Pascal Durand : « Il faut parfois mener des combats en terre hostile »

L'eurodéputé Vert Pascal Durand rejoint la liste LREM pour les européennes. [Eurodéputés Europe Ecologie/Flickr]

L’élu Vert Pascal Durand va rejoindre les macronistes de LREM, peu réputés pour leur sensibilité écologiste, pour les européennes. Il souhaite éviter qu’une alliance centre-droite et droite radicale ne mène la danse dans le prochain Parlement.

Avocat de formation, Pascal Durand a longtemps milité chez les Verts avant de devenir secrétaire général d’Europe Ecologie Les Verts, puis d’être élu eurodéputé en 2014. Membre de l’intergroupe de défense de la cause animale, il  défend une écologie ambitieuse, mais « veut faire bouger les choses ». 

Vous quittez les Verts pour rejoindre la liste LREM pour l’élection européenne. Pourquoi ce choix ?

Je ne suis pas adhérent de LREM, je ne suis pas un soutien du parti. En quittant le secrétariat d’EELV j’ai fait un trait sur la politique française. Ce qui m’intéresse, c’est comment arriver à continuer au niveau européen à défendre les combats que j’ai mené chez les Verts. Cela demande des conditions spécifiques.

Votre côté pro-européen prend le pas sur votre engagement écologique ?

Non. L’écologie n’est pas la mineure de l’Europe. Mais la condition pour mettre en œuvre des politiques solidaires sur la planète passe par une Europe qui a la capacité d’agir. L’Europe sans le social et l’écologie disparaîtra, mais il faut l’Europe au départ.

J’ai demandé aux Verts, aux socialistes, de faire une plateforme commune. La réponse a été non. Les partis restent dans leur logique d’épicerie, les Verts portent la vertitude, les socialistes la socialitude et les centristes auraient porté la centritude. Or, si l’on est pas capable de construire cette majorité progressiste, on perd tous ensemble.

Vous pensez que le Parlement européen risque de se droitiser ?

Le Parlement européen peut basculer dans une alliance très à droite entre ECR, PPE et centre. C’est un combat entre les détenteurs d’une Europe recroquevillée qui ne s’intéresse qu’aux questions de défense, c’est l’Europe d’Orban, de Salvini, de Le Pen, l’ECR, une partie des Polonais et d’une partie de la CSU. Cette Europe- là existe. Elle n’est pas majoritaire, mais si le groupe centriste rentre dans leur logique, elle pourrait le devenir.

Si un Guy Verhofstadt décide pour des raisons d’opportunité politique de faire un accord avec Manfred Weber et l’ECR, l’Europe comme moi je la conçois est en danger.

Pourquoi les centristes seraient-ils responsables de cela ?

Il y a deux blocs chez les centristes. Certains sont très libéraux, notamment sur les questions commerciales. J’ai vu l’alliance PPE-ALDE-ECR sur certains sujets, comme l’homologation des véhicules. C’est une alliance qui me fait peur. Si l’on va vers plus d’Europe comme ca, vers la défense des intérêts privés et la défense des régulations, c’en est fini de l’Europe.

Il y a aussi des membres du groupe centriste qui défendent plus l’environnement. Je pense qu’on peut faire pencher le groupe dans ce sens. Dans ce cas, socialistes et Verts auront une chance de reconstruire un jour une majorité au Parlement européen, si une alliance avec le centre est possible.

Macron veut faire émerger «En Marche» au niveau européen

Emmanuel Macron a réaffirmé son ambition de chambouler le paysage politique européen. Mais entre création d’un nouveau parti et ralliement aux libéraux, le parcours s’annonce semé d’embuches.

Vous ne croyez pas à un réveil de la gauche pour les européennes ?

Si je pensais que les Verts étaient en capacité de réunir, je resterais chez les Verts. En France, on parle de vague verte, on veut s’inspirer des Verts allemands. Mais 70 % des Verts seraient  exclus de Verts en France ! Parce qu’ils sont soit trop à droite, soit trop environnementalistes. Or le fondement de la réussite des Grunen c’est une capacité d’ouverture, et une vraie capacité à créer des rapports de force notamment au niveau local.

Le libéralisme n’est pas compatible avec l’écologie, c’est une évidence. Mais un syndicaliste, il ne se dit pas qu’il ne va pas négocier les conditions de travail parce que l’économie obéit aux règles du capitalisme !

Leon Blum a fait passer les congés payés : ça n’a rien changé au capitalisme, mais ça a changé la vie de millions de gens. C’est cela que je veux faire: faire bouger les choses, pour qu’on puisse respirer un air correct à Paris et Bruxelles, pour que les vaches et les poules ne soient pas considérées comme des objets, que la biodiversité enraye sa disparition.

