Opperman :«Schulz serait une chance pour l’Europe sociale»

La victoire de Martin Schulz aux élections allemandes permettrait à l’Europe de mettre un terme aux politiques d’austérité « inutiles » et de remettre la justice sociale au cœur de l’union, estime Thomas Oppermann.

Thomas Oppermann est le président de la délégation du Parti social-démocrate d’Allemagne au parlement allemand.

L’Europe sociale a finalement été intégrée dans la déclaration de Rome. À quoi devraient s’attendre les citoyens ?

Après les crises économique, financière et migratoire, il est urgent et nécessaire que l’Europe se dote d’un programme social. De nombreux citoyens craignent que la mondialisation et la numérisation menacent leur emploi. Ils veulent des réponses claires sur la manière dont l’UE leur fournira des garanties de sécurité minimums.

Réunis à Rome, les Européens se mobilisent aussi contre le nationalisme

Des milliers de citoyens européens se sont rassemblés dans la capitale italienne pour célébrer le 60ième anniversaire du traité de Rome. Et aussi pour appeler à plus d’ambition face à la montée des nationalismes. Euractiv était à Rome pour l’occasion.

Quel est le rôle des partis socialistes européens ?

L’un des principaux problèmes est la croissance des inégalités sociales, à la fois dans l’UE et au sein des États membres. En tant que démocratie transnationale, l’Europe est promise à un bel avenir si elle parvient à surpasser, ou au moins à réduire, ces inégalités.

Cela signifie que nous avons besoin d’investir davantage dans les infrastructures modernes, la création d’emplois, l’éducation, les technologies et l’innovation. L’Europe dépend d’une économie forte. L’économie sociale de marché ne fonctionne que si elle s’appuie sur la croissance et la stabilité économique.

Vous estimez donc que les politiques d’austérité menées depuis des années ont échoué ?

Ce dont nous avons besoin, c’est d’une consolidation raisonnable. Après la crise financière internationale, la dette publique a explosé. Nous avons besoin d’instruments limitant les dépenses, mais l’austérité est une idéologie, par une stratégie économique réussie. Nous devons investir et nous défaire de l’idéologie d’austérité.

Les élections allemandes offrent-elle une chance à l’Europe de changer de direction ?

Oui. Martin Schulz est une vraie chance pour l’avenir de l’Europe, tout comme Emmanuel Macron. Martin Schulz est assurément pro-Européen et est sensible aux inégalités. Or, nous avons besoin d’une nouvelle politique économique et stratégique européenne qui ramène la justice sociale dans l’UE.

Les États membres peuvent-ils tous avancer au même rythme ?

Nous avons déjà deux, trois vitesses différentes. La zone euro est une Europe différente que celle des 27. Dans certains domaines, la seule façon d’avancer est de créer une coalition volontaire. La taxe sur les transactions financières en est un bon exemple. La coopération renforcée de 11 pays est à ce jour notre seul espoir de taxer de manière adéquate les marchés financiers.

C’est absolument crucial pour nous, parce qu’il n’est pas logique d’introduire plus de flexibilité dans les dépenses par déficit si nous ne taxons pas les entreprises internationales et les marchés financiers de manière adéquate. Ce problème doit être envisagé dans son contexte.

La semaine dernière, le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, a attaqué le ministre des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, pour avoir félicité le gouvernement grec sur ses efforts économiques. Le gouvernement allemand est-il divisé à ce sujet ?

Nous avons deux approches différentes. La Grèce ne sortira jamais de la crise si elle continue à couper dans ses programmes sociaux. Ce dont le pays a besoin, ce sont de réformes structurelles qui contribueront à la recréation de l’État.

Schäuble et Gabriel s’opposent sur l’UE et la Grèce

Wolfgang Schäuble a déploré que Sigmar Gabriel estime que l’Allemagne devait accroître sa contribution financière à l’Union européenne en général et à la Grèce en particulier.

Il faut mettre en place un système de taxation adapté, afin de lutter contre la corruption. Il est absolument nécessaire que nous ne les laissions pas seuls face à cela, nous devons soutenir la Grèce.

Le mot « Grexit » ne fait donc pas partie du vocabulaire des sociaux-démocrates allemands ?

Ceux qui spéculent sur le Grexit en ce moment jouent avec le feu. Nous ne devrions expulser aucun pays de la zone euro. C’est déjà assez catastrophique que le Royaume-Uni ait décidé de sortir de l’UE.

Il ne faut pas oublier que l’Europe est confrontée à des pressions internes et externes. Donald Trump et Vladimir Poutine adoreraient voir l’UE s’effondrer. À l’interne, Marine Le Pen et Geert Wilders sont bien décidés à les aider dans la destruction de l’Europe. Nous ne devrions pas les laisser faire.

Lors de la conférence du S&D, certains socialistes ont également exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis de Recep Tayyip Erdoğan, en Turquie.

Nous ne devons pas non plus laisser Recep Tayyip Erdoğan menacer l’UE. Il s’éloigne rapidement des valeurs européennes. Il est occupé à déconstruire la démocratie turque, qui  ne sera apparemment jamais prête à intégrer l’UE.

La Commission «s'inquiète sérieusement» des changements constitutionnels en Turquie

La Commission européenne a souligné les « sérieuses préoccupations » exprimées par le Conseil de l’Europe au sujet des modifications de la constitution turque, soumises au referendum du 16 avril prochain.