Schulz dénonce «le cynisme» et la rhétorique «antiallemande» de Le Pen

Martin Schulz, ex-président du Parlement européen et candidat de gauche à la chancellerie allemande, il pointe le choc que représenterait l’élection de Marine Le Pen lors d’un entretien avec Ouest-France et le groupe Funke.

Martin Schulz est l’ancien président du Parlement européen et candidat social-démocrate (SPD) à la Chancellerie allemande. Les élections fédérales allemandes auront lieu le 24 septembre.

Dimanche, les Allemands auront aussi les yeux rivés sur la France. Que se passerait-il si Marine Le Pen était élue?

Comme l’Allemagne, la France est un pays du G7. Avec l’Allemagne, elle forme la base solide de la zone Euro et de l’Union européenne. La France, force nucléaire, est membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU. Je ne peux pas imaginer qu’un tel pays tombe dans les mains d’une ultranationaliste comme Marine Le Pen. Cette femme est connue pour son manque de retenue, pour son cynisme et des paroles antiallemandes comme je n’en ai plus entendues depuis des années. Elle ne s’est toujours pas distanciée de la citation de son père selon laquelle Auschwitz serait un détail de l’Histoire. C’est une position insupportable.

Qu’attendez-vous d’Emmanuel Macron?

Je le connais bien. Je pense que s’il est élu président, et moi chancelier, nous pourrons unir nos efforts pour réformer l’Union européenne. Ce qui manque à l’UE, c’est une réforme ambitieuse et courageuse. Les chefs d’États et de gouvernements se traînent d’un sommet européen à l’autre. Macron a la volonté de changement qui manque à d’autres. Je l’ai également.

Quels changements ?

L’Union européenne doit se concentrer sur des défis centraux, que les États nationaux ne peuvent pas relever seuls : le changement climatique, le terrorisme, l’évasion fiscal. Pour le commerce, il est important que l’Europe ne se referme pas sur elle-même. Elle doit aussi lutter contre cette tendance au repli que l’on observe dans d’autres régions. Et nous avons besoin d’investissements en Europe qui renforceront la croissance, l’innovation et le vivre-ensemble européen.

Opperman :«Schulz serait une chance pour l'Europe sociale»

La victoire de Martin Schulz aux élections allemandes permettrait à l’Europe de mettre un terme aux politiques d’austérité « inutiles » et de remettre la justice sociale au cœur de l’union, estime Thomas Oppermann.

Dans un entretien à Ouest-France, Emmanuel Macron a annoncé des réformes en France, mais évoqué aussi les déséquilibres que provoque l’excédent budgétaire allemand. L’Allemagne peut-elle bouger sur ce point?

On ne peut pas interdire à un pays d’avoir du succès. Bien au contraire: l’Allemagne doit continuer sur la voie de la réussite. Il ne peut pas être question d’une baisse des exportations allemandes. Mais l’Allemagne doit participer au fait que les autres pays puissent investir davantage et que l’Allemagne puisse elle-même faire plus d’investissements. Nous devons utiliser notre force économique pour investir dans les infrastructures routières, ferroviaires, le numérique. Nous devons augmenter nos dépenses dans les secteurs de la qualification et de la formation, pour la recherche et le développement. Sur ces points, il y a de nombreux ponts possibles de coopération entre la France et l’Allemagne. La force allemande doit être utilisée pour renforcer les autres, pour renforcer l’Europe.

ALLEMAGNE

Le SPD perd du terrain dans les sondages et se retrouve de nouveau clairement derrière la CDU. Est-ce que l‘« effet Schulz » est déjà fini ?

Nous sommes stables autour des 30%. Lorsque j’ai démarré, le SPD était stable autour de 20%. Depuis ma nomination en tant que candidat à la chancellerie en Janvier, nous avons en outre 16 000 nouveaux membres. 40% d’entre eux ont moins de 35 ans. Cette évolution est unique dans l’histoire des partis politiques allemands. Je suis donc très content. Et ce n’est pas un sondage en-dessous de 30% qui va provoquer une crise de notre camp.

Martin Schulz se tient à distance du gouvernement allemand

Soucieux de son image de dissident politique, le principal adversaire de Merkel refuse de participer aux négociations gouvernementales avant les élections. Au risque de se mettre à dos son propre parti. Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

Il n’en reste que l’avance de la CDU s’agrandit de nouveau. N’était-ce pas une erreur de présenter l’Allemagne, « premier de la classe » en Europe, comme un pays d’injustices ?

Quand on fait de la politique, il faut être très attentif à la vie des gens normaux. Il y a des injustices dans notre riche pays. Ce n’est pas juste que certaines familles avec deux revenus ne puissent pas payer un loyer dans des grandes villes. Il n’est pas juste que certaines personnes âgées ne puissent pas obtenir les soins nécessaires pour vivre le crepuscule de leur vie dignement. Il n’est pas juste que les femmes aient un salaire moins élevé que les hommes. Et ce n’est pas une erreur que d’évoquer ces injustices. La CDU récupère des électeurs grâce à la chute de l’AfD. Mais cela mène à la longue aussi à un problème de la CDU. Le parti effectue un virage à droite également pour essayer d’attirer des électeurs sur son aile droite. Cela nous libère des électeurs au centre.

Vraiment ? Angela Merkel se voit plutôt reprocher qu’elle mène la CDU trop à gauche.

Vous n’avez qu’à regarder les thèses du ministre de l’Intérieur de Maizière sur la question de l’identité culturelle. Nous avons une très bonne feuille de route pour notre vivre-ensemble en Allemagne. Ce sont les 20 premiers articles de la Constitution. En voulant provoquer un nouveau débat sur cette question d’identité, de Maizière vise clairement les électeurs sur son front droit.

Martin Schulz rebat les cartes de la politique allemande

L’ancien président du Parlement européen a permis la renaissance d’une fracture droite-gauche dans la campagne électorale allemande. Un article de notre partenaire La Tribune.

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