Zimmer : « les choses changent au sein de la gauche européenne »

Les élections espagnoles, l’engagement politique d’Alexis Tsipras et l’avenir de groupe des Socialistes et Démocrates européens, Gabriele Zimmer partage son point de vue avec EURACTIV Grèce.

Gabriele Zimmer est la présidente du groupe de la Gauche unitaire européenne/Gauche verte nordique (GUE/NGL) au Parlement européen.

Le dernier accord de renflouement entre Athènes et ses créanciers internationaux a mené à l’éclatement du parti au pouvoir, Syriza. Après le référendum, un autre parti de gauche, Unité populaire, est né de cette division. Ses membres s’opposent toujours aux mesures d’austérité. Que pensez-vous de ce nouveau parti, dirigé par Panagiotis Lafazanis ?

Les élites néolibérales européennes s’étaient fixé un objectif clair : se débarrasser de Syriza, le seul gouvernement de gauche à défier l’Europe néolibérale des banques et des entreprises. Nous collaborons avec tous les partis de gauche qui luttent contre cette logique et pour une UE sociale, qui bénéficie à la majorité de la population.

>> Lire : Les frondeurs de Syriza créent un parti indépendant

Nombre d’observateurs estiment que Syriza a perdu sa bataille contre les forces conservatrices européennes. Comment la gauche européenne peut-elle encore convaincre ses électeurs qu’une autre Europe est possible ?

Si vous regardez le paysage politique européen actuel, il est clair que l’équilibre des forces désavantageait complètement Syriza. Ses membres ont toutefois initié une lutte courageuse pour la démocratie, la souveraineté populaire, la dignité et la prospérité de tous les Européens. Indépendamment de l’issue des négociations, nombre de personnes ont à présent compris que les élites au pouvoir, et surtout au sein de l’Eurogroupe informel, n’hésitent pas à faire du chantage à un pays tout entier et à suspendre la démocratie pour garder leur pouvoir et leurs privilèges.

Syriza a poussé des citoyens de toute Europe à lancer un débat sur le déficit démocratique de l’UE, le pouvoir des banques et de leurs représentants politiques. Ils ont commencé à réaliser qu’il existe une autre approche possible que celle de l’UE d’aujourd’hui. Les électeurs sont assez malins pour comprendre qu’un changement politique n’est possible que s’il est accompagné d’un changement de l’équilibre des pouvoirs. C’est à nous de mobiliser et de convaincre ses électeurs, et aux citoyens de mener ce changement, de la base, afin de défier les vieilles élites. Les élections en Espagne, au Portugal et en Irlande pourraient être les prochaines étapes de cette lutte, qui sera longue.

Certains parlementaires de Syriza estiment que le parti devrait devenir le prochain pôle socialiste en Grèce. Craignez-vous de perdre Alexis Tsipras ?

Non, pas du tout. Alexis Tsipras défend les politiques et les idées de la gauche depuis des années. Il se bat pour la justice sociale, une distribution équitable des richesses et des fardeaux engendrés par la crise du secteur bancaire et financier, ainsi que pour la restructuration d’une dette insoutenable en Grèce, mais aussi dans beaucoup d’autres pays européens. En plus de cela, il essaie de pallier la crise humanitaire et combat la corruption des élites grecques traditionnelles. Cette position est tout à fait opposée au dogme néolibéral auquel adhèrent presque tous les partis sociodémocrates de l’UE. Beaucoup de partis sociodémocrates, dans beaucoup de pays de l’UE, font d’ailleurs partie de cette élite népotiste au pouvoir. Je ne vois vraiment pas comment Syriza pourrait entrer dans cette famille politique.

Êtes-vous optimiste quant aux chances de Podemos lors des élections espagnoles ? Les sondages montrent que la popularité du parti [de gauche] a chuté.

Oui, je suis bien sûr optimiste. Podemos a été créé il y a seulement un an et demi, mais ses membres sont parvenus à mobiliser des centaines de milliers de personnes en Espagne et en Europe contre les diktats d’austérité ratés et les politiques de crise injustes imposées par les élites au pouvoir. Le parti n’existait que depuis quatre mois quand ils ont récolté plus 8 % des voix lors des élections européennes. Les sondages montrent qu’ils pourraient au moins doubler ce résultat aux prochaines élections nationales. Pour une formation politique si jeune, ce serait un excellent résultat. C’est une force politique importante et dont le pays a un besoin urgent, qui luttera pour la justice sociale et contre la corruption, et ramènera la démocratie dans un système politique espagnol clientéliste. Il ne faut pas non plus oublier qu’il existe d’autres forces alternatives, de gauche et progressistes en Espagne. En créant des alliances, ces formations pourraient complètement modifier l’équilibre des pouvoirs.

>> Lire : La stratégie du « containment », ou l’échec de l’Europe

Que signifie l’élection de Jeremy Corbyn [qui vient de prendre la tête du parti travailliste au Royaume-Uni] pour vous et votre famille politique ? Le S&D se rapproche-t-il de la gauche européenne, ou vice-versa ?

Tout d’abord, nous sommes heureux qu’un homme politique de gauche soit parvenu à récolter la majorité des voix du parti, contre la faction néolibérale de la tradition de Tony Blair. Il s’agit avant tout d’un signe positif pour des tas de travailleurs, de pauvres et de chômeurs au Royaume-Uni, puisque cela signifie que le parti travailliste pourra se remettre à défendre leurs droits et leurs intérêts. M. Corbyn devrait toutefois se battre pour imposer son approche, contre des adversaires et des campagnes tant internes qu’externes. Le parti travailliste n’est que l’un des partis membres du S&D et il ne sera pas facile de rapprocher les politiques, valeurs et principes du groupe des nôtres. Il n’empêche, les choses changent dans la famille sociale-démocrate, et elles changent dans une direction pleine d’espoir.

>> Lire aussi : Les élections polonaises et espagnoles forcent à repenser l’Europe selon Mogherini

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