Election présidentielle française de 2007 [FR]

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Nicolas Sarkozy (conservateur) a remporté une large victoire sur sa rivale Ségolène Royal (socialiste) au second tour des élections présidentielles le 6 mai 2007 qui a connu un taux de participation particulièrement élevé. Le premier tour avait été marqué par la défaite du chef de l’extrême droite Jean-Marie Le Pen et l’émergence du centriste François Bayrou, dont les partisans étaient perçus comme les détenteurs de la clé du résultat final.

Ce dossier a été élaboré par EURACTIV France, nouveau venu dans le réseau EURACTIV de portails sur les politiques européennes. Retrouvez sur 
www.euractiv.fr
une information sur les politiques européennes localisées dans le contexte français.

Le président de la République française est élu au suffrage universel direct. Le système de vote est le scrutin majoritaire à deux tours. Le mandat du président de la République est de 5 ans, renouvelable une fois. Comparé aux autres pays européens, le président de la République française dispose de pouvoirs très étendus.

12 candidats ont pris part au premier tour qui s'est tenu le 22 avril 2007 : 

A gauche :

  • Ségolène Royal, Parti socialiste
  • Dominique Voynet, Verts
  • Marie-Georges Buffet, PCF (Parti Communiste Français)
  • Arlette Laguiller, Lutte Ouvrière 
  • Olivier Besancenot, LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire)
  • José Bové, candidat altermondialiste
  • Gérard Schivardi, PT (Parti des travailleurs)

Au centre :

  • François Bayrou, UDF (Union pour la démocratie française)

A droite :

  • Nicolas Sarkozy, UMP (Union pour un Mouvement Populaire), le parti du président sortant Jacques Chirac
  • Philippe de Villiers, MPF (Mouvement pour la France)
  • Jean-Marie Le Pen, Front National
  • Frédéric Nihous, CPNT (Chasse, Pêche, Nature et Traditions)

Le premier tour du 22 avril 2007 a vu Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal émerger comme les deux candidats susceptibles de succéder à Jacques Chirac à la présidence de la République. Le scrutin a été marqué par le "vote utile", une stratégie soutenue par le Parti socialiste afin d'éviter la répétition du choc de 2002 qui avait vu l'arrivée au second tour du leader d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen, en raison de la dispersion des votes pour les petits candidats de la gauche.

Les questions européennes ont été en grande partie absentes de la campagne, cette dernière ayant mis l'accent sur les oppositions classiques entre la gauche et la droite dans les domaines de l'emploi, de la mondialisation et de l'immigration, ainsi que sur la personnalité de Nicolas Sarkozy (perçu comme une figure "inquiétante") et Ségolène Royale (qualifiée d'incompétente).

Malgré le manque d'intérêt des électeurs pour les questions européennes, Sarkozy et Royal ont exprimé certaines positions sur l'intégration européenne qui présentent contrastes et ressemblances :

  • Critique de la banque centrale européenne (BCE)

C'est l'un des points sur lesquels les positions des deux candidats se rejoignent. Tous deux ont sévèrement critiqué la position de la banque centrale européenne, perçue comme cherchant à préserver les Etats de l'inflation au mépris de la croissance économique et de l'emploi.

Les deux candidats souhaitent redonner à la France du poids sur la politique monétaire et la politique des taux de change de la BCE, en renforçant l'Eurogroupe, groupe de ministres des finances des 12 Etats membres de la zone euro.

Toutefois, une réforme si considérable sera difficile à mener à bien puisqu'elle entraînerait une révision du Pacte de stabilité et de croissance, introduit en 1992 par le Traité de Maastricht. Or, les révisions de traités ne peuvent se faire qu'à l'unanimité et certains pays, dont l'Allemagne, ont la ferme intention de maintenir une politique monétaire restrictive pour contenir l'inflation.

  • Economie, Europe et mondialisation

Nicolas Sarkozy est considéré par les partisans européens du libre-échange comme l'homme capable d'encourager les réformes nécessaires dont celle sur la flexibilité du marché du travail pour relancer l'économie française. Ségolène Royal, qui se montre en faveur de la revalorisation du salaire minimum et défend le système français des 35H est vue comme plus encline à la protection.

Toutefois Sarkozy a du tempérer sa campagne pour toucher plus d'électeurs. Pour gagner des voix à gauche, il a annoncé qu'il n'abandonnerait pas la semaine de 35H, mais qu'il introduirait des réductions d'impôts pour les sociétés et les individus qui auraient recours aux heures supplémentaires.

