Dans une Europe dominée par la droite, la France choisit Hollande

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Experts, politiques, presse étrangère… Retrouvez les réactions européennes à l’élection du nouveau président français, recueillies par la rédaction d’EURACTIV.fr.

Politiques français

Parti socialiste :

Le chef du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Jean-Marc Ayrault, pressenti pour Matignon, a déclaré sur France2 : "Le message que les Français ont bien compris est qu’il faut sortir de l’austérité en Europe. (...) Ce soir nos partenaires ont bien compris que c’est le choix de François Hollande qui a été fait par les Français pour réorienter l’Europe."

 

Catherine Trautmann, députée européenne socialiste, présidente de la délégation des socialistes au Parlement européen

"Cette victoire est digne. François Hollande a gagné en rassemblant des Français sur une autre vision de la politique", contrairement à Nicolas Sarkozy qui a fait appel aux thèses de l’extrême droite.

Sur le traité budgétaire : "Nous gardons la liberté de ne pas ratifier. L’urgence, en Europe, consiste à régler 3 choses : il faut appliquer la discipline budgétaire. Il faut résoudre la crise des dettes souveraines, avec un mécanisme européen de stabilité plus puissant et avec la BCE. Il faut enfin s’occuper des déséquilibres macroéconomiques entre le Nord et le Sud de l’Europe."

"On ne s’attend pas à ce que tout le monde soit d’accord avec la stratégie de François Hollande, mais il va y avoir une plus grande liberté de parole des États de l’Union."

"Le couple franco-allemand, ce n’est pas une obligation sans résultat. C’est une responsabilité. François Hollande veut une rupture de style pour que le couple franco-allemand ne soit plus un directoire mais une entente dynamique. Beaucoup de pays ont mal vécu le mépris et l’arrogance (de Nicolas Sarkozy). Angela Merkel a quant à elle soutenu le président sortant au-delà de ce qui était imaginable et elle s’est trompée."

Pour le secrétaire de la section berlinoise du Parti socialiste Matthieu Rigal, la victoire de François Hollande n’aura pas d’impact négatif sur les relations franco-allemandes. Au contraire, "les relations seront même meilleures après une première phase d’adaptation", estime-t-il. 

Nicolas Sarkozy a nui aux relations entre la France et l’Allemagne en menant une campagne électorale anti-européenne, déplore le chef des socialistes berlinois.

Interrogé sur la nature du vote des Français, M. Riga affirme qu’il ne s’agissait pas seulement de sanctionner le président sortant. Le candidat socialiste a convaincu une grande partie des électeurs lors du débat entre les deux tours, qui ont finalement adhéré à son programme, estime M. Riga.  

Après avoir passé la première partie de la soirée électorale à l’ambassade de France au centre ville de Berlin, les socialistes fêteront la victoire de leur candidat au siège du parti social-démocrate allemand, le Willy-Brandt-Haus. Une centaine de militants seront présents, affirme M Riga. 

UMP :

Valérie Pécresse, Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’État :

Dans un communiqué de presse, le président du groupe PPE au Parlement européen, le Français Joseph Daul, "prend acte de l’élection de François Hollande à la Présidence de la République française, et a souhaité que la France continue de respecter ses engagements européens, notamment sur le Pacte de solidarité budgétaire."

Il estime que l’indispensable politique de croissance qui doit être menée, aux côtés de la politique de saine gestion des finances publiques, ne doit pas entraîner des dépenses additionnelles : "nous n’en avons plus les moyens".

Constance Le Grip, députée européenne UMP, à la Mutualité à Paris :

"Les débats de la campagne n’ont pas assez porté sur les enjeux européens. En tant que tel, le thème de la croissance pour nous était tellement évident. Il était clair que l’oeuvre du redressement était une condition indispensable pour le retour vers la croissance. Mais peut-être que le mantra de François Hollande ’croissance, croissance, croissance’ n’a pas été de notre côté suffisamment clairement évoqué. 

Au Parlement européen, la majorité est de centre droit. Nous sommes favorables au traité sur la stabilité et la convergence, tout comme pour le maintien de la BCE comme une institution indépendante.Je sais que le couple franco-allemand, appelé par certain Merkozy, a été mal vu, mais Nicolas Sarkozy n’avait pas dans l’esprit l’idée d’imposer un directoire franco-allemand."

