour les élections européennes sur une liste soutenue par l'ancien président Georgi Parvanov. Ancien dirigeant du BSP jusqu'à son élection en 2002, Georgi Parvanov a occupé deux mandats présidentiels sur une période de dix ans. Il ne cache pas, pour sa part, ses désirs de chasser Sergeï Stanishev de la direction du BSP.

Avant qu’Ivailo Kalfin ne mette des bâtons dans les roues du parti, le BSP pouvait grandement espérer une victoire lors des prochaines élections européennes. Le parti de centre-droit GERB ne semblait pouvoir prétendre qu'à la deuxième position. Cependant, l'électorat de centre-gauche aura dorénavant à choisir entre deux listes. Le BSP a de fortes chances de se diviser et d’être relégué en deuxième voire en troisième position.

Georgi Kadiev, homme politique du BSP connu pour son franc-parler, estime que la décision d'Ivailo Kalfin constitue une « mauvaise nouvelle pour le BSP, mais une bonne nouvelle pour la Bulgarie ». 

Contexte

Le gouvernement socialiste bulgare est entré en fonction le 29 mai. L'impasse politique a été résolue, mais le gouvernement manquait de soutien. Plamen Oresharski, un ancien ministre des Finances apolitique, est le premier ministre.

Lors des élections législatives du 12 mai 2013, le parti GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie) de l'ancien premier ministre Boyko Borissov a obtenu une majorité nette avec 97 députés sur 240 sièges.

Mais le parti GERB n’est pas parvenu à créer une coalition. Le Parti socialiste bulgare (BSP), qui pour sa part a obtenu 84 sièges, a pu former un gouvernement avec le Mouvement des droits et des libertés (MDL), un mouvement ethnique turc, qui détient 36 sièges.

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