« Ciudadanos et Podemos ont un problème d’identité politique »

Antonio López-Istúriz, à droite [EPP]

Les partis émergents espagnols tels que Ciudadanos ou Podemos, qui représentent plus de 35% des intentions de vote, manquent d’expérience politique, selon Antonio López-Isturiz, qui estime qu’une victoire d’un de ces partis serait un « désastre pour l’Espagne ».

Antonio López-Isturiz est secrétaire général du Parti populaire européen (PPE) . Il a répondu aux questions d’EURACTIV Espagne, à deux mois des élections espagnoles qui auront lieu le 20 décembre et dans le cadre du Congrès du PPE des 21 et 22 octobre. Ciudadanos [« Citoyens », parti de centre droit], Podemos [« Nous pouvons », parti de gauche anti-austérité] 

Le Parti populaire pense-t-il qu’il ne pourra pas récupérer la majorité absolue et que les négociations avec Ciudadanos (crédité de 21,5 % d’intentions de votes selon le dernier sondage) seront inévitables ?

Pas du tout, je pense que les soi-disant partis émergents en Espagne (Ciudadanos [« Citoyens », parti de centre droit] et Podemos [« Nous pouvons », parti de gauche anti-austérité)  ont un problème d’identité politique. Les électeurs ne savent pas vraiment ce qu’est Ciudadanos.

Le PP a une identité politique claire. Nous sommes de centre droit. Nous avons surtout de l’expérience dans la gestion d’un pays et nous avons géré deux crises [1996 et 2006]. Évidemment, nous avons dû prendre des mesures d’austérité difficiles, mais aujourd’hui, nous pouvons observer les premiers résultats tangibles. Le pays est sur la voie d’une véritable reprise. Nous avons besoin de continuité pour achever ce travail durant les quatre prochaines années.

Vous voulez dire que seul le PP est actuellement capable de garantir une reprise franche en Espagne ?

En effet. La reprise en Espagne est tangible, mais nombreux sont les investisseurs internationaux et les agences de notation qui attendent les élections pour prendre des décisions. Les politiques expérimentales, comme avec Podemos par exemple, ne sont pas les bienvenues, surtout si elles créent de l’insécurité. Une très hypothétique victoire de Podemos [le parti a chuté à 14,1 % selon les derniers sondages] serait très néfaste pour le pays. Soyons clairs, ce serait un désastre pour l’Espagne, surtout à cause de leur manque d’expérience en politique. Et cela est également valide pour Ciudadanos.

L’Espagne est-elle sur la voie d’une reprise économique durable ? Les adversaires politiques du PP affirment que, même si les données macroéconomiques sont positives, elles n’ont pas d’impact direct sur les plus vulnérables… Est-ce une reprise fragile ?

Ce n’est clairement pas une reprise fragile. C’est une reprise très vigoureuse. Et ce n’est pas que mon opinion personnelle, les institutions européennes et internationales [dont le FMI] le disent aussi. N’oublions pas que Bruxelles s’est souvent trompée dans ses prévisions pour l’Espagne. Les résultats économiques du pays sont toujours meilleurs que prévu.

La Commission européenne a déclaré le 12 octobre que Madrid devait faire des efforts supplémentaires pour réduire son déficit en 2015, ainsi qu’en 2016.

Nous dépassons toujours les prévisions. Je suis convaincu qu’encore une fois, ce sera le cas. Les efforts réalisés sont-ils suffisants ? Ce n’est jamais suffisant ! Le taux de chômage en Espagne est encore très élevé [plus de 22 %], en particulier chez les jeunes [près de 49 %]. Nous avons encore beaucoup de travail. N’oublions pas que nous avons plusieurs réformes sur la table, qui seront mises en place ces quatre prochaines années. La reprise est solide, mais les efforts ont besoin de continuité.