Modem :

Pour la député européenne Sylvie Goulard (Modem, libéraux européens), le couple franco-allemand, fonctionnera différemment. « Avec Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, on avait atteint le paroxysme intergouvernemental », a expliqué Mme Goulard.

Selon elle, François Hollande a fait des propositions économiques raisonnables, mais « il faut voir comment il va s’y prendre. De plus, il n’aura pas une marge de manœuvre énorme en matière économique et budgétaire. »

La parlementaire estime que la conjoncture dont va hériter Hollande ne lui permettra pas de faire " de cadeaux aux uns et aux autres. Le déficit, a augmenté mais la crise n’est pas seule responsable, il y a aussi des problèmes structurels. La "soi-disant crédibilité de Nicolas Sarkozy" dans le domaine est une "esbroufe considérable", a affirmé Mme Goulard. "Les procédures de contrôle (des budgets, ndlr) ne permettent plus aux pays européens d’avoir des marges de manœuvre énormes. »

Europe écologie/Les Verts : 

Dans un communiqué de presse du 7 mai, Daniel Cohn-Bendit a estimé que les résultats des élections en France, mais aussi en Grèce, « sont la preuve que les gens veulent un changement d’orientation de la politique européenne ». Le coprésident du groupe des Verts/Alliance Libre Européenne au Parlement européen a affirmé que son parti se « réjouissait de pouvoir féliciter François Hollande ». La victoire de ce dernier « signifie qu’une majorité de Français souhaite une politique de relance économique, et non une politique qui se cantonne à des mesures d’austérité », a-t-il ajouté. 

Politiques à l’étranger

Institutions européennes :

Le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a adressé ses "vives félicitations à François Hollande pour son élection à la Présidence de la République Française" sur son compte twitter. 

"C’est un jour important pour l’Europe", a affirmé Hannes Swoboda, président du groupe des sociaux-démocrates au Parlement européen, interrogé par EURACTIV.fr. C’est un commencement pour un rebond économique, social et politique en Europe, et pour également avoir un compromis sur Schengen. Avec Nicolas Sarkozy, c’était toujours toujours ambigu, il avançait sans ligne claire. Nous avions jusqu’alors "le consensus de Berlin"  : c’était Merkel dit et Sarkozy dit oui. Ce n’est pas une négociation. C’était le diktat de Merkel avec le soutien de Sarkozy.

Maintenant, il va falloir négocier, trouver des compromis. François Hollande ne pourra pas avoir en Europe une ligne socialiste comme pour la France. Avec Merkel, Monti et les autres, il va falloir trouver une voie plus progressiste, une voie de compromis pour changer l’Europe, avec plus d’investissements et de croissance. Cela passe par une nouvelle définition du déficit structurel dans le traité. On peut négocier d’exclure les investissements (de la règle d’or) car il n’existe pas une définition absolue."

Dans un communiqué, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso a déclaré :

"Nous avons clairement un objectif commun : relancer l’économie européenne pour générer une croissance durable, reposant sur des bases saines et source de nouveaux emplois. Il nous faut maintenant transformer ces aspirations en actions concrètes. 

J’ai écouté sa campagne et ses idées. Nous partageons la conviction qu’il faut investir dans la croissance et les grands réseaux d’infrastructure, en mobilisant plus fortement la Banque Européenne d’Investissement et les fonds disponibles dans le budget européen, tout en maintenant le cap de la consolidation budgétaire et de réduction de la dette. 

J’ai noté aussi d’autres convergences, notamment dans son soutien à la proposition de la Commission en faveur d’une taxe sur les transactions financières et dans l’appui à des euro-obligations pour la croissance. Je me félicite donc de cette nouvelle coopération avec François Hollande, dans un esprit constructif d’échanges et d’ouverture. Je serai très heureux de m’entretenir avec lui dans un très proche avenir".

La commissaire européenne à la Justice Viviane Reding a réagi à l’élection de François Hollande. Elle se souvient encore de l’affaire des Roms de l’été 2010 et ne se prive pas de tacler une dernière fois, Nicolas Sarkozy : "Une France de la justice - enfin".

"L’élection de François Hollande n’est pas seulement un signal pour la politique française, mais aussi pour la politique européenne", a déclaré l’eurodéputé allemand Jo Leinen (S&D, SPD). 

"M Hollande est le porte-parole d’un nouveau élan européen", poursuit-il. Selon lui, même certains dirigeants conservateurs ne reconnaissent désormais que la pure politique d’austérité prônée par l’Allemagne "n’est pas la recette pour guérir le patient".

