Martin Schulz promet de réformer la Commission européenne

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Les membres du Parti socialiste européen (PSE) ont confirmé Martin Schulz comme tête de liste du parti. Retour sur un week-end qui a vu la consécration de l'actuel président du Parlement européen.  Un article d'EURACTIV Allemagne.

Le congrès électoral à Rome du 1er mars s'est révélé sans surprise : seul candidat, l'actuel président du Parlement européen, Martin Schulz, devient la tête de liste des socialistes européens.

L'Allemand de 58 ans a reçu un soutien sans appel : parmi les 33 partis membres présents, 368 représentants ont voté pour sa candidature, 2 contre et 34 se sont abstenus.

Mais Martin Schulz ne veut pas seulement faire en sorte que les socialistes deviennent la première force politique du Parlement européen, il veut également succéder José Manuel Barroso à la tête de la présidence de la Commission.

Les élections européennes de mai 2014 seront les premières organisées depuis le traité de Lisbonne, qui renforce le pouvoir du Parlement dans le processus de nomination du président de la Commission. En vertu de l'article 17, paragraphe 7 du TUE, les dirigeants des États européens doivent maintenant « tenir compte » des résultats des élections européennes et désigner leurs candidats à l'issue de « consultations appropriées ».

« Je veux réformer la Commission »

Martin Schulz a commencé sa carrière politique comme maire de la petite ville de Würselen dans le Land de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Il est ensuite passé au Parlement européen pour finalement en devenir le président en 2012.

L'Allemand n'a donc pas pu engranger beaucoup d'expérience au sein d'un gouvernement en comparaison de ses concurrents du Parti populaire européen (PPE) : Jean-Claude Juncker a occupé le poste de premier ministre luxembourgeois pendant plus de 18 ans et Michel Barnier s'est chargé de deux portefeuilles ministériels.

Martin Schulz considère toutefois son manque d'expérience comme un avantage. « Je veux réformer la Commission. Pour ce faire, il est nécessaire d'avoir une autre vision de l'administration. Mon expérience au Parlement et en tant que maire seront très utiles à cet égard », a-t-il expliqué à EURACTIV.

« Caillou dans la chaussure »

Mais le président du PSE, Sergei Stanishev, pourrait mettre des bâtons dans les roues de l'Allemand lors de la campagne électorale. Lors d'un entretien avec EURACTIV France, Jean-Michel de Waele, directeur du Centre d'étude de la vie politique de l'université de Bruxelles, a expliqué pourquoi l'homme politique bulgare constituait « un caillou dans la chaussure de Schulz […] qui peut faire mal ».

Sergei Stanishev, président du PSE et leader du Parti socialiste bulgare a été critiqué pour avoir mis en place un gouvernement dans son pays qui survit grâce au soutien du parti extrémiste Ataka, et aussi pour un présumé conflit d’intérêts sur un projet financé par le Parlement européen, remporté par son épouse.

>> Lire l’interview intégrale ici

Martin Schulz a nié tout lien entre Sergei Stanishev et la campagne électorale européenne : « Si Sergei Stanishev a des problèmes politiques, il devrait les régler dans son pays. Cependant, cela ne joue aucun rôle dans les prochains mois de la campagne », a déclaré la tête de liste socialiste.

Réconcilier les électeurs et l'UE

À Rome, Martin Schulz n'a pas cessé de mettre en avant son profil européen. S'exprimant en quatre langues, il a plaidé en faveur d'une Union européenne plus proche des citoyens qui se réconcilie avec les électeurs. En l'état actuel, la Commission a tendance à restreindre la vie des citoyens, a-t-il précisé.

C'est la raison pour laquelle il faut une redistribution du pouvoir de l'UE, selon lui : « Alors que les citoyens sentent que les règles européennes ont un impact sur leur vie quotidienne, ils estiment qu'ils n'ont pas suffisamment d'influence. Dans ce cadre, il est logique d'envisager de ramener des compétences aux États membres, aux régions et aux communautés.

À ses yeux, Bruxelles devrait se limiter aux « grands thèmes » comme la lutte contre la fraude fiscale, le chômage des jeunes et le changement climatique.

« 120 millions d'Européens vivent dans la pauvreté ou sont menacés de se retrouver dans cette situation. C'est honteux. Il y a 27 millions d'Européens qui souhaitent travailler, mais qui ne trouvent pas d'emploi », a expliqué le président du Parlement.

« Les multinationales encaissent des milliards d'euros de profits sans devoir payer de taxes. C'est un scandale. Quand il y a profit, il doit y avoir des taxes » a-t-il poursuivi.

L'Ukraine et la NSA : grandes absentes du congrès

La prospérité et la croissance étaient les dénominateurs communs à Rome. Matteo Renzi, le nouveau premier ministre italien ou Werner Faymann, le chancelier autrichien, ont tous abordé les promesses d'un meilleur avenir pour les jeunes. D'autres thèmes, tels que la politique étrangère, ont à peine été évoqués alors que le congrès se déroulait dans l'ombre de la crise en Ukraine.

Le thème de la protection des données a également été contourné avec habileté : aucune référence à ce sujet ne se retrouve dans le manifeste de cinq pages. En 2009, ce document comportait 55 pages.

Birgit Sippel, eurodéputée experte sur la protection des données et deuxième candidate sur la liste du parti socialiste allemand, a du faire abstraction de ce thème. « Nous devons nous concentrer sur certains points essentiels lors des élections. Nous ne pouvons pas venir avec un panier rempli de 20 sujets politiques. Les citoyens seraient débordés. »

Appels à la démission de Martin Schulz

La confirmation Martin Schulz en tant que tête de liste a suscité l'opposition de différents partis au Parlement européen. Ils demandent à Martin Schulz d'abandonner son mandat sans plus tarder.

« M. Schulz n'a pas suffisamment mené campagne au cours des derniers mois, il surfe sur la vague du Parlement européen », a déclaré Herbert Reul, président du groupe Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne-sociale (CDU/CSU) au Parlement européen.

« Il ne devrait y avoir aucune ambiguïté entre la fonction de Président du PE, représentant les citoyens européens au sein de l’unique institution européenne élue via le suffrage universel et l’aspect clairement politique et partisan de la candidature à la présidence de la Commission européenne », ont indiqué dans un communiqué pour leur part Rebecca Harms et Daniel Cohn-Bendit coprésidents du groupe des Verts/ALE.

Martin Schulz ne compte pas pour autant mettre un terme à sa fonction de président du Parlement européen ou à sa campagne. 

Au cours des élections du Parlement européen en mai, chaque État membre a le droit d'élire un nombre établi d'eurodéputés en fonction de la population au niveau national.

C'est en tant que membres de partis politiques nationaux que les députés au Parlement européen se présentent aux élections, mais une fois élus, la plupart d'entre eux décident de rejoindre des groupes politiques transnationaux. La majorité des partis nationaux sont apparentés à une famille politique au niveau européen. Ainsi, l'une des principales questions au soir de l'élection est de savoir quel groupe européen exercera la plus grande influence sur les décisions prises durant la prochaine législature. (parl)

Le Conseil européen doit tenir compte des résultats des élections lors de la désignation d'un candidat au poste de président de la Commission européenne, l'organe exécutif de l'Union.

>> Lire le LinksDossier d'EURACTIV sur les élections européennes

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