Les deux rivaux montrent des ressemblances, tous deux souhaitant l'introduction à l'échelle européenne d'un seuil minimal pour l'impôt sur les sociétés afin de réduire les distorsions dans l'UE. Ils ont également promis de protéger les industries européennes contre les concurrents mondiaux comme l'Inde et la Chine.

Dans les faits, la demande pour une "Europe plus protectrice" a constitué l'un des thèmes récurrents dans les discours des deux candidats (EURACTIV 23/02/07 et 12/02/07). Sarkozy s'est engagé à défendre les sociétés françaises contre les OPA étrangères, tout en demandant à l'UE de suspendre l'aide européenne en direction des Etats membres qui adoptent le dumping social, fiscal ou environnemental. Il a également critiqué le manque d'action de la Commission en matière de protection des emplois européens (EURACTIV 10/11/06).

Dans le Pacte présidentiel qu'elle a présenté le 12 février 2007, Ségolène Royal propose de construire une "Europe plus protectrice" reposant sur de nouvelles "politiques communes ambitieuses" et l'inscription de la sauvegarde des services publics à la française dans une nouvelle directive-cadre européenne (EURACTIV 12/02/07).

  • Constitution européenne

Sarkozy est largement perçu en Europe comme le candidat qui pourrait parvenir à un accord sur un "mini-traité" se substituant à la Constitution européenne déjà rejetée par les Français en 2005 et actuellement dans l'impasse. Il soutient la ratification par voie parlementaire pour éviter la nouvelle débâcle d'un référendum (EURACTIV 08/09/06).

Royal a choisi une approche radicalement différente, appelant à négocier un traité substantiellement différent, qui inclurait une dimension sociale et serait présenté aux électeurs français lors d'un nouveau référendum. Une nouvelle convention serait élaborée sous la présidence française du deuxième semestre 2008, après d'intenses consultations des Etats membres sous les présidences précédentes.

Ce projet irait à l'encontre des plans de la présidence allemande qui souhaite élaborer au Sommet européen de juin 2007 une feuille de route réglant la crise constitutionnelle.

  • Turquie

Sur ce dossier, Ségolène Royal (plus ouverte sur les questions d'immigration et l'élargissement de l'UE à la Turquie) se rapproche de la position officielle de la Commission. D'un autre côté, Sarkozy s'oppose à un nouvel élargissement, qui selon lui diluerait l'identité européenne et ferait de l'UE une institution ingouvernable. Il se montre plutôt partisan d'une "Union méditerranéenne" qui inclurait la Turquie et d'autres pays musulmans.

 

                                                                                                         

 Les débats du premier tour ont couvert un large échantillon de sujets, qui réintègreront pour la plupart l'agenda du second tour. Les regards se tournent désormais vers François Bayrou, qui semble détenir la clé de cette élection pour avoir attiré 18,6% des suffrages au premier tour. Enfin, Jean-Marie Le Pen attirera encore un peu l'attention, comptant pour 11% des votes du 22 avril.

  • Travail / Lutte contre le chômage

Nicolas Sarkozy souhaite placer la "valeur travail" au cœur de son projet. Il propose pour cela un "contrat de travail unique", en affirmant qu'il sera "plus souple pour les entreprises pour qu'elles soient incitées à embaucher, plus sécurisant pour les salariés car il sera à durée indéterminée pour tous".  

Ségolène Royal partage l’ambition de « réhabiliter le travail », notamment par la création d’un "contrat première chance", qui a été dénoncé comme étant la version de gauche du Contrat première embauche (CPE). Proposé par le gouvernement de Dominique de Villepin, celui-ci a du être retiré l'an dernier sous la pression des manifestants.
Pour lutter contre le chômage, François Bayrou (UDF, centre-droit) préconise une mesure immédiatement applicable : la possibilité pour chaque entreprise de créer deux emplois sans charges. 

Enfin, Jean-Marie Le Pen (FN, extrême droite) souhaite instaurer la préférence nationale : à compétence égale, les emplois seront prioritairement réservés aux citoyens français.

  • Répartition du temps de travail

Les débats sur la répartition du temps de travail ont essentiellement porté sur les 35 heures. Pour sortir de ce système, Nicolas Sarkozy propose d’assouplir fortement le recours aux heures supplémentaires et de les exonérer de charges sociales et d’impôts, pour le patron comme pour le salarié. Ségolène Royal, dont le parti est à l’origine des 35 heures, les remet toutefois en question et propose d’être "ouvert à la discussion, voire au compromis, quand il s'agit de leur application".  