Monsieur Hollande fera bouger les lignes au niveau européen et donnera une nouvelle impulsion à l’Europe, affirme Jo Leinen. Les sujets à discuter seront par exemple une gestion commune de la dette et un rôle plus actif de la Banque centrale européenne dans la gestion de crise. "Le pacte fiscal sera renégocié car il n’est basé sur un seul pilier", explique le social-démocrate allemand. "Si les négociations sur un pacte de croissance n’avancent pas, le pacte budgétaire sera sur le fil du rasoir."

"La chancelière Merkel doit se rapprocher de M. Hollande maintenant, puisque les relations franco-allemandes sont le cœur, le moteur de l’intégration européenne", prédit Jo Leinen. Selon lui la défaite du candidat de l’UMP s’explique par le fait que "Nicolas Sarkozy a perdu au centre". "Il s’est trompé de stratégie", estime-t-il.

"La tentative de pêcher les voix de l’extrême-droite n’a servi à rien", déclare-t-il. 

Guy Verhofstadt, chef des libéraux européens au Parlement européen :

"Avec François Hollande, une autre politique européenne est possible et j’ai bon espoir que cela se réalise. J’ai rencontré son équipe la semaine dernière, dont Monsieur Bianco, durant une longue réunion et nous sommes arrivés à la conclusion des choses sont possibles. Par exemple, en ce qui concerne la formation d’une gouvernance économique réelle de la zone euro, avec des politiques de convergence". 

Pour l’ancien Premier ministre belge, la France va maintenant pouvoir redevenir "la France des valeurs républicaines qui est différente de celle des discussions sur l’identité national". Guy Verhofstadt a très souvent dénoncé les dérives droitières de Nicolas Sarkozy. 

Il espère que François Hollande permette à la France de prendre la tête de l’intégration européenne, "dans la tradition de Schuman, Monnet et Delors".  

François Hollande a surpris le chef des eurodéputés allemands Bernhard Rapkay (S&D, SPD). "Quand je l’ai vu pour la première fois il y a quelques années, je ne m’imaginais pas que ce serait lui qui aller succéder à Nicolas Sarkozy", avoue-t-il.

Pour M Rapkay, la victoire d’un parti de gauche dans un grand État européen est "remarquable" et "une sorte de signal". L’eurodéputé allemand n’est guère inquiet quant aux positions du nouveau président français sur des sujets comme le pacte fiscal. "M Hollande est homme pragmatique qui ne se mouillera pas", estime-t-il.

"Il saura exactement ou il pourra changer la donne", affirme M Rapkay. "Il réorientera de manière ciblée, mais non pas radicale."

Selon l’eurodéputé de gauche, il est par ailleurs peu probable que M Hollande s’opposera réellement au pacte budgétaire. "Il ne le fera pas", prédit-il.

Frank Engel, député européen luxembourgeois, PPE : 

"D’un point de vue européen, nous ne serons pas plus mal lotis (…). Mais je me réjouirai réellement de voir un président français qui respecte plus les institutions communautaires" a déclaré l’eurodéputé. "Et aussi si François Hollande parvient à expliquer à Angela Merkel que l’Europe n’est pas un système allemand en plus grand". 

Frank Engel a rappellé que "le cas du président de la République française est particulier, car c’est le seul chef d’État européen disposant d’un réel pouvoir. François Hollande incarne donc un changement politique non négligeable. Nous espérons le voir devant le Parlement européen, une fois le paysage politique français fixé". 

L’élu siège au sein du Parti populaire européen, le même que l’UMP, pourtant, il estime que "la majorité des Luxembourgeois n’est pas mécontente ce soir" de la défaite du président sortant, en faisant référence aux propos durs qu’avait tenu Nicolas Sarkozy à l’encontre du Grand-Duché lors de l’affaires des Roms, en septembre 2010. 

Jacek Saryusz-Wolski, député européen polonais, membre du Parti populaire européen (tout comme l’UMP) :

"Cette élection ne signifie par forcément un changement radical pour la politique française en raison du cadre européen. Si en échange d’une annexe sur la croissance, François Hollande ratifie le pacte fiscal, ce sera acceptable par tous". 

Le parti de l’eurodéputé est aussi celui du Premier ministre polonais, Donald Tusk. "Nous espérons qu’il saura se préoccuper de la politique de voisinage tournée vers nos voisins de l’Est, et qu’il sera plus ouvert sur la politique de cohésion". Ces deux dossiers sont en effet deux priorités de Varsovie qui lui profitent largement. 

