Alain Lamassoure :« les listes transnationales sont une idée loufoque !»

Pilier pro-européen de sa famille politique, l'eurodéputé Alain Lamassoure a décidé de jeter l'éponge et de quitter Les Républicains.

La droite européenne s’oppose au projet de listes transnationales pour les élections européennes, mais risque de perdre lors d’un vote sur le sujet prévu le 6 février.

Alain Lamassoure est eurodéputé membre du Parti populaire européen (PPE). Soutien d’Alain Juppé pendant la primaire des Républicains, il a quitté le parti de droite en octobre de l’année dernière. 

Le Parti populaire européen soutient-il le projet de Macron de mettre en place des listes transnationales pour les élections européennes de 2019 ?

Non, le PPE est hostile, et votera contre le 6 février en plénière. Ce qui n’empêchera pas le texte de passer parce que la plupart des autres partis sont pour. Même les eurosceptiques, paradoxalement, qui défendent pourtant leur nation, sont pour les listes transnationales ! Parce que plus les listes sont vastes, plus les chances d’avoir des élus progressent…

D’où vient cette idée de listes transnationales ?

C’est une idée assez loufoque, ces listes hors-sol ! C’est une lubie de fédéralistes qui ont lancé cela il y a 40 ans au Parlement européen, qui a depuis voté une dizaine de fois sur le sujet. À l’époque le Parlement européen n’avait pas de pouvoir. C’était une façon de lui donner de la visibilité. Mais depuis le traité de Lisbonne, l’assemblée a de réels pouvoirs. Et pèse vraiment sur la fabrication des lois, ce qui renforce le besoin de contrôle démocratique, de proximité avec l’électeur.

Ce type de liste existe-il ailleurs ?

Aucun autre pays même fédéral n’a jamais appliqué un tel système, ni les États-Unis, ni l’Allemagne. La proportionnelle éloigne déjà les électeurs de leurs élus par rapport à une circonscription locale. La logique de la démocratie veut qu’un élu rende des comptes à ses électeurs, qui le connaissent. Alors déjà une seule liste nationale comme celle qui a été adoptée en France pour les européennes, c’est une erreur. Une liste transnationale, c’est pire, c’est encore plus hors-sol.

Le projet de liste transnationale européenne prend forme

Sur les 73 sièges des Britanniques, 46 devraient former une liste paneuropéenne, et 27 autres être répartis en fonction de la population. Mais ni les Etats ni la droite ne semblent très mûrs pour avaliser le projet avant les élections de 2019.

Pourquoi une liste de niveau national est-elle une erreur selon vous ?

Et bien parce que les candidats potentiels commencent déjà à cirer les pompes des chefs de partis pour être sur les listes en 2019. Alors qu’ils devraient faire campagne localement, et avoir des comptes à rendre à leurs citoyens, pas à leurs chefs de parti ! Sur une liste nationale, à droite par exemple on sait que les 20 premiers candidats de la liste seront élus.

Ce qui serait bien c’est de permettre aux électeurs le vote préférentiel : qu’ils classent les élus à leur guise. Cela forcerait les candidats à faire campagne frénétiquement dans leur région plutôt qu’auprès de Laurent Wauquiez ou d’Emmanuel Macron.

Pensez-vous que ces listes transnationales puissent voir le jour pour les élections de 2019 ?

Cela me parait compromis ! Le Parlement donne son avis de façon consultatif, mais ensuite il faut modifier le régime électoral, ce qui se fait à l’unanimité des États membres. Je sais qu’aujourd’hui la France tente de convaincre les petits pays, qui ne sont pas du tout favorables à cette idée : ils n’auront jamais personne d’élu sur ces listes, parce que leurs politiques sont peu connus ! Donc il faudrait faire des concessions à la Slovénie ou à la Hongrie sur d’autres sujets, pour cette lubie de liste ? Je trouverais  cela déplacé.

Et concrètement, en si peu de temps, il y a peu de chance de faire voter  l’ensemble des parlements nationaux sur le sujet.

Alain Juppé, que vous aviez soutenu pour la campagne présidentielle, se rapproche de Macron pour les européennes. Et vous ?

L’idée de rassembler pour les élections européennes des gens soutenant sa politique européenne, au-delà des positions partisanes, me semble très pertinente. Et puis c’est malin politiquement : ces élections seront des élections de mi-parcours, les réformes qu’il aura faites d’ici là ne seront pas très populaires. Ce recrutement large sur l’Europe est logique.

Serez-vous candidat dans ce cas ?

J’aurais pu l’être, mais j’aurai 75 ans l’an prochain, donc non. Ce qui est sûr, c’est que j’ai claqué la porte des Républicains, et j’ai bien fait, c’est désormais un parti eurosceptique modéré. La liste Macron a nettement plus de sens pour la droite pro-européenne.

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