Hollande met en garde contre «une Europe qui n’avance plus»

François Hollande [A.PAES/Shutterstock]

L’ancien président de la République parle d’Europe à des lycéens. L’occasion pour lui de partager son expérience et ce qu’il a pu lui-même comprendre du processus de construction européenne. Une interview de notre partenaire, Ouest-France.

Un véritable VRP de l’Europe ! Répondant à l’invitation de jeunes bretons, François Hollande vient leur parler d’Europe durant deux heures. Une tournée française qu’il a initiée voilà un mois. « J’ai senti que l’Europe était incomprise et inconnue des jeunes », explique-t-il.

Pourquoi faites-vous ce tour des lycées français ?

J’ai senti que dans la jeunesse, il y avait un besoin de comprendre et aussi de rencontrer, en l’occurrence un ancien Président pouvant donner sur l’Europe non pas simplement sa vision, mais surtout son expérience et ce qu’il a pu lui-même comprendre du processus de construction européenne.

Je le fais à partir d’un appel que j’avais adressé aux lycéens en février, à leurs enseignants et aussi aux chefs d’établissement. J’ai reçu 350 réponses. J’ai donc dû faire des priorités.

J’ai pensé qu’il fallait aller aussi bien dans les quartiers populaires de la région parisienne que dans des régions n’ayant pas forcément pour l’Europe toutes les adhésions que l’on sait, comme le Nord Pas-de-Calais. Et puis je viens en Bretagne car, à l’inverse, elle a toujours choisi l’Europe à chaque scrutin.

D’où vient cette incompréhension des jeunes vis-à-vis de l’Europe ?

L’Europe est, à la fois, leur vie quotidienne et leur environnement. Ils ont toujours connu l’Europe et l’euro. L’Europe est donc, pour eux, à la fois très proche et quotidienne, et en même temps très lointaine.

Ce sont 27 ou 28 pays pas forcément proches. C’est aussi une Europe très économique, qui ne répond pas toujours à leurs attentes, notamment sur le plan climatique, des investissements d’avenir, des nouvelles technologies….

Les jeunes sont conscients que l’Europe c’est leur vie et ils sont aussi impatients d’avoir une Europe qui soit beaucoup plus active. Les jeunes posent d’ailleurs souvent les mêmes questions : pourquoi ne fait-on pas davantage sur le climat ? Pourquoi existe-t-il autant de divisions sur l’immigration et les réfugiés ? Pourquoi ne se préoccupe-t-on pas suffisamment des régions fragiles ?…

L’idée, est-ce d’inciter les plus âgés à aller voter ?

Non, je ne suis pas dans cette démarche-là. Mon ambition est de leur dire ce que j’ai vu de l’Europe, ce qu’elle peut leur apporter, comment elle fonctionne. C’est un exercice pédagogique, citoyen. Je viens apporter un témoignage, une expérience…

Qu’attendez-vous du futur parlement qui sera élu le 26 mai ?

Il faut être lucide. Les élections ne vont pas changer le cours de l’Europe. Ce qui va compter, c’est de savoir quelle majorité pourra se dégager pour essayer de fixer un certain nombre de priorités. Et selon les résultats, le social, l’écologie ou les questions économiques seront plus déterminantes.

Mais ce qui va surtout compter, c’est l’attitude des chefs d’État et de gouvernement. À 27 ou 28, on a maintenant trop de divisions. Le risque pour l’Europe, c’est d’être bloquée, pas d’être éclatée.

L’exemple du Brexit est suffisamment probant pour qu’aucun pays ne veuille quitter l’Europe. En revanche, le risque est que l’Europe n’avance plus. Le plus grand danger, ce n’est pas une Europe qui éclate, c’est une Europe qui n’avance plus.

>> Lire sur Ouest-France

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.