Mais les espoirs portent aussi sur une gouvernance européenne plus ouverte, dans laquelle le couple franco-allemand est moins exclusif, "même si l’axe Paris-Berlin reste indispensable". 

Opposé à une réforme à minima de Schengen, la Pologne espère aussi que l’arrivée de François Hollande change la donne et permette "une sortie par le haut". Jacek Saryusz-Wolski estime que "si François Hollande, après s’être rendu à Berlin, souhaite venir à Varsovie, il y serait accueilli les bras ouverts".

États-Unis :

Dans un communiqué, le président américain Barack Obama a félicité François Hollande pour son élection, et l’a invité à une rencontre bilatérale à la Maison Blanche avant les sommets du G8 et de l’Otan prévus dans deux semaines aux États-Unis, a annoncé la présidence américaine.

"Le président Obama a appelé le président élu français François Hollande pour le féliciter après l’annonce de l’élection française aujourd’hui" dimanche, a précisé le porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney. "Le président Obama a déclaré avoir l’intention de travailler étroitement avec M. Hollande et son gouvernement sur un ensemble de dossiers difficiles en matière économique et de sécurité".

Royaume-uni :

Le Premier ministre britannique David Cameron a félicité François Hollande par téléphone, a annoncé Downing Street.

Belgique :

Le Premier ministre belge Elio Di Rupo a félicité François Hollande et plaidé pour "une stratégie ambitieuse de relance, pour le bénéfice de tous les Européens."

Allemagne :

La victoire de François Hollande créera de "meilleurs opportunités pour une autre Europe : régulation et taxation des marchés financiers, investissements dans l’emploi", a déclaréle président des sociaux-démocrates allemand Sigmar Gabriel sur son compte Twitter.

Suite à l’annonc des premières estimations, M Gabriel n’a par ailleurs pas caché sa joie : "FELICITATIONS, François Hollande!!! 51,9% - c’est la fin de ’Merkozy’ et le début d’une Europe meilleure!".

Le ministre des affaires étrangères allemand Guido Westerwelle, en passage à l’ambassade française à Berlin, a félicité François Hollande de sa victoire et l’a appelé "un moment historique". "Félicitations pour le nouveau Président. L’Europe, c’est notre destin commun"

Il s’est par ailleurs montré conciliant par rapport à un des sujets européens de prédilection du nouveau Président français. 

"Nous allons travailler ensemble sur un pacte de croissance pour l’Europe", a déclaré le ministre du gouvernement d’Angela Merkel. 

L’élection du M Hollande est "un moment historique", selon le député allemand au Bundestag Michael Roth (SPD), chargé de la politique européenne au sein du groupe parlementaire social-démocrate. 

"La défaite doit être une vraie humiliation pour Sarkozy", déclare le député allemand.

Au niveau européen, l’assainissement budgétaire sera enfin complété par des "impulsions en faveur de la croissance", estime M Roth. Il espère également que l’alternance en France renforcera le rôle des institutions européennes, souvent marginalisées dans la gestion de crise par les gouvernements français et allemand.

Toutefois, il n’attend pas trop de "M Hollande, qui restera probablement sur la ligne française traditionnelle de l’intergouvernementalisme".

La coopération franco-allemande sera de nouveau couronnée de succès, "si elle prend davantage en compte la Pologne et fait plus attention aux petits États-membres", affirme M Roth. 

La défaite de Nicolas Sarkozy n’a pas surpris le député allemand Andreas Schockenhoff (CDU), membre du parti chrétien-démocrate de la chancelière Angela Merkel.

La course derrière les électeurs du FN n’a pas bénéficié au président sortant.

"La fin de la campagne a été décisive, car tout le monde s’est battu pour gagner les voix des eurosceptiques", estime-t-il.

Pour le député allemand, il sera important que le nouveau président François Hollande ne remette pas en question le pacte fiscal pour ne pas inquiéter les marchés et les agences de notation.

"Le pacte ne peut pas être renégocie", réitère-t-il, reprenant la position exprimée par la chancelière allemande à multiples reprises. L’Europe ne peut par ailleurs pas attendre les élections législatives en juin, estime M Schockenhoff. "La France doit se positionner clairement et dans les plus brefs délais", déclare-t-il.  

