François Bayrou, l’Europe par nécessité

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Pro-européen, le candidat centriste n’est ni totalement fédéraliste, ni totalement libéral. Il voit l’Union européenne comme une fédération d’États-nations, qui se doit d’être plus démocratique. Mais surtout servir au rayonnement de la France.

Contexte

Carte d’identité

Date de naissance : 25 mai 1951 

Lieu de naissance : Bordières (Pyrénées-Atlantiques)

Situation familiale : Fils d’un propriétaire agricole. Marié avec Élisabeth Perlant. Six enfants.

Postes actuels :

  • Président du Mouvement démocrate (MoDem) depuis décembre 2007
  • Conseiller municipal de Pau depuis mars 2008 (également de 1983 à 1993)
  • Député des Pyrénées-Atlantiques depuis 1986

Mandats précédents :

  • Président de l’UDF de 1998 à 2007
  • Député européen de 1999 à 2002
  • Ministre de l’Éducation nationale de 1993 à 1997
  • Conseiller de Pierre Pflimlin, président du Parlement européen, de 1984 à 1986
  • Président du conseil général des Pyrénées-Atlantiques

Formation :

  • Agrégé de lettres classiques
  • Hypokhâgne et khâgne à l’Université de Bordeaux III

Bibliographie  :

  • Henri IV, le Roi libre, 1994
  • Oui  : Plaidoyer pour la Constitution européenne, 2005
  • Projet d’Espoir, 2007
  • Abus de pouvoir, 2009
  • 2012 État d’urgence, 2011
  • La France solidaire, 2012

Langues étrangères : Selon des informations du Parisien, il est le seul prétendant à l’Elysée à avoir accordé des interviews en anglais à des journaux anglo-saxons. Grand amateur de langues latines, il comprend également l’espagnol et l’italien sans les avoir appris. 

Où le trouver sur le Web ?

Affiliation européenne Parti démocrate européen

C’est avec l’ancien maire de Rome, Francesco Rutelli, alors chef de La Margherita, que François Bayrou a fondé le Parti démocrate européen (PDE) en 2004

Avec le Parti européen des libéraux, démocrates et réformateurs (ELDR), le PDE forme l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE) au sein du Parlement européen. 

Ancêtre du MoDem, l’UDF faisait auparavant partie du Parti populaire européen (PPE). 

Ses réseaux européens

Entouré de nombreux députés européens, François Bayrou est particulièrement proche du président de l’ADLE, le Belge Guy Verhofstadt.

Il serait également très lié avec Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroupe, et connaît bien le président du Conseil italien Mario Monti ainsi que Wolfgang Schaüble, l’actuel ministre des Finances allemand. Tous trois sont des conservateurs, membres du Parti populaire européen. S’il est élu Président, le candidat du centre prévoit une tournée des pays fondateurs de l’UE, en commençant par l’Allemagne et l’Italie.

Son entourage : 

Depuis 2007, le candidat du MoDem a perdu le soutien de plusieurs personnalités politiques françaises impliquées dans les affaires européennes. Après le conseiller à la cour des comptes et députés européen pendant 18 ans, Jean-Louis Bourlanges, les eurodéputés Jean-Marie Cavada et Corinne Le Page ont eux aussi rompu avec François Bayrou. 

La gestion solitaire du chef du Parti, appuyée par Marielle de Sarnez, son bras droit et sa directice de campagne, expliquerait entre autre le départ de ces personnalités. «Disons que tout se passe autour de la personne du candidat », observe Jean Arthuis, sénateur de Mayenne et président de l’Alliance centriste, rallié à François Bayrou depuis cet automne.

Le député européen Robert Rochefort, ancien président du centre de recherche sur l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc) s’exprime dans les médias sur les questions économiques. L’eurodéputé Jean-Luc Benhamias fait également campagne pour François Bayrou. Soutien de longue date du candidat centriste, Bernard Lehideux, qui a siégé 15 ans à Bruxelles, est aussi membre de son équipe.

Contactée par EURACTIV.fr, la députée européenne Sylvie Goulard, co-responsable du pole Europe du Parti, a refusé de se prononcer sur les propositions européennes de François Bayrou. Beaucoup plus libérales, certaines idées de l’eurodéputée, spécialiste des questions de gouvernance économique, ne passeraient pas auprès de la direction du Parti.

