« Le plus grand défi de l’UE sera de gérer l’essor de l’extrême-droite »

L'Espagnol Ernest Urtasun du Groupe des Verts/Alliance libre européenne lors d'une conférence de presse au Parlement européen à Strasbourg en 2017. [@EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

À quelques mois des élections européennes de mai 2019, Ernest Urtasun eurodéputé du groupe des Verts revient sur les échecs et les réussites de sa législature. Une interview initialement publiée sur le site d’EuroCité.

Ernest Urtasun est député du parti espagnol Iniciativa per Catalunya Verds et du Groupe des Verts/Alliance libre européenne.

Votre plus grande réussite au cours de la législature 2014-2019 (collective ou personnelle) ?

Lors de cette législature, le plus grand succès de mon groupe parlementaire a sans aucun doute été d’avoir rouvert le débat sur les traités de libre-échange. Nous y sommes parvenus avec le TTIP et le CETA, ce qui a conduit à une nouvelle réflexion sur le type de politique commerciale que nous souhaitons mettre en place dans l’Union européenne.

L’environnement, angle mort du CETA

Le CETA, accord de libre-échange entre l’UE et le Canada, offre bien peu de garanties en matière sanitaire et environnementale, selon un rapport. Les associations demandent la suspension de son application provisoire, prévue le 21 septembre. Un article de notre partenaire, le JDLE.

À titre plus personnel, un succès, peut-être mineur mais qui reste très important, a été d’endiguer la vente d’actifs financiers à haut risque dans les banques de détail. C’est une réforme importante qui est d’ailleurs reprise dans la directive 2014/59.

Désormais, leur vente dans les agences bancaires est prohibée et seuls les investisseurs professionnels pourront acquérir ces produits financiers. L’objectif est de mieux protéger les clients individuels et de garantir que le niveau d’information contenu dans les prospectus des actifs financiers soit approprié.

Le plus grand échec de la législature 2014-2019 ? Avez-vous des regrets ?

Le principal échec a malheureusement été notre incapacité à convaincre les États membres de la nécessité de mettre en place une politique commune pour gérer les flux de réfugiés. Bien que le Parlement ait grandement insisté pour réformer le Règlement de Dublin, pour ouvrir des voies d’entrée légales, pour mettre en œuvre des opérations de sauvetage en mer, nous ne sommes pas parvenus à convaincre les États membres de l’importance d’une politique commune en matière de migration et de réfugiés.

La crise de l’Aquarius révèle un système de Dublin à bout de souffle

Les failles de la solidarité européenne se sont creusées avec le blocage du navire humanitaire l’Aquarius par Malte et l’Italie. Une situation qui rend encore plus urgente la réforme du système de Dublin.

Un pronostic pour votre famille politique pour les élections européennes de 2019 ?

Je suis convaincu que les Verts continueront à être la voix des forces pro-européennes critiques. Il y a quelques années, je n’aurais pas pu donner la même réponse, mais à présent, les perspectives des Verts sont bien meilleures dans certains pays et j’espère que notre groupe obtiendra 15 à 20 sièges supplémentaires lors de la prochaine législature.

Les Verts veulent « construire un nouveau rêve pour sauver l’Europe »

Europe Écologie les Verts planche ce week-end (9 et 10 juin) à Paris sur la stratégie à adopter en vue des élections européennes. Après le retrait de leur candidat à la présidentielle française, le parti tente de se renouveler un …

Les plus grands défis pour l’Union européenne durant la législature 2019-2024 ?

Bien entendu, le plus grand défi sera de gérer l’essor des forces d’extrême-droite au sein du Parlement européen. Elles sont déjà présentes, mais je crains qu’elles ne deviennent encore plus fortes au cours de la prochaine législature.

À quoi ressemblera l’Union européenne en 2030 ?

Je voudrais que soit mise en œuvre une réforme profonde des traités et que renaisse une dynamique d’intégration plus forte de l’Union européenne. Je crois que la réforme des traités devrait insister sur la gouvernance économique et de la zone euro. Il faut en plus revoir notre gouvernance démocratique et accorder plus de poids au Parlement européen. Il serait important de reconnaître que, dans le monde globalisé dans lequel nous vivons, les solutions aux grands problèmes de notre temps passent par des réformes communes, qu’il s’agisse des flux migratoires ou du capitalisme financier. Bref, ce que je souhaiterais est que l’Union européenne soit animée d’un nouveau souffle.

Subscribe to our newsletters

Subscribe