Suède :

Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt a salué la victoire de François Hollande avant de s’inquiéter des "promesses de dépenses", faites par le socialiste, et qu’il ne "pourrait pas tenir".

Il a rappelé que la dette publique de la France Reinfeldt était de près de 90% du PIB. 

Espagne :

Pour le vice-président espagnol du groupe des socialistes et des démocrates au Parlement européen, Enrique Guerrero Salom, « la victoire de François Hollande est une bonne nouvelle pour les socialistes espagnols, pour la France mais aussi pour l’Europe. Elle va changer la façon les gouvernements de l’Europe vont décider dans le futur." 

Pour l’eurodéputé, le futur président français sera capable de tenir ses promesses sur le fond. « Il n’est pas contre l’austérité, mais il se bat aussi pour la croissance.  De plus, « une fois le couple Sarkozy-Merkel divisé, il y aura la possibilité pour d’autres gouvernements de réclamer des choses qu’ils ne pouvaient pas revendiquer auparavant. Au niveau économique par exemple. »

 « En tant que leader du Partido Popular, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy doit être attristé de la victoire de Hollande, a également supposé M. Guerrero Salom. Mais comme chef du gouvernement qui prend en considération les intérêts de l’Espagne, il doit se féliciter que ce soit Hollande, et non pas Sarkozy qui soit victorieux. Car la politique de Hollande, c’est la politique qui convient à la situation de l’Espagne. »

Experts

Pour Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen et conseiller à la Cour des comptes, Nicolas Sarkozy a déjà beaucoup fait évoluer l’Allemagne vers une ligne moins rigide sur l’austérité et « Hollande s’inscrira dans cette lignée. Le futur président socialiste fera entendre la voix de l’Europe du sud comme Nicolas Sarkozy, et il aura en même temps le souci d’avoir une entente positive avec l’Allemagne », a affirmé M. Bourlanges.

La défaite de ce dernier s’expliquerait selon lui par une campagne un peu chaotique et insuffisamment centrée sur l’articulation entre un bilan qu’il n’a pas suffisamment défendu, ainsi qu’un projet qui est resté un peu dans l’ombre. 

Manuel de la Rocha, économiste à la Fondation espagnole Alternativas :

"La victoire de François Hollande va permettre d’impulser un changement dans la politique européenne pour qu’Angela Merkel ne préside plus aux destinées des pays européens. Comme le dit Felipe Gonzáles (ex premier ministre espagnol, ndlr), si vous imposez l’austérité jusqu’à mort, vous allez mourir. La tâche de François Hollande ne va pas être facile. Outre le fait que la plupart des gouvernements européens soient de droite, sa marge de manoeuvre va être affaiblie par les difficultés sérieuses que connaît l’économie française." 

"Mais il peut y voir des points de convergence avec les autres dirigeants pour assouplir le calendrier sur les objectifs budgétaires et activer un paquet de relance à travers la BEI et les fonds structurels. La BCE devrait également devoir pouvoir acheter plus de dette sur les marchés secondaires. L’Allemagne y est opposée mais une alliance informelle des pays du sud, regroupant la France, l’Espagne, le Portugal et l’Italie devrait pouvoir se constituer".

Vu des Pays-Bas, l’élection du candidat socialiste soulève des interrogations. Pour Adriaan Schout, directeur de la section Europe de l’Institut néerlandais des relations internationales (Clingendael), les Néerlandais avaient peu de préférences entre Nicolas Sarkozy ou François Hollande.

"Sauf qu’aujourd’hui, nous ne savons plus clairement où va la France, et quand nous ne savons pas où va la France, l’Europe ne sait pas où elle va (...). Nous ne sommes pas certains que François Hollande fasse les réformes structurelles nécessaires à l’avenir économique du pays, qui sont bien plus importantes qu’un pacte pour la croissance. Si la France devient une deuxième Italie, ce serait catastrophique". 

Adriaan Schout espère que le nouveau Président français se rende le plus rapidement à Bruxelles ou Berlin pour clarifier ses positions et dissiper les craintes.