Le secrétaire général adjoint des Nations unies et ancien ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy est également aux côtés du candidat dans la campagne.

Problèmes

Une vision ambiguë

La vision de l’Europe de François Bayrou est ambigüe. Pro-européen, il a pourtant lancé sa campagne en appelant à « acheter français », avant de compléter ce mot d’ordre par la nécessité de « produire en France ». 

L’Europe était alors quasiment absente de ses propos. Sur ce sujet, le virage a été opéré lors d’un discours prononcé à Strasbourg, mardi 6 mars. 

L’Europe pour la France

Pour le président du MoDem, l’Europe est avant tout la condition nécessaire au rayonnement de la France. Il déclare vouloir « remettre en vigueur la méthode communautaire »  mais tient également à ce que la France garde une place privilégiée au sein de l’Union et reste « la grande voix qui a permis (à l’Europe) d’exister ». 

 

Rappelant avec fierté que la France a fourni l’essentiel des pères de l’Europe (Pierre Pfimlin, Jacques Delors, Valérie Giscard d’Estaing...), il estime qu’il est « dans la tradition historique de notre pays de jouer un rôle éminent sur la scène mondiale » avant d’ajouter que « l’Europe est le seul point d’appui pour faire avancer nos valeurs ».

« Sans une Europe forte, la France est affaiblie […] Face au dumping dont nous menace les géants de la planète, aux tentatives de prises d’influence, nous ne résisterons pas seuls. Notre pacte social et notre projet républicain disparaîtront », a-t-il ajouté.  

"Fédération d’États-nations"

Le chef du principal parti du centre, traditionnellement la formation la plus pro-européenne, n’est pas fédéraliste au sens où peut l’entendre l’ancien ministre des Affaires étrangères allemand Joschka Fischer d’une souveraineté commune exercée au plan européen. "François Bayrou s’inscrit plutôt dans la tradition delorienne de la fédération d’États-nations", explique Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof.

"Le fédéralisme que je défends est de type coopératif, il est décentralisé et respecte les nations et les libertés", a déclaré le chef du Modem au blog 27 etc le 16 mars. Cette vision, a priori contradictoire, est guidée par le réalisme et l’électoralisme.

« Face à la crise de la dette et le sentiment de doute voire d’hostilité des citoyens vis-à-vis de l’Europe, on ne peut pas imposer de changement trop rapide pour plus d’intégration européenne, note M. Cautrès. Ensuite, pour des raisons électorales, il serait assez difficile pour les candidats de parler de vrai fédéralisme. François Bayrou est obligé de tenir compte d’un électorat de plus en plus en doute sur l’Europe. Il reste un homme politique français et tente bien sûr d’articuler fortement la dimension française et la dimension européenne ». 

« Homme du terroir »

Selon l’ancien parlementaire européen Jean-Louis Bourlanges, aujourd’hui professeur à Sciences po, François Bayrou ne s’est "jamais vraiment intéressé à la construction européenne". "C’est un homme du terroir, profondément conservateur, qui aime la France des années 1930 (...). Il fustige les élites, se montre plutôt hostile envers les États-Unis et critique envers les parlementaires", ajoute-t-il.

François Bayrou aime l’Europe, mais ce n’est pas sa priorité. Les élections législatives de 2002 l’ont ainsi amené à écourter son mandat d’eurodéputé pour rejoindre son fief du Béarn, où il a été réélu. Candidat pour la troisième fois à l’élection présidentielle, il poursuit avant tout un dessein national.

Hostile à l’Europe libérale, le président du MoDem est loin de l’idéologie qui a marqué la construction européenne depuis des décennies. « Il y a quelques de contradictions chez M. Bayrou, comme chez tous les candidats. Il incarne encore certaines des valeurs de l’UDF (humanisme, refus des brutalités dans la vie économique et politique) et tente de les concilier avec des options économiques qui placent la question de la maîtrise des déficits publics et de la rédaction de la dette de façon centrale », estime Bruno Cautrès.

Lors de son bref passage au Parlement européen, le leader centriste s’était opposé à une législation sur les OPA. A l’époque, il n’avait pas cédé aux pressions exercées notamment par le patronat. «En fin de compte, c’est lui qui a eu raison. Il a le mérite d’avoir fait barrage à une législation qui aurait renforcé le pouvoir des actionnaires », reconnaît Jean-Louis Bourlanges.

