Yannick Jadot : « Macron et Le Pen, c’est comme Clinton et Trump »

Yannick Jadot refuse le système de votation citoyenne et de rassemblement de la gauche, proposé par Benoit Hamon. [Greensefa/Flickr]

L’ex-candidat des Verts appelle sans ambages à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l’élection. Mais regrette le statu quo Européen que le candidat d’en Marche semble porter, selon lui.

Yannick Jadot, est député européen écologiste. Il a été désigné candidat EELV à l’élection présidentielle française lors de la primaire. Au cours de la campagne, il a retiré sa candidature au profit de celle de Benoît Hamon.

La candidature de Benoît Hamon, à laquelle vous vous étiez rallié, n’a recueilli que 6,3% des voix.  Quelle conséquence pour les socialistes et les écologistes ?

C’est un score terriblement décevant. Mais je crois que c’était quand même une belle campagne, et elle doit être l’acte I d’une recomposition politique qui doit nous sortir du verrouillage existant. Il y a une nouvelle maison qui doit se créer, car les membres du Parti socialiste ne vont jamais venir à EELV et les écologistes ne rejoindront jamais le PS. Quand on fait ce score-là, il n’y a pas que les circonstances extérieures qui peuvent l’expliquer. Il tient à plusieurs choses. Évidemment, on n’a pas été aidé, la moitié du Parti socialiste a saboté la campagne et souhaité la défaite de Benoît Hamon.

Les électeurs ont fui : soit vers Emmanuel Macron soit vers Jean-Luc Mélenchon. Et dans cette campagne, dès vous n’étiez pas en mesure d’accéder au second tour, il n’y avait pas de filet de sécurité. Les 2 millions d’électeurs de Benoit Hamon sont des héros.

Mais ce ne sont pas que des facteurs extérieurs qui sont responsables de ce score. On n’a pas suffisamment bien expliqué le projet, notamment concernant la question du revenu universel. Enfin, les électeurs n’ont peut-être pas perçu que le programme de Benoît Hamon était en rupture par rapport au quinquennat, dont il est apparu comme l’héritier.

Vous avez appelé à voter pour Macron au second tour pour faire barrage au FN, sans pour autant valider son programme.

Il faut se souvenir que le réacteur nucléaire du projet de l’extrême droite c’est la radicalisation de la société. Ce n’est pas la préférence nationale, c’est la préférence ethnique. Quand certains disent qu’Emmanuel Macron incarne la finance et que le FN le racisme, et ne veulent pas choisir entre les deux, il ne s’agit que rarement de personnes profondément discriminées. Être dans le relativisme, dire que libéralisme et fascisme se valent, c’est profondément irresponsable.

Le projet de l’extrême droite n’est comparable à aucun autre. Avec Macron, le jeu politique se déroulera dans l’espace démocratique. Avec Marine Le Pen, il y a un vrai doute. Macron et Le Pen, c’est comme Clinton et Trump, il y a le candidat des « inclus » et celui des exclus. À un moment, cela peut basculer.

Jean-Luc Mélenchon entretient pourtant cette confusion.

Je regrette qu’un courant politique dont les leaders n’ont auparavant jamais fait cette confusion la fasse aujourd’hui, et ne différencie pas une pensée politique qu’on peut combattre dans l’espace démocratique et une idéologie qui en sort.

Mélenchon a fait venir en politique des jeunes qui n’y étaient pas auparavant. Il a une responsabilité de pédagogie par rapport à cela. Le discours Macron et Le Pen, c’est bonnet-blanc et blanc-bonnet, c’est affligeant.

Au-delà de la nécessité de faire barrage au Front national, quelle est votre opinion sur le programme porté par Emmanuel Macron ?

Il est dans la continuité du quinquennat. Il dit qu’il veut faire de la France un pays avant-gardiste, mais concrètement son programme écologique s’arrête là où commence l’intérêt des lobbies.