« Il n’a pas joué de ses avantages, il avait pourtant bien mené certaines choses  : la présidence européenne, la gestion de la crise, la façon dont il a relancé l’Europe avec le traité de Lisbonne, et aussi son dialogue avec Merkel. Il n’a pas su convaincre les Français que c’est dans cette direction qu‘il fallait aller. »

Presse étrangère

Correspondante grecque à Paris pour les médias "Epikaira" et "Elefterotypia", Ira Feloukatzi, a affirmé que l’espoir des Grecs reposait sur François Hollande. Ce dernier représente « une nouvelle politique, un nouveau leader, une nouvelle personnalité. Il peut devenir le porte parole des pays du sud de l’Union européenne. Il est soutenu par une ferveur populaire, il soulève les espoirs de la gauche et de la jeunesse. »

Selon Mme Feloukatzi, le candidat du PS a toujours « su concilier l’inconciliable, même au sein de son propre parti, qu’il a su réunir. « S’il réussit à appliquer cette même méthode à l’Europe, ça pourrait donner de bons résultats. »

"Au début de son mandat, Nicolas Sarkozy avait fait des discours semblables à ceux de François Hollande sur le système économique, mais il a échoué. Les Grecs espèrent beaucoup des renégociations avec l’Allemagne", a affirmé la journaliste.

Giovanni Magi, italien, correspondant d’Euronews à Paris :

"En Italie le gouvernement est très conservateur, très proche d’Angela Merkel. Mais il est soutenu par une majorité au Parlement qui comporte aussi le parti démocrate italien qui est très proche des idées de François Hollande. Le chef de ce parti est venu à Paris et a participé à des manifestations avec François Hollande et tous les jours il parle de la politique proposée par François Hollande comme un exemple pour changer la politique européenne.

Mario Monti a prôné la rigueur mais il semble plus à même de porter des mesures pour aller vers la croissance. Il n’y aura pas de gros problème entre Mario Monti et François Hollande. On vit dans une Europe qui est très interconnectée. 

Et François Hollande ne mènera pas une politique si différente de Nicolas Sarkozy. Un président socialiste en France peut être d’accord avec un gouvernement conservateur en Italie. En Europe, les problèmes sont les mêmes pour tous." 

Wietske Burema, journaliste à la BBC : 

"Sarkozy était de plus en plus agité tout au long de la campagne, alors que Hollande est resté de plus en plus calme. Au meeting de Toulouse, je l’ai suivi et j’ai vu qu’il était extrêment serein, comme déjà installé dans son rôle de président".

Liana Mistretta, journaliste pour la chaîne de télévision RAI 24 : "Les réformes sont trop dures, le peuple n’arrive pas à les supporter. Il faut un pacte budgétaire européen plus léger, qui promeuve la croissance. Je crois que ce serait aussi une bonne chose pour les Italiens. C’est ça, l’espoir de l’Italie. La gauche italienne regarde l’élection avec beaucoup d’intérêt, l’équilibre européen va se modifier, même s’il est trop tôt pour dire que la gauche italienne pourrait l’emporte aux prochaines élections".

"Dans cette campagne, au lieu de se concentrer sur les programmes, on a beaucoup parlé des personnages. M. Hollande a été décrit comme très mou, très normal. Puis on a vu que cette normalité était en fait la chance de Hollande. On en a marre des présidents trop forts, trop charismatiques. Hollande est concret et précis".

Pour David Picazo, journaliste espagnol pour TVE  : "Nicolas Sarkozy a été un personnage politique très fort, parmi les quatre principaux mandataires politiques mondiaux. Avec les élections en Allemagne l’an prochain, Merkel se dit que c’est son avenir qui est désormais en jeu. Le sort de l’Europe est maintenant entre les mains de la France. La victoire de Hollande va tout bouleverser. En Espagne, on pourra faire la consolidation budgétaire plus doucement."

"La couverture de la présidentielle a bien commencé avec les primaires, qui a sans cesse été ponctuée par l’affaire DSK. Puis à partir de janvier, nous avons eu des moments forts, comme les attentats de Toulouse. Le terrorisme est un sujet qui compte beaucoup en Espagne. Et puis surtout, Sarkozy n’a eu de cesse de faire des comparaisons avec notre pays."

Sophie Jajanachvili journaliste géorgienne, Maestro TV :

"La Géorgie avait une bonne relation avec la France pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Pendant la guerre [la Russie a envahi la Géorgie à l’été 2008, ndlr] M. Sarkozy est venu chez nous. Il a fait beaucoup pour notre pays. Les Géorgiens se demandent quelle sera la politique de François Hollande. Nous souhaitons entrer dans l’Union européenne, c’est notre futur et nous voulons savoir si M. Hollande soutiendra la candidature de la Géorgie à l’UE". 

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