Traité de Lisbonne

Les prises de position européennes du président du MoDem sont parfois difficiles à suivre. 

En 2005, les députés de l’UDF avaient ardemment soutenu le projet de Traité constitutionnel. Après la victoire du «non » au référendum, leur chef s’est toutefois abstenu de voter sur le Traité de Lisbonne en 2007, refusant de cautionner l’absence de référendum. Une position toutefois surprenante pour le représentant d’un mouvement historiquement pro-européen, dans la mesure où le nouveau traité n’était pas si éloigné du projet initial. 

L’échec du Mouvement démocrate aux élections européennes de juin 2009 est une bonne illustration du rapport ambivalent de François Bayrou à l’Europe, constate un ancien soutien selon lequel « le MoDem a perdu parce qu’il n’a pas assez parlé d’Europe »,

Produire français

Comme les autres principaux candidats à l’élection présidentielle, François Bayrou souhaite préserver les emplois en France et refonder les bases productives du pays. Il propose la création d’un label "Produit en France" qui indiquerait la part française des produits consommés.

« C’est une réponse symbolique pour réconcilier les consommateurs et les producteurs. On consomme plus qu’on ne produit. Or la souveraineté d’un peuple dépend de sa capacité à être indépendant », explique le sénateur Jean Arthuis.

« Il ne faut pas y voir un message protectionniste, défend également le député européen Robert Rochefort. François Bayrou n’est pas contre le libre-échange. Il invite à acheter des biens produits en France et donc pas seulement des produits de marque française ».

Mais la nuance est vaine, car si François Bayrou souhaite reconstruire l’image de marque du pays pour que « ce qui est construit en France [soit perçu comme étant] aussi fiable, aussi solide, plus inventif que [ce qui est produit] dans d’autres pays », il défend aussi l’idée que « l’acte de consommation peut être l’acte civique ». Ce qui n’est autre qu’une incitation à la préférence nationale.

Réciprocité

Pour le président du MoDem, la France est responsable du délitement de sa base industrielle et de son déficit commercial record. Mais Bruxelles doit prendre des mesures concrètes pour faire respecter le principe de réciprocité dans les échanges commerciaux, estime-t-il.

« L’OMC tolère le maintien de mesures protectionnistes dans les pays en développement, mais la Chine est un grand émergent et il n’est pas acceptable qu’elle profite elle aussi d’exemptions aux règles du libre-échange », explique Robert Rochefort.

La Commission européenne travaille depuis plus d’un an sur cette question de réciprocité.

Lors d’un colloque à Paris le 13 mars, François Bayrou a déclaré qu’il n’était pas opposé à l’idée du « Buy European Act ». Il s’agit de conditionner l’ouverture des marchés publics aux entreprises de pays tiers, uniquement si elles font de même pour les entreprises européennes.

En l’absence de transferts financiers entre les Vingt-Sept, qui rééquilibreraient les divergences comme ce peut être le cas entre les régions d’un même pays, la priorité est avant tout de reconstruire un appareil productif français pour financer la protection sociale.

Réarmer la production

« Nous fonctionnons aujourd’hui sur la base de décisions stratégiques de production conçues dans les années 60, observe Marielle de Sarnez. Notre vision et notre politique doivent être redéfinies. […] Ce que l’Allemagne a réussi à faire, la France peut le faire aussi, par une stratégie volontariste ».

Loin d’encenser le modèle allemand, le chef de file du MoDem invite toutefois à en reconnaître les points forts et à l’adapter. « Nous devons recréer de l’attractivité pour une production française positionnée sur le haut de gamme […] Il faut miser sur des produits à forte valeur technologique, comme les écrans plats », croit le candidat centriste.

Pour François Bayrou, la France doit prendre la mesure d’un nécessaire « réarmement » de sa production sans quoi elle n’aura pas « sa juste part » dans le nouvel équilibre mondial. Une responsabilité stratégique qu’il entend placer entre les mains d’un Commissariat national aux stratégies, sur le modèle de l’ancien Commissariat au Plan.