Le candidat UDF se montre également critique à ce sujet et souhaite que le paiement des heures supplémentaires (entre 35 et 39 heures) soit majoré de 35 % pour récompenser le travail. Il propose par ailleurs de réduire les cotisations sociales en proportion afin que les entreprises ne supportent aucun coût supplémentaire. 

Pour sa part, Jean-Marie Le Pen préconise une renégociation de la durée du temps de travail par branche.

  • Création d’entreprise / Soutien aux PME 

En termes de création d’entreprise et de soutien aux PME, c’est François Bayrou, avec sa proposition de ‘small business act’ à la française, qui se montre le plus innovant. Il s’agit de réserver une part des marchés publics aux PME comme, par exemple, aux Etats-Unis, 20 % du volume total des grands marchés et la totalité des marchés inférieurs à 50 000 €. 

Nicolas Sarkozy propose lui de créer un système de capital-risque et de prêt à taux zéro pour les créations d’entreprises, tandis que Ségolène Royal souhaite simplifier les démarches de création d’entreprise et améliorer la protection sociale des entrepreneurs.

  • Dette publique et fiscalité

Les difficultés de la France à remplir les critères du pacte de stabilité et de croissance ont amené les candidats à proposer plusieurs solutions pour réduire la dette publique. Nicolas Sarkozy souhaite la ramener en 5 ans sous les 60% du PIB, limiter la progression des dépenses publiques à 1,8 % par an en volume et baisser les prélèvements obligatoires de 4 % du PIB sur dix ans. 

Ségolène Royal considère pour sa part qu’il est possible de résorber la dette publique grâce à la croissance. Selon elle, « le retour de la confiance et de la croissance et une politique volontariste pour l’emploi stimuleront les rentrées fiscales et sociales ». 

S’il est élu, François Bayrou empêchera l’Etat d’emprunter pour ses dépenses de fonctionnement et exigera de l’administration un effort de productivité de 2 % par an pendant six à huit ans. 

Jean-Marie Le Pen est lui favorable à "un grand audit des comptes de la nation", souhaite réorienter la dépense publique vers l'investissement et réduire de 30 % les subventions de l'Etat aux associations.

  • Environnement et nucléaire 

La campagne sur l’environnement s’est en partie focalisée sur le Pacte écologique de l’Alliance pour la Planète, porté par l'animateur de télévision et militant écologiste Nicolas Hulot. L’objectif était d’inciter l’ensemble des candidats à placer les enjeux écologiques et climatiques au cœur de leur programme. 

Parmi les 4 principaux candidats, seul Jean-Marie Le Pen n’a pas signé ce pacte. Pour autant, leurs positions divergent, notamment sur les énergies renouvelables et le nucléaire. 

Si Nicolas Sarkozy souhaite augmenter la part des énergies renouvelables, sans objectif précis, Ségolène Royal indique pour sa part qu’elle devra atteindre 20% de la consommation en 2020. 

François Bayrou plaide quant à lui pour une réduction par 4 d’ici 2050 des émissions de gaz à effet de serre. Sur le nucléaire, Ségolène Royal souhaite ramener la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50% d’ici 2017, tandis que Nicolas Sarkozy l’a qualifiée d’"énergie du futur". 

François Bayrou soutient également un maintien de la filière nucléaire, mais entend mener un grand débat national à ce sujet avant l’été.

  • Immigration et intégration 

Les questions liées à l’immigration et à l’intégration ont occupé le devant de la scène avec la proposition de Nicolas Sarkozy de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale. Le rapprochement entre une politique de contrôle de l’immigration et la notion d’identité nationale a en effet suscité la controverse parmi les candidats. 

Jean-Marie Le Pen, qui souhaite pêle-mêle supprimer : les aides sociales pour les étrangers, la double nationalité, l’acquisition automatique de la nationalité française et le regroupement familial, s’est montré en faveur de cette proposition. 

Ségolène Royal et François Bayrou s’y sont vivement opposés. 

Au niveau européen, Nicolas Sarkozy souhaite créer un réseau consulaire unique entre les pays de l’Union européenne pour la délivrance des visas et instaurer un pacte de l’immigration entre les grandes nations européennes. 

Quant à François Bayrou, il propose de créer une politique européenne concertée sur l’immigration. 

Les candidats restent par ailleurs divisés sur les questions de la régularisation des sans-papiers, du regroupement familial et de la discrimination positive.

  • 22 avril 2007 : Au vu des résultats du premier tour, Sarkozy et Royal s'affronteront au second tour (EURACTIV 23/04/07).
  • 6 mai 2007 : Nicolas Sarkozy remporte une nette victoire au second tour des élections (EURACTIV 7/05/07).
  • 10 et 17 juin 2007 : Elections législatives.

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