Martin Schulz remis en cause au Parlement européen

Martin Schulz. Berlin, 2006. [Shutterstock]

Le Parti populaire européen (PPE) accuse le président du Parlement européen d'avoir accordé un contrat à la femme de Sergueï Stanichev, le président du Parti socialiste européen (PSE).

Le site bulgare d'informations Bivol a annoncé le 31 octobre 2013 qu'une entreprise de relations publiques, dirigée par Monika Stanichev, avait remporté un appel d'offre du Parlement européen pour une valeur de 60 000 euros.

Depuis lors, l'eurodéputée allemande Ingeborg Grässle (PPE) a tiré la sonnette d'alarme sur un conflit d'intérêt qu'elle estime « manifeste », impliquant plusieurs personnalités de premier rang dans la famille socialiste européenne. Le magazine allemand Der Spiegel avait fait mention de ces allégations dans son édition du 21 décembre.

Le projet financé par le Parlement consiste en un site Internet qui explique à la population bulgare le fonctionnement du Parlement européen. Selon des experts cités dans la presse bulgare, le site Internet fonctionne grâce un logiciel libre d'accès et contient des informations copiées des propres sites des institutions européennes…

Faveurs politiques ?

« Le personnel du Parlement sous la direction du président socialiste Martin Schulz qui offre un contrat de 60 000 euros à la femme du président du Parti socialiste européen, ça ressemble à des faveurs politiques », a indiqué Ingeborg Grässle dans un communiqué du 29 janvier publié sur le site du groupe PPE.

« Monsieur Schulz utilise-t-il les financements du Parlement pour aider ses amis politiques ? », s'est-elle interrogée.

L'eurodéputée allemande, également porte-parole du PPE à la commission du contrôle budgétaire, rappelle dans son communiqué que Sergueï Stanichev se présenterait comme tête de liste des socialistes bulgares pour les élections européennes.

« Le conflit d'intérêts était manifeste même avant que Monsieur Stanichev annonce sa candidature aux élections européennes », a indiqué l'eurodéputée. Elle a ajouté que Martin Schulz devrait sortir de cette affaire lavé de tout soupçon. Pour ce faire, le président du Parlement devrait dévoiler les conditions et les procédures qui ont abouti à l'octroi du projet à l'entreprise de la femme de Sergueï Stanichev.

Le 28 janvier, Monika Stanichev, PDG de l'entreprise de relations publiques « Aktive Group » a annoncé qu'elle se retirait du projet « en raison de spéculations » autour du dossier.

Elle a également annoncé qu'elle rembourserait la moitié de la somme, soit 29 679,93 euros.

Accusations malveillantes

Dans une lettre mise en ligne sur le site Internet de Dnevnik, le partenaire d'EURACTIV en Bulgarie, Monika Stanichev explique que son entreprise avait remporté l'offre à la suite d'une procédure ouverte. Ce qui prouve le professionnalisme de son équipe, estime-t-elle.

« Au cours des derniers mois, nous avons été victimes d'une série de tentatives d'accusations malveillantes et infondées qui seront utilisées pour [alimenter] un conflit politique sans scrupules. En tant qu'agence forte d'une expérience de plus de 12 ans, nous ne pouvons pas mettre en péril le but et les objectifs de ce projet. Les activités envisagées dans ce cadre sont conçues en vue d'établir la confiance, et non pas en vue d'alimenter des intérêts politiques malsains », peut-on lire dans le communiqué de la chef d'entreprise bulgare.

Sergueï Stanichev a défendu sa femme en disant qu'elle s'occupait de projets similaires bien avant qu'ils ne se marient, en 2013.

« Sous-entendez vous qu'elle devrait arrêter de travailler ? », a-t-il demandé à des journalistes.

Marjory Van den Broeke, chef de l'unité presse du Parlement, a expliqué à EURACTIV que Martin Schulz n'avait rien à voir avec la procédure d'appel d'offres. Selon elle, Aktive Group a obtenu les subventions en fonction de critères déterminés à l'avance de manière objective.

Un panel d'évaluation de représentants de différents services et d'unités au sein de la direction de la communication du Parlement a évalué et attribué une note aux demandes de subventions. Dans ce cas-ci, le projet est arrivé à la 24e place sur une liste de 111 demandes.

Selon Marjory Van den Broeke, la personne d'Aktive Group en charge du dossier s'appelait Monika Yosifova : la femme de Stanichev a donc déposé sa candidature avec son nom de jeune fille. Elle a signé la déclaration habituelle pour certifier qu'il n'y avait aucun conflit d'intérêts, a expliqué la représentante du Parlement.

Selon les informations d'EURACTIV, Martin Schulz se concentre sur sa campagne pour occuper la présidence de la Commission et tremble à l’idée d’entendre toute information qui pourrait bouleverser ses plans.

Sergueï Stanichev est sous pression politique dans son pays : son ancien mentor et précédent président bulgare, Georgi Parvanov, l'a accusé de mal gérer le parti socialiste. Ce dernier était dirigeant du Parti socialiste bulgare (PSB) de 1996 à 2001. Quand il a été élu président, il a laissé sa place à Sergueï Stanichev.

L'ancien homme fort bulgare s'en mord les doigts à présent : à ses yeux, la désignation de Sergueï Stanichev à la tête du PSB représentait sa « plus grande erreur ». Lors des élections européennes, Georgi Parvanov soutiendra une autre liste menée par Ivailo Kalfin, eurodéputé de premier plan qui a quitté le PSB le 13 janvier en raison de profonds différends politiques avec Sergueï Stanichev.

Le PSE va organiser un congrès à Rome le 1er mars. Le remplacement de Sergueï Stanichev ne sera pas à l'ordre du jour, selon les informations d'EURACTIV.

Boyko Borissov, ancien premier ministre, est le président du parti de centre droit GERB affilié au PPE qui serait la plus grande force politique en Bulgarie d'après les sondages. Il a déclaré que le remboursement des fonds vers le Parlement européen constituait une « honte pour la Bulgarie ».

« Il est évidemment possible en Bulgarie que la famille [Stanichev] prenne l'argent destiné à des contrats publics », a-t-il affirmé en faisant allusion aux rumeurs selon lesquelles l'entreprise des Stanichev aurait été favorisée.

« Si cette action était honnête et [menée] correctement, ils n'auraient pas rendu l'argent, ils se seraient défendus », a conclu Boyko Borrisov.

Le gouvernement socialiste minoritaire bulgare est entré en fonction le 29 mai. L'impasse politique a été résolue, mais le gouvernement manquait de soutien. Plamen Oresharski, un ancien ministre des Finances apolitique, est le premier ministre.

Lors des élections législatives du 12 mai 2013, le parti GERB (Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie) de l'ancien premier ministre Boyko Borissov a obtenu une majorité nette avec 97 députés sur 240 sièges.

Mais le parti GERB n’est pas parvenu à créer une coalition. Le Parti socialiste bulgare (BSP), qui pour sa part a obtenu 84 sièges, a pu former un gouvernement avec le Mouvement des droits et des libertés (MDL), un mouvement ethnique turc, qui détient 36 sièges.

À eux deux, ils regroupent tout juste 120 députés, les deux partis au gouvernement ont pu maintenir leur coalition grâce au soutien tacite d'Ataka, un parti nationaliste et xénophobe, qui possède 23 sièges au Parlement bulgare.

  • 1er mars : congrès du PSE à Rome

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