Selon la gauche espagnole (soit le PSOE, Podemos et Izquierda Unida), le gouvernement de Mariano Rajoy et le PP ont négligé les politiques sociales et ont sabré l’État providence… Qu’en pensez-vous ?

Les politiques sociales ne sont pas l’apanage de la gauche en Europe. Ce n’est pas vrai. En Europe, ceux qui ont créé des emplois et défendu les droits des travailleurs appartiennent à la famille du PPE. Les exemples sont nombreux à travers l’UE : l’Allemagne, l’Irlande, l’Espagne, le Portugal et la Grèce, jusqu’à la victoire d’Alexis Tsipras.

Malheureusement, les mandats de nombreux gouvernements socialistes, y compris en Espagne, ont été marqués par des déficits publics, et donc par un taux de chômage élevé. Avant que Mariano Rajoy prenne ses fonctions, le déficit public de l’Espagne était à neuf points et le chômage atteignait des records [lorsque le Premier ministre socialiste José-Luis Rodríguez Zapatero était au pouvoir]. La même chose s’était passée avec José-María Aznar en 1996. Il avait hérité d’une énorme dette publique, créée sous la présidence du socialiste Felipe González. Vous voyez, c’est ça le problème et le paradoxe de la gauche : ils disent que leur politique est « sociale » mais ils ne sont même pas capables de garantir les droits des travailleurs.

L’Espagne a trouvé un nouveau moyen de gérer la migration, en coopérant avec des pays de transit comme le Sénégal, le Maroc ou la Mauritanie. L’UE devrait-elle suivre l’exemple espagnol ?

En effet, je pense que nous sommes un exemple de réussite. Nous sommes pragmatiques, mais soyons honnêtes et n’oublions pas que c’était un travail de longue haleine et que nous n’étions pas seuls dans la course. Ces quatre dernières années, l’Espagne a réclamé l’attention des pays européens sur cette tragédie humaine. Cet appel est resté lettre morte car personne ne nous a accordé assez d’attention. En ce temps-là, certains pays d’Europe du nord et d’Europe centrale nous ignoraient presque. Nous avons dû défendre seuls, par nos propres moyens, les frontières de Ceuta et Melilla (territoires espagnols en Afrique du Nord). Pourtant, ce n’est pas seulement une frontière espagnole, c’est une frontière européenne !

Nous avons également demandé plus de fonds pour Frontex et pour la coopération et l’aide au développement, en particulier pour que l’HCR travaille dans des camps de réfugiés en Jordanie, en Turquie et dans d’autres pays de transit. Maintenant, vous voyez que toutes nos demandes étaient légitimes et sont mises en place sur le terrain. Nous avons en quelque sorte montré l’exemple dans ce domaine. Je pense donc que nous pouvons être un modèle. Nous sommes particulièrement satisfaits de l’accord avec le Maroc, qui a atténué la pression sur nos frontières.

Je voudrais réellement encourager Matteo Renzi et Alexis Tsipras, confrontés aux mêmes problèmes, à prendre leurs responsabilités, à défendre leurs frontières et à signer des accords avec les pays d’origine et de transit, comme nous l’avons fait.

De nombreux citoyens européens, d’ONG et d’autres organisations de la société civile s’inquiètent des conséquences du TTIP, le futur accord commercial avec les États-Unis. Cette peur est-elle justifiée ?

Les critiques à l’égard du TTIP proviennent surtout de groupes anti-américains. Les négociations impliquent souvent des compromis complexes et des difficultés sur des sujets épineux. Toutefois, le TTIP protégera toutes les valeurs et normes européennes, même le chapitre sur l’agriculture, la question de l’exception culturelle soulevée par la France, et les données personnelles. Les lignes rouges sont nombreuses et l’UE ne les franchira pas. Nous, membres du PPE, pensons que le TTIP est l’occasion de créer des emplois et de la richesse des deux côtés de l’Atlantique. Nous ne devrions pas laisser passer cette chance. 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.