Frans Timmermans courtise une partie de l’ALDE

Frans Timmermans [EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Frans Timmermans espère former une majorité progressiste après les élections européennes, en ralliant certains libéraux de l’ALDE. Et compte ainsi tendre la main au parti d’Emmanuel Macron.

Pour le premier vice-président de la Commission sortante «  l’époque de la domination de deux partis au Parlement européen touchait à sa fin », faisant ainsi référence aux socialistes et démocrates (S&D) et au PPE.

Interrogé par Euractiv sur la constitution d’un camp progressiste après les élections européennes de mai, Frans Timmermans a ajouté : « Au vu des pronostics actuels, je pense qu’on aura aussi besoin des libéraux progressistes dans cette équation. »  Le candidat à la présidence de la Commission avait déjà affirmé vouloir travailler avec la gauche européenne et les Verts

Le parti LREM d’Emmanuel Macron, relativement proche de l’ALDE, n’a cependant pas annoncé officiellement sont ralliement à une famille politique européenne.

« Je pense qu’il place juste ses cartes un peu partout. Tout ce que je peux faire c’est d’essayer de lui proposer quelque chose qui pourrait l’attirer, et attendre de voir quels choix il fait », explique Frans Timmermans. « Ce serait bien de pourvoir faire la fine bouche, mais on parle d’Europe, vous êtes obligés de trouver des coalitions et des compromis et je vais essayer de faire comprendre ça autant que possible au camp progressiste. »

Le responsable néerlandais, qui s’est fait l’avocat de l’état de droit et fervent critique des tendances d’extrême droite anti-démocratique, a indiqué que sa seule ligne rouge dans la mise en place d’alliances politiques est « une coopération avec l’extrême droite sous aucun prétexte ».

Justice et corruption : la Roumanie en marche arrière

La Commission européenne reproche à la Roumanie de faire marche arrière sur des valeurs comme la liberté de presse. Bucarest menace à demi-mot de saisir la Cour de justice.

« Ma plus grande peur est que la jeune génération du PPE a de moins en moins de complexes à travailler avec l’extrême droite, ce qui pour moi est absolument impensable. »

« La raison pour laquelle je ne veux pas coopérer avec l’extrême droite n’est pas que leurs idées ne sont pas assez sociales mais parce qu’ils ont une vision différente de l’humanité, de la société. Je ne comprends vraiment pas comment la droite traditionnelle peut intégrer cela à leur propre idéologie », a poursuivi le commissaire.

Fin des Spitzenkandidaten ?

Le principal adversaire de Frans Timmermans est Manfred Weber, le candidat du PPE, le parti le plus représenté au Parlement. Néanmoins, tout le processus de Spitzenkandidaten, par lequel les groupes politiques européens désignent une tête de liste pour diriger l’UE, pourrait s’effondrer après le scrutin.

Ce processus a été utilisé pour la première fois en 2014, ce qui a permis de mettre fin à la sélection à huis clos entre les chefs d’État et de nommer Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. À l’époque, deux dirigeants s’opposaient à la nomination du Luxembourgeois : le Hongrois Viktor Orbán et le Premier ministre britannique de l’époque, David Cameron.

Si de plus en plus de pays, comme la France, ou de groupes politiques, comme l’ALDE, s’opposent au processus de Spitzenkandidaten, Frans Timmermans espère que le Parlement défendra le processus.

« S’ils tuent le processus maintenant, il sera mort à jamais. À l’inverse, ça deviendra une institution. » Selon lui, il serait « un peu étrange » que le processus soit abandonné au profit de négociations directes et clandestines. De cette manière, une personne restée en coulisses, qui courtise tous les Premiers ministres depuis des mois, voire des années, serait sortie de derrière les fagots et on dirait « voici votre nouveau président ».

« Ce serait vraiment néfaste pour nos efforts visant à rendre l’Europe plus démocratique et ce serait en fait une gifle pour le Parlement européen. Et le Parlement est-il prêt à accepter cela ? J’espère que non. »

Timmermans se verrait bien à la tête de l’UE

Le numéro deux de l’exécutif européen, Frans Timmermans, a confirmé son désir de briguer la présidence, narguant au passage tous ses adversaires politiques.

Frans Timmermans a déclaré que sa Commission s’articulerait autour d’objectifs de développement durable, « car c’est le meilleur cadre possible pour ce que nous devons faire ». Il mettra donc l’accent sur la durabilité sociale, l’économie circulaire, la défense du multilatéralisme et l’accessibilité au logement pour tous dans l’UE.

Lors d’une autre interview vidéo, qui sera publiée dans le courant de la semaine, il a déclaré qu’à part le changement climatique, le plus grand défi de l’Europe était l’instauration d’une relation solide et structurée avec l’Afrique.

« Je pense que le défi auquel nous sommes confrontés avec l’Afrique est comparable à celui du temps de nos grands-parents, en 1945, entre la France et l’Allemagne, et auquel nous avons été confrontés lorsque le mur de Berlin est tombé », estime-t-il.

Il met également en garde contre une menace interne de plus en plus significative : « ce qui est nouveau dans la société européenne, c’est que les forces politiques qui contestent l’existence même de l’Union ont gagné en puissance, ce qui est à mon sens une nouvelle difficulté idéologique ».

Le commissaire appelle donc les forces pro-UE à répondre par leur propre idéologie, plutôt que « par des présentations Powerpoint sur les raisons pour lesquelles l’abolition des frais d’itinérance est une si bonne idée ».

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