Philippe Lamberts : « Ou l’UE se renforcera, ou elle est condamnée à disparaître »

L'eurodéputé Philippe Lambert. [Sebastien Bozon/EP]

Membre du groupe parlementaire de pilotage du Brexit et grand partisan de la décroissance économique, l’eurodéputé vert vise à nouveau la présidence de son groupe en cas de réélection. Avec comme ligne de mire deux enjeux majeurs que sont l’écologie et les inégalités sociales. Une interview initialement publiée sur le site d’EuroCité.

Philippe Lamberts est membre du Parti des Écologistes Confédérés pour l’Organisation de Luttes Originales belge et co-président du Groupe des Verts/Alliance libre européenne.

Quel bilan dressez-vous de la dernière législature européenne ? Quelle est votre plus grande réussite (collective ou personnelle) ?

À mes yeux, ce sont nos avancées en matière de justice fiscale et de transparence qui représentent nos succès les plus significatifs. Sans oublier que l’Europe a endossé un rôle de pionnière dans ce domaine en adoptant la loi sur la protection des données.

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Le règlement général de protection des données entre en vigueur vendredi 25 mai. Un texte ambitieux qui garantit de nouveaux droits à tous les citoyens européens. Un article de notre partenaire, l’Ouest-France

Toutefois, je ne peux que déplorer qu’il n’en ait pas été de même en matière d’écologie. Nous avons malheureusement ralenti nos efforts dans le domaine climatique. L’année 2015 a été la période charnière de la dernière législature. Elle a d’abord été marquée par le déploiement d’un plan d’aide pour la Grèce, qui a abouti à sa mise sous tutelle européenne en juillet. Peu de temps après, les réfugiés ont commencé à affluer massivement.

Le plus grand échec de la législature 2014-2019 ? Avez-vous des regrets ?

L’absence de réponse collective à la crise migratoire représente un échec européen majeur. La plupart du temps, les débats sont dominés par la peur, qui incite à un repli majoritaire, à la construction d’une Europe forteresse. Ce sentiment est alimenté par certains responsables politiques, qui jouent sur les peurs pour se positionner comme protecteurs. Le dernier mini-sommet européen sur les réfugiés des 29 et 30 juin a mis ces postures en évidence. Cette incapacité à mettre en place une politique commune a pour conséquence que les États en première ligne des flux migratoires, comme l’Italie ou la Grèce, se retrouvent bien souvent livrés à leur sort.

Conte «très satisfait» à l’issue du mini-sommet migration

Ils sont 16 chefs d’État à s’être rendus à Bruxelles le 24 juin pour un mini-sommet sur l’immigration. Les discussions, qui n’ont pas abouti à une déclaration officielle, auraient tourné autour d’une proposition de Rome.

Un pronostic pour votre famille politique pour les élections européennes de 2019 ?

Il reste onze mois avant les prochaines élections européennes. Je suis convaincu que les forces pro-européennes, dont les Verts, parviendront à créer la surprise. Il y a un an de cela, personne ne croyait réellement en nous ou en notre avenir, et pourtant, nous sommes toujours là et plus actifs que jamais. L’esprit internationaliste, de justice sociale, d’ouverture, n’est pas mort en Europe ; ce constat nous donne de l’espoir pour les élections à venir.

Quels seront les plus grands défis pour l’Union européenne durant la législature 2019-2024 ?

Les plus grands défis de la prochaine législature sont en réalité des bombes à retardement : il s’agit, d’une part, de notre empreinte écologique, d’autre part, des injustices sociales qui foisonnent sous toutes leurs formes. Ce dernier problème semble, à tort ou à raison, plus urgent aux yeux de l’opinion publique. La question est simple : un groupe restreint d’acteurs – les multinationales – continuera-t-il à exploiter ressources et personnes, ou bien serons-nous capables d’inverser le cours des choses ?

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La stratégie de communication de BusinessEurope est de « s’opposer » à toute hausse des ambitions climatiques de l’UE. Mais  en affichant un soutien de façade, explique une note interne obtenue par Euractiv.

À quoi ressemblera l’Union européenne en 2030 ?

Le choix pour les dix prochaines années est clair : ou l’UE se renforcera, ou elle est condamnée à disparaître. Dans ce cas, il subsistera un appendice institutionnel pour gérer les affaires courantes. Ou bien l’Union européenne aura progressé dans la voie de l’intégration, en matière sociale et fiscale, dans le domaine de la sécurité et des migrations. D’après moi, l’évolution que connaît notre monde et l’apparition d’acteurs pas nécessairement bien intentionnés tels que Trump, Poutine ou encore la Chine, vont provoquer un sursaut des Européens.

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