«Les élections européennes ont une chance de prendre un tournant progressiste»

Ska Keller [European Parliament]

L’Europe progressiste pourrait gagner la bataille des élections européenne. une réalité dont le PPE devrait prendre conscience au lieu de glisser vers les extrêmes, dénonce la coprésidente des Verts.

Ska Keller est co-présidente du groupe des Verts/Alliance libre européenne. Elle était la tête de liste, ou Spitzenkandidat de son parti lors des élections européennes de 2014.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, parlera de l’état de droit dans son discours sur l’état de l’Union le 12 septembre prochain, ce qui veut dire qu’il prendra position par rapport à la Hongrie, et peut-être la Roumanie.

J’espère vraiment qu’il le fera, car l’état de droit et la démocratie sont des enjeux cruciaux pour l’Europe en ce moment. L’Europe est construite sur la promesse de démocratie, d’une région de liberté. Et actuellement, les libertés civiles sont menacées dans un certain nombre d’États membres. C’est une grande question pour l’Europe, mais comment pouvons-nous y répondre ? Comment réagir face à des États membres qui ne respectent pas les règles et valeurs les plus fondamentales de l’Europe ? Nous allons d’ailleurs voter sur le rapport concernant la Hongrie la semaine prochaine et ce sera très intéressant de voir comment les conservateurs vont se positionner sur la question.

Justement, le président Juncker n’était pas très content que ce vote ait lieu le même jour que son discours sur l’état de l’Union. Pensez-vous qu’il se sentira libre de critiquer Viktor Orbán, qui appartient à sa famille politique ?

Je pense au contraire que c’est un très bon timing, car il s’agit du futur de l’Europe. J’espère évidemment que Jean-Claude Juncker se montrera critique envers Viktor Orbán. En tant que président de la Commission européenne, il doit défendre les lois et valeurs de l’UE, que Viktor Orbán est en train d’enfreindre. Il ne peut pas se dérober, il doit donner une réponse claire et prendre position, en tous cas, c’est ce que j’attends de lui.

Pensez-vous que le vent est en train de tourner au PPE et que le groupe décidera enfin de bloquer l’adhésion du Fidesz [le parti d’Orbán] ou même de les exclure ?

Le PPE est de plus en plus contrarié face à Viktor Orbán et le sujet est devenu de plus en plus public. Il y a eu cette lettre des eurodéputés suédois cet été par exemple, et vous savez aussi que la question de l’adhésion de ce parti divise le groupe PPE en interne. Reste à savoir combien de membres du PPE voteront en faveur du rapport [de l’eurodéputée écologiste Judith Sargentini]. Je pense qu’ils doivent clarifier leur position. Pour le PPE, un groupe politique si important, le silence ou l’indécision sur ce genre de questions clés seront très problématiques pour la campagne des élections européennes. Ils le savent. Les eurodéputés doivent se justifier dans leur circonscription lorsqu’on leur demande « comment pouvez-vous être avec des gens comme Orbán ? ».

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Jean-Claude Juncker estime que la présence de Fidesz, parti de Viktor Orbán, au PPE « est un problème ».

Que pensez-vous de l’idée d’Emmanuel Macron de créer une nouvelle coalition progressiste pour les élections européennes ? Coalition qui va à l’encontre du processus de Spitzenkandidaten.

Cela ne va pas à l’encontre du système de Spitzenkandidaten. Si Manfred Weber devient le candidat favori du PPE, il tentera d’avoir une majorité au Parlement européen, mais pour l’instant je ne crois pas que ça arrivera. Surtout s’il vote contre le rapport sur la Hongrie, il aura du mal à convaincre des membres du centre gauche pour une quelconque coalition. Un candidat centriste qui est clair sur ses valeurs européennes aura donc beaucoup plus de chances. Manfred Weber ne sera pas président de la Commission européenne simplement parce qu’il sera la tête de liste du PPE. Pour devenir président de la Commission, il faut obtenir la majorité du Parlement. Et ça, Manfred Weber ne l’a pas.

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Est-il un candidat solide pour être le candidat du PPE ?

Au sein du PPE, il n’est évidemment pas le candidat le plus faible, mais lors d’une interview avec El Pais aujourd’hui il a répété trois fois qu’il serait prêt à soutenir les partis d’extrême droite lorsqu’il sera en lice pour la présidence de la Commission. C’est quand même fou.

[À la question « êtes-vous prêt à collaborer avec des partis comme la Ligue en Italie ou le FPÖ en Autriche », Manfred Weber a répondu : « Mon premier message est que nous devons rester unis, nous devons nous écouter les uns les autres et ne pas nous disputer devant les autres. Si nous nous écoutons les uns les autres, nous pouvons parvenir à un accord, c’est notre travail. »

Ce genre de discours n’est-il pas dans l’ère du temps ?

C’est vrai, mais ce que je veux dire c’est que les conservateurs devraient enfin se rendre compte de ce qu’ils perdent en se tournant de plus en plus vers la droite. Ils n’y gagnent rien, ils ne font qu’y perdre. Bien entendu, je ne suis pas ici pour leur donner des conseils, mais ils devraient vraiment s’en rendre compte.

Les élections ont une bonne chance de prendre un tournant progressiste. Les gens sont de plus en plus inquiets sur la direction que prend l’Europe. Il est clair que les élections européennes de 2019 seront décisives sur cette direction. Nous devons activer cette autre Europe qui existe, et qui n’est pas si restreinte. À la télé, vous pouvez avoir l’impression que ceux qui sont contre les migrants contre l’Europe représentent une majorité, mais je ne crois pas. Nous sommes actuellement à Madrid pour un laboratoire d’idées européennes et c’est incroyable de voir toutes ces personnes actives au niveau local et régional et apporter tant d’innovations. C’est l’Europe à laquelle nous voulons participer, nous engager. Elle n’est pas très visible, malheureusement, mais elle est bien là et assez importante.

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