Partisan d’une Europe à plusieurs vitesses, le FDP allemand envisage une alliance avec LREM

epa06311351 La secrétaire général du Parti libéral-démocrate allemand (FDP), Nicola Beer, s'entretient avec les médias avant de participer à la réunion du présidium au siège du FDP à Berlin, Allemagne, le 6 novembre 2017. EPA-EFE/FELIPE TRUEBA [Felipe Trueba/ epa]

Nicola Beer, tête de liste du Parti libéral-démocrate allemand pour les élections européennes en Allemagne, apprécie plus la vision de l’Europe de Macron que celle de Merkel. Une interview d’Euractiv Allemagne.

Nicola Beer est avocate. Elle est secrétaire générale du Parti libéral-démocrate (FDP) depuis 2013. Elle a été secrétaire aux Affaires européennes de la Hesse, au sein du ministère régional de la Justice, de l’intégration, de l’Europe, puis ministre de la Culture de la Hesse entre 2012 et 2014. Elle se présente maintenant aux élections européennes.

 

Le FDP défend un modèle à deux vitesses pour l’UE. L’Allemagne ferait partie du « noyau dur » d’États qui pousseraient l’intégration plus loin, mais vous demandez que l’UE rende des pouvoirs à ses États membres. Comment ces deux idées peuvent-elles coexister ?

La Commission se perd trop souvent dans la réglementation de choses peu importantes, alors que nous n’avançons pas sur les grands sujets de l’immigration, de la politique de développement, de la sécurisation des frontières externes, de la sécurité interne et de la numérisation. C’est pourquoi nous voudrions une réforme qui se centre sur les sujets importants sur lesquels nous sommes plus forts ensemble, à 27.

Cette approche à deux vitesses dépend des projets particuliers. Les États membres qui le veulent pourraient joindre leurs forces et avancer ensemble sur certains sujets. Cela permettrait de tirer parti du fait que certains États sont en mesure de coopérer dans certains domaines et de tester la fonctionnalité de certaines idées. C’est un système similaire à celui de l’euro.

Macron oppose un projet clair pour l'Europe au flou de la politique allemande

La ligne du gouvernement allemand sur l’Europe est trouble, comme celle des partis de droite CDU et CSU.  Un brouillard dont LREM veut profiter.

 

Le FDP s’est récemment déclaré intéressé par une alliance avec le parti d’Emmanuel Macron, LREM, pour le prochain mandat parlementaire. Pourquoi ?

Parce que nos deux partis s’appuient sur l’idée d’une plateforme commune, pro-européenne. Aujourd’hui, on a des extrêmes des deux côtés. Notre opposition rejette une Europe commerciale libre et tournée vers le monde et appelle à un isolationnisme national.

Et avec les conservateurs et les socialistes, nous avons deux groupes fatigués, usés, qui trouvent que tout va assez bien en l’état et veut continuer comme ça. C’est très dangereux.

La seule chose qui peut entrainer un changement est une force pro-européenne, orientée vers l’avenir, qui a la volonté de réformer et de remettre au centre les valeurs européennes originales.

L’Allemagne semble hésiter à suivre les idées de réformes d’Emmanuel Macron. Qu’attendez-vous du gouvernement allemand ?

À ce jour, rien ne vient de notre gouvernement, malheureusement, il n’a pas de vision pour l’avenir de l’UE. Au sein de la Grande Coalition, ces débats se soldent par des échecs depuis deux ou trois ans. Et à Bruxelles comme en Allemagne, on tente de maintenir le statu quo en faisant des compromis.

Nous n’avons pas non plus de cohérence au niveau international. Le Brexit aurait dû être une sonnette d’alarme. Un de nos membres, important pour l’avenir de l’UE et très proche de nous en termes de substance, est à ce point mécontent de l’UE qu’il veut la quitter.

Depuis que Donald Trump a clairement dit ce qu’il pensait de l’OTAN, de plus en plus de voix s’élèvent pour une union de la défense européenne. Emmanuel Macron défend aussi cette idée. Qu’en pensez-vous ?

Je suis tout à fait pour ! La CSP [coopération structurée permanente] est une première étape réussie, mais nous devons aller plus loin. Notre structure est inefficace et nos nombreux systèmes de défense ne sont pas du tout coordonnés, des acquisitions au déploiement.

La ministre de la défense française appelle les industries européennes à s'unir

Florence Parly a exhorté lundi les industries européennes de Défense à s’unir face à « des concurrents américains et asiatiques toujours plus forts»  et plaidé pour une « grammaire»  unique des armements afin de donner corps à la Défense commune qu’Emmanuel Macron et Angela Merkel appellent de leurs voeux.

Quelles sont les idées du FDP pour renforcer les frontières externes de l’UE ?

Si on veut garantir la liberté de circulation interne – qui est l’une des grandes réussites de l’UE – nous devons surveiller et protéger efficacement nos frontières externes. Et cela signifie choisir nous-mêmes qui peut entrer et qui peut rester, et pour combien de temps.

Pour nous, il est important d’instaurer un système de points. C’est une manière pour les pays de définir leur intérêt national en termes d’immigration, en fonction des besoins de chacun et de la situation des différents marchés de l’emploi.

Mais si tous les États membres envisagent l’immigration d’un point de vue économique, aurons-nous jamais un système d’asile commun ?

La décision d’Angela Merkel d’agir seule en 2015 a fait beaucoup de dommage vis-à-vis de nos voisins. Nous devons donc revenir à la base de la question de l’immigration avec tous les États membres.

L’asile, soit la protection contre des persécutions individuelles, politiques ou religieuses, et la protection temporaire des réfugiés, ne doivent pas être confondus avec la migration économique massive dont nous sommes actuellement témoins.

Pensez-vous que les européennes de mai 2019 renforceront significativement les populistes ?

C’est aux électeurs eux-mêmes d’en décider, et cela dépendra aussi du taux de participation. Les populistes votent aux élections, alors que ceux qui s’abstiennent laissent les autres décider à leur place. Si les citoyens privent les institutions de l’UE de la capacité d’agir et même de la volonté d’agir, c’est là que l’Europe sera minée. Ces élections ne doivent pas se contenter de garantir que les populistes ne reçoivent pas trop de voix, car leur absence ne rendra pas l’UE plus forte en soi. Il s’agit plutôt d’ouvrir la porte au renouvellement.

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