Stefan Brocza :«l’Ibiza-gate n’affectera pas la performance du FPÖ aux européennes»

Sebastian Kurz [EPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA]

Dans une interview avec Euractiv, l’expert en droit européen, Stefan Brocza explique pourquoi le Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) d’extrême droite risque d’arriver en bonne position aux élections européennes dimanche 26 mai, malgré le scandale récent.

Stefan Brocza est un expert autrichien en droit européen, qui enseigne, fait de la recherche et fournit des avis politiques.

Le scandale de la vidéo a provoqué un tollé en Autriche. Comment les événements vont-ils évoluer à présent  ?

Le FPÖ a de nouveau prouvé qu’il est incapable de gouverner. Ce que vous voyez dans la vidéo ne me surprend pas. C’est bien connu que ces personnes se comportent ainsi. Mais cette fois, tout le monde a vu les images, moralement, c’est fort.

Le chancelier Sebastian Kurz a perdu son unique chance de former un gouvernement. Samedi dernier, il a déclaré que siéger aux côtés du FPÖ n’était plus une option. Même chose pour le Parti social-démocrate d’Autriche (SPÖ) puisqu’ils ne soutiennent aucune réforme. Il n’a plus d’options. Il est acculé et aura pourtant besoin d’un partenaire de coalition.

Quelle option pourrait être réaliste ?

Je pense qu’il espère former une coalition avec La nouvelle Autriche et le Forum libéral (NEOS). Certains membres de NEOS sont des gens du Parti populaire d’Autriche (ÖVP) qui ont quitté le navire et hier le chef de file de NEOS, Meindl-Reisinger, n’a pas exclu une telle coalition.

Je pense qu’il va parier et tenter de former un gouvernement avec un petit parti. Comme Annegret Kramp Karrenbauer en Allemagne qui semble avoir le projet de gouverner avec les libéraux et les verts.

L’Autriche se rend aux urnes dimanche prochain. À quel point cette vidéo risque-t-elle d’affecter les élections ?

Lors des débats avec les autres têtes de listes, Harald Vilimsky (FPÖ) se débrouille pas mal. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que le vote de dimanche sera un test pour les élections législatives en Autriche.

Les élections européennes ont leurs propres règles et dépendent fortement du nombre de personnes qui votent. La participation en Autriche est généralement très faible. La grande question sera donc : les électeurs déçus du FPÖ se rendront-ils aux urnes ?

Mais c’est le seul parti anti-UE. Tous les autres sont pro-Européens. Je ne sous-estimerais pas cela. On estime que 15 % de l’électorat fait partie des électeurs principaux du FPÖ, un chiffre qui devrait ensuite augmenter de 10 à 12 %. Si le parti participe au scrutin avec 15 % des électeurs principaux et que le taux de participation n’atteint que 50 %, le FPÖ devrait obtenir 25 à 30 % des votes environ.

Je ne suis donc pas sûr que l’élection soit une si grande déception pour le FPÖ. En outre, seuls 18 sièges sont attribués, ce qui signifie qu’un parti aura besoin de 6 % par siège. Même si les pourcentages changent légèrement, il n’y aura pas de changement radical.

Jusqu’à présent, le FPÖ avait quatre sièges au Parlement européen. Avant la fuite de la vidéo, les sondages indiquaient qu’ils allaient en gagner un cinquième. Après ce week-end, ils pourraient ne pas recevoir ce cinquième eurodéputé, mais rester au même niveau. Je ne pense donc pas que le scandale aura un effet direct sur les élections européennes.

Bruxelles observe le scandale autrichien avec stupéfaction

La Commission européenne a déclaré avoir suivi « avec incrédulité » la démission du vice-chancelier autrichien Heinz-Christian Strache, qui s’est montré disposé il y a deux ans à plonger dans la corruption. Un article d’Euroefe.

Jusqu’à présent, le FPÖ s’est avéré être plutôt imperméable aux crises, les électeurs n’ont jamais vraiment été découragés par les scandales. Cela pourrait-il être le cas cette fois ou la situation dépasse-t-elle les précédentes révélations  ?

Je n’en suis pas si sûr. Lors de la conférence de presse de ce matin, le ministre de l’Intérieur, Herbert Kickl (FPÖ), il a présenté l’histoire sous un angle légèrement différent. Il a parlé du chancelier fédéral comme d’un homme obsédé par le pouvoir et les jeux et qui ne s’intéresse qu’à sa carrière.

Jusqu’à présent, c’est ce qui s’est passé en Autriche : le FPÖ s’est mal comporté et a été sanctionné lors des prochaines élections. Ensuite, les électeurs ont tout oublié et ont réélu le FPÖ lors des élections suivantes. Et c’est plus que jamais le cas.

La situation changera le fait que 25 à 30 % des Autrichiens s’opposent à la mondialisation, à l’UE et ne voient pas les étrangers sous un jour très positif. Le FPÖ est le seul parti qui s’exprime réellement sur ces questions.

En d’autres termes, ils ne gagneront probablement pas les élections à court terme. Mais je ne pense pas que cela changera grand-chose à moyen terme. Toute l’atmosphère ici est comme ça et l’expérience montre que les gens continuent à voter pour le FPÖ.

La vidéo a été enregistrée en 2017. Pourquoi la vidéo n’est-elle apparue que maintenant  ? Qui se cache derrière la vidéo, d’après vous  ?

Tout porte à croire qu’elle n’a pas été enregistrée pour les élections législatives qui avaient lieu à cette époque. Peut-être que quelqu’un l’a enregistré à l’époque pour faire pression à une date ultérieure dans le cas où il ne tiendrait pas ses promesses.

Ce n’était certainement pas Tal Silberstein [le conseiller politique du SPÖ, Tal Silberstein, a travaillé sur une campagne de diffamation en 2017]. S’il était derrière la vidéo, il l’aurait rendue publique plus tôt.

J’ai entendu des rumeurs selon lesquelles quelqu’un en Russie serait derrière la vidéo et que si Heinz-Christian Strache ne se comportait pas bien, la vidéo serait transmise aux médias.

C’est vrai qu’il est bizarre que la vidéo ait été tournée et qu’elle soit restée si longtemps dans l’« armoire à poison ». La personne avait donc autre chose en tête – quelque chose à plus long terme. Il semble évident qu’elle sert aujourd’hui de punition contre eux.

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