Sur les questions environnementales, le bilan de LREM est plutôt maigre

C’est certain. Mais au niveau européen, il y a l’ALDE, et la possibilité de faire bouger les lignes, d’amener le groupe du bon côté, du côté de l’Europe.

Mais il y a aussi des très libéraux. Vous voulez faire éclater le groupe  ALDE ?

Si le groupe centriste veut éclater, il éclatera. Les majorités risquent d’évoluer durant la prochaine mandature. Je ne suis pas devin, je ne sais pas où seront les socialistes français par exemple, plus à gauche que le candidat Timmermans. Etant donnée la règle d’Hongt, les groupes resteront formés au début de la mandature, mais ensuite je pense qu’ils bougeront.

Pour quelle reconfiguration ? Pour un groupe progressiste comme le dit Macron, et un groupe conservateur ? Ou avec un groupe centriste  ? Je pense que LREM va vouloir créer son parti européen

Vous faites la différence entre parti et groupe. Mais pour l’heure au Parlement européen, les partis correspondent aux groupes qu’ils rejoignent…

Au sein de l’électorat d’En Marche, il y a des gens qui viennent de la gauche. J’imagine qu’ils ne sont pas très à l’aise sur les politiques du gouvernement. Ils restent attachés à une Europe plus solidaire. Peut-être que cette Europe nous pouvons essayer de la construire. Avec les démocrates italiens aussi, peut-être les socialistes espagnols. Je pense qu’il y a la place de construire un vrai parti européen qui s’appuie sur les valeurs chrétiennes et non chrétiennes, humanistes.

Et ce parti ne correspondrait pas à un groupe politique européen ?

Si un parti paneuropéen se crée, il pourrait avoir un poids très fort sur le groupe centriste. Et le centre de gravité pourrait être changé. Mais à ce moment, il ne faudra pas changer que le nom du groupe centriste !  Je pense à un vrai parti pro-européen qui aille de Michel Barnier, chrétien social, jusqu’aux Verts. Avec des pratiques différentes : les Verts garderaient leur propre groupe, les socialistes aussi. Il y a une majorité possible de ce bloc. Je crois qu’il y a des électeurs qui sont orphelins de l’existence de cette tendance humaniste, pro-européenne.

Macron a été élu en partie par ces gens-là : les déçus de l’écologie et du socialisme.

Vous évoquez des priorités qui ne sont pas celle de Macron en France.

En France, Macron mène une politique marquée à droite. Edouard Philippe vient de la droite, il l’assume, comme Bruno Le Maire, et Darmanin. Les clés de la politique française sont plutôt à droite. Mais à droite Emmanuel Macron a plus d’ennemis que d’amis en Europe ! Qui l’a attaqué sur sa déclaration européenne : la droite allemande, alors que le SPD applaudissait. Pour des raisons de politique intérieure, la droite allemande va être tentée d’aller de plus en plus à droite, et les amis de Macron ne seront pas à droite : ce ne sera ni Orban,ni Salvini, ni Kurz. Il faut qu’on arrive à faire ces passerelles avec les travaillistes britanniques, les démocrates italiens, les socialistes espagnols. Pas en France : les socialistes français seront toujours anti-macronistes, parce qu’il a phagocyté leur électorat.

Comment allez-vous porter les questions environnementales au sein d’En marche ?

Macron veut porter la banque du climat. Ce sera un des symboles de notre campagne. Sur les autres sujets, il faudra argumenter. Macron aussi peut comprendre : le nucléaire, certes les gens n’en veulent plus, mais surtout le coût est exorbitant. Sur le diesel par exemple, après le dieselgate notamment, il a changé : on va sortir du diesel. Le nucléaire c’est pareil, on va gagner ces combats là.

Encore faudrait-il les mener ! Ce n’est pas la proposition de LREM

La société civile va gagner sur le nucléaire, comme sur le diesel, comme sur les congés payés : il faut des gens qui se mobilisent, et sur le climat ce sera pareil.

La question animale est mal traitée par le gouvernement actuel, à cause de lobbys comme la FNSEA et les chasseurs mais c’est quand même ce gouvernement qui a introduit deux ourses dans les Pyrénées. Sur les loups, bien sûr qu’il ne faut pas tirer sur les loups ; mais le gouvernement va s’apercevoir que les chasseurs à un moment, ils vont être balayés par les gens. Les gamins, ils en ont rien à faire de la chasse, ils en ont marre qu’on persécute des animaux, qu’on torture des taureaux dans le Sud. C’est eux à eux de convaincre.

Comment ferez-vous pour défendre ces idées tout seul ne serait-ce qu’au sein des eurodéputés En Marche ?

J’aime convaincre. Ce serait dommage que je sois le seul écolo, mais si c’est le cas, je tenterai.  Et je le fais par conviction. Nicolas Hulot est parti du gouvernement : est ce que les politiques de l’environnement s’en portent mieux ? Je ne crois pas. Il faut parfois mener des combats en terre hostile.

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