Les Verts veulent « construire un nouveau rêve pour sauver l’Europe »

David Cormand [Wikimedia common]

Europe Écologie les Verts planche ce week-end (9 et 10 juin) à Paris sur la stratégie à adopter en vue des élections européennes. Après le retrait de leur candidat à la présidentielle française, le parti tente de se renouveler un vue des Européennes.  Un entretien réalisé par notre partenaire, l’Ouest-France

David Cormand est le secrétaire national du parti Europe Écologie les Verts depuis juin 2016. 

Quels sont les grands enjeux des élections européennes pour vous ?

Les deux grands blocs idéologiques qui ont sous-tendu la politique française après-guerre, à savoir la gauche démocrate et la droite chrétienne, se sont effondrés. On est arrivé à la fin d’un cycle basé sur un modèle qui spéculait sur l’exploitation sans fin des ressources de la planète. Ce qui nous avait été présenté comme un rêve au cours des 30 glorieuses se transforme peu à peu en cauchemar.

Comment exister dans pareil paysage ?

Ces deux matrices idéologiques ont laissé la place à une espèce de triangle des Bermudes. À son sommet, on trouve la synthèse libérale, incarnée aujourd’hui par Emmanuel Macron, l’économie dominante, la croissance sans fin. Aux coins, le populisme de gauche, avec la France insoumise en France, et le populisme d’extrême droite, avec le Front national, vers lequel convergent les Républicains aujourd’hui. Nous refusons cette tenaille.

Par quoi ceci se traduit-il ?

Ces deux offres sont les deux faces d’une même pièce, qui conduisent à la fin de l’Europe. Je refuse le champ de bataille qu’on cherche à nous imposer, en nous disant soit vous êtes pour l’Europe, et il faut voter Macron, soit vous êtes contre, et vous votez pour les populistes. Beaucoup sont résignés, choisissent une mauvaise solution parce qu’ils ont peur de l’autre. Ce n’est pas le règne de l’espoir qui motive le vote, mais celui de la peur.

À la dernière présidentielle, les gens ont choisi entre le moins pire. Nous, nous allons inviter les gens à voter avec le sourire, pour et non pas contre. Nous voulons être la troisième voie, en construisant un nouveau rêve pour sauver l’Europe, articulé autour de l’écologie, la transition énergétique, l’agriculture durable localisée et paysanne, l’économie circulaire, la lutte contre la surconsommation, la réduction de notre empreinte sur la nature…

Est-ce encore possible ?

Il y a un an, on nous a dit « c’est bon, on n’a plus besoin de vous ! » Le PS s’est converti à l’écologie avec Benoît Hamon, Nicolas Hulot est ministre du nouveau gouvernement et Daniel Cohn-Bendit conseille Emmanuel Macron, le Président du « Make our planet great again ». Un an après, on en est où ? Maintien du glyphosate, accord sur l’exploitation de l’huile de palme, recul sur l’arrêt du nucléaire…

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Les lobbys et les technostructures ont la main sur la politique du gouvernement. L’écologie est à terre dans la politique du gouvernement, mais elle est debout dans la société. Il y a de plus en plus de citoyens et d’associations qui s’organisent pour la faire vivre. Il faut transformer cela en action dans les institutions. Notre premier objectif pour y parvenir, ce sont les Européennes.

Combien avez-vous de députés au Parlement européen aujourd’hui ?

Six, mais 53 dans le groupe Vert ALE au Parlement européen. Ce n’est pas un grand groupe, mais c’est un groupe important. Avec l’effondrement de la sociale démocratie et du parti populaire européen, plus, hélas, la montée des partis populistes, si ce groupe Vert fait de bons scores dans les différents pays – dont la France, pièce maîtresse dans cette élection – il pourrait devenir charnière, en s’opposant aux populistes tout en tenant en respect les restes des formations traditionnelles. Avec 60 à 80 députés, nous pourrions devenir ceux qui réorientent les politiques européennes.

Avec quelle tête de liste ?

On verra au début de l’été, ou à la rentrée au plus tard. Aucune des forces politiques qui s’apprête à entrer en campagne n’aura de tête de liste connue. Il y a cinq ans, vous aviez Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen… qui vont rester à l’Assemblée nationale. Et nous avons des personnalités fortes. C’était le cas en 2009 avec Daniel Cohn-Bendit, mais aussi grâce aux suivants de liste qu’étaient José Bové, Michèle Rivasi, Eva Joly, Yannick Jadot. C’est cette combinaison qui a permis le succès.

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Nous avons à nouveau des personnalités solides, avec l’hypothèse Noël Mamère et nos députés sortants, qui ont gagné en audience et poids politique. Je suis à la tête d’un parti qui a perdu à la fois ses fondateurs (les Lipietz, Cochet, Dany Cohn-Bendit, Eva Joly) et sa génération intermédiaire (Placé, de Rugy, Pompili, Duflot). Ces Européennes seront l’occasion de construire la nouvelle génération d’écologistes qui seront appelés dans les cinq à dix ans à construire un mouvement qui deviendra majoritaire.

Vous ne ferez pas alliance ?

Nous devons d’abord affirmer notre identité propre. Nous avons été ballottés pendant 30 ans par l’ancienne bipolarisation. Ce moment dans lequel on nous prédisait notre disparition sera plutôt, je le crois, celui de notre renaissance. Je crois qu’il y a un vrai espace pour l’écologie politique. Il sera à nous à condition que nous affirmions l’indépendance de notre pensée politique.

Pas de rapprochement avec Génération.s ?

L’éternelle palabre de la réunification de la gauche n’est pas notre guerre. Si la priorité de Génération.s est de recomposer cette vieille gauche, nous n’avons rien à faire ensemble. S’ils veulent construire un nouvel imaginaire politique, qui est l’écologie, pourquoi pas le faire ensemble. Mais je serai très ferme et très clair sur cette ligne. Très ouvert, mais intransigeant. Ça fait 30 ans qu’on perd notre temps avec ça, pas question de mettre le doigt là-dedans.

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