S’il est élu, il sera le président le plus mal élu de la 5ème République, car le vote d’adhésion dont il a bénéficié au premier tour est très bas, environ 13% seulement. Par ailleurs, il va passer au second tour grâce au vote de barrage contre le FN. Est-ce qu’il peut considérer qu’il est élu sur son programme ? J’attends une énorme inflexion, notamment sur les enjeux transition écologiste, d’agriculture, de sortie du nucléaire, de réduction des pesticides, de sortie du diesel. J’espère qu’il va être beaucoup plus sérieux que lorsqu’il était au gouvernement et au cours de sa campagne.

Justement, Emmanuel Macron a récemment déclaré qu’il souhaitait mettre en place une commission de scientifiques pour évaluer les conséquences du traité commercial avec le Canada, le CETA. Est-ce une preuve d’ouverture sur a politique européenne ?

Cela montre qu’il a compris. Il n’avait même pas voulu ouvrir le sujet avec ses équipes. Ce type d’accord contribue à faire perdre de la souveraineté démocratique, car il met en concurrence des territoires, des salariés. Et au lieu de de créer de l’ouverture, il provoque de la fermeture.

Le principe politique libéral c’est de dire que l’économie libérale produit de la démocratie. Mais ce qu’on voit c’est l’inverse. La mondialisation libérale, faute de produire plus de protection, produit de la démocratie illibérale, un retour sur les droits plutôt qu’un accroissement des droits.

Une partie des pro-Européens défendent le CETA ou le TTIP, et partent du principe que l’Europe souffre d’une mauvaise communication plutôt qu’un problème structurel de politique. Si on ne parvient pas entre pro-Européens à retrouver un terrain pour faire évoluer cette Europe libérale, on va vers d’autre Brexit et d’autres victoires des nationalistes.

Pour vous la ligne de fracture entre les pro-Européens se fait sur cette question du libre-échange et du libéralisme ?

Oui, sur les questions du libéralisme et de l’austérité. Je ne dis pas qu’il n’y a pas un sujet sur les déficits, mais l’austérité est devenue une pensée économique. On a presque l’impression que 2008 est une crise des finances publiques et pas de l’économie libérale et de dérégulation.

On nous explique maintenant que c’est un problème de nombre de fonctionnaire et pas de régulation du marché. La question du libre-échange au titre de ma conviction européenne dilue le projet européen.

Voyez-vous donc une réconciliation possible Emmanuel Macron autour du projet européen ?

Aujourd’hui non. Macron est pro-européen comme Jean-Claude Juncker, ou Barroso ont dit qu’ils étaient pro-européens. Mais aujourd’hui, il est le candidat du statu quo européen. Il a une vision technocratique de l’Europe.

Aujourd’hui, l’enjeu principal pour l’Europe est de créer massivement des emplois et redonner du sens avec la transition énergétique. Pour ceux qui se disent désenchantés, l’Europe est détestable aujourd’hui. Mais en quoi la France est aujourd’hui un espace démocratique plus satisfaisant que l’Europe.

Mais l’état d’exaspération est tel chez les Européens, qu’il est possible qu’ils choisissent le saut dans l’inconnu plutôt que le statu quo.

L’écologie  a occupé une place relativement modeste pendant la campagne. Que pensez-vous de l’engagement de Macron sur le sujet ?

Jamais l’écologie n’a été aussi présente dans une campagne présidentielle. Il y a deux candidats qui en ont fait la colonne vertébrale de leur campagne : Mélenchon et Hamon.

Mais cette campagne a été tellement polluée d’abord par les affaires puis par le vote utile qu’elle a été décevante sur les débats de fonds.

Au niveau européen, les réactions au premier tour de l’élection présidentielle  ont été plutôt optimistes. N’y a-t-il pas une forme de déni dangereux de la situation ?

Imaginez qui l’AfD soit à 40% en Allemagne, on serait terrorisés au niveau mondial. Le Pen est en capacité de rassemble 40% des électeurs dans une élection qui compte 80% de participation. On peut dire qu’on est soulagé, mais en vérité Le Pen est toujours plus proche du pouvoir.

Il ne faut pas simplement être soulagé. Dans tous les pays européens, les sociétés se polarisent, les alternances ne se font plus entre centre-gauche et centre-droit. L’Europe a une responsabilité extraordinaire pour nous sortir de là.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.