Pays émergents

Redoutant que les grands émergents ne marchent sur les plates-bandes de la France, il souhaite par ailleurs « formaliser [avec eux] une nouvelle alliance » en organisant un sommet UE-BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

Bruxelles a déjà conclu plusieurs accords commerciaux avec ces pays dans le cadre de sommets bilatéraux. Mais le candidat centriste propose d’aller plus loin au nom d’un « nécessaire équilibre Nord-Sud ». Conscient des nombreuses opportunités que représentent ces nouveaux marchés, il veut néanmoins que le « socle » de cette nouvelle collaboration, qu’il ne détaille pas, soit la lutte contre la pauvreté.

Favorable à l’instauration d’une taxe sur les transactions financières (TTF) qui serait « un véritable instrument de dégonflement de la bulle spéculative qui grève notre économie », François Bayrou s’engage à affecter 10% de son produit au financement de biens publics mondiaux tels que la santé, pour soutenir l’aide au développement.

Une somme toutefois dérisoire à en croire les calculs de la Commission. Dans sa version défendue par Bruxelles, la TTF ne devrait rapporter que 57 milliards d’euros par an.

Déficit et démocratie

Discipline budgétaire

Pour le candidat centriste, la France est seule responsable d’avoir laissé filer ses finances publiques. S’il est élu, François Bayrou fera donc de la lutte contre le surendettement une priorité de son quinquennat. Il va jusqu’à mettre en garde contre un dérapage des finances publiques qui exposerait la France à un scénario grec.

« Cela fait 10 ans que j’avertis les Français », a-t-il rappelé lors d’un déplacement dans le Val-de-Marne, lundi 13 février. Il est en effet le premier responsable politique à avoir préconisé l’introduction d’une règle d’équilibre budgétaire dans la Constitution. Un principe qui se justifie par l’obligation de solidarité envers les générations futures.

Pour redresser les finances publiques de la France, il propose de réaliser 100 milliards d’euros d’économies sur les deux prochaines années, départagées à part égale entre des hausses d’impôts et une réduction des dépenses.

Puisque tout ce qui va dans le sens d’une plus grande discipline budgétaire sied au candidat centriste, ce dernier soutiendra le traité européen signé début mars par 25 États. « Si nos dirigeants politiques avaient appliqué des règles élémentaires de bonne gestion, on n’en n’aurait pas eu besoin », rappelle toutefois Marielle de Sarnez.

La Grèce et le FMI

Depuis plusieurs mois, le chef du Modem est très critique sur la gestion de la crise. Il estime que les réponses apportées jusqu’à présent ne sont pas à la mesure de l’enjeu. Comme les autres candidats, il souhaite que la Banque centrale européenne assume un rôle de prêteur en dernier ressort auprès des États.

Il regrette que les dirigeants européens aient eu recours au Fonds monétaire international (FMI) pour soutenir les pays de la zone euro en difficulté. Il y voit un aveu de faiblesse et une perte d’indépendance de l’Europe, qui aurait dû trouver seule ses propres solutions.

« On aurait pu faire sans le FMI si l’Europe était plus forte et plus crédible », explique Marielle de Sarnez. Mais c’est justement parce qu’elle n’avait pas les moyens de son salut, au printemps 2010, que les chefs d’État n’ont pas pu se permettre le luxe d’avoir trop d’états d’âme.

Il fallait trouver un moyen rapide d’assurer les besoins de financement de la Grèce car, en cas de faillite, le pays aurait sans doute entraîner avec lui de nombreuses banques européennes, fortement fragilisées par la crise, et certains pays voisins également sur la sellette, comme le Portugal.

Pour sortir Athènes du marasme économique et financier, le chef de file du Modem aurait pris un tout autre cap. Il aurait recommandé de suivre la même procédure que pour une famille en surendettement, soit un plan de refinancement de long terme avec « un calendrier de réformes digérables ».

Le candidat voit également d’un très mauvais œil l’appel du pied fait à la Chine et aux autres pays émergents pour abonder le Mécanisme européen de stabilité et le FMI. « C’est une demande grave et troublante [qui] signifie que l’on sera moins armé lors de négociations cruciales avec ce grand pays, comme par exemple sur (sa politique de change) », déplore-t-il.

Lors du vote sur le MES à l’Assemblée nationale le 21 février 2012, François Bayrou était d’ailleurs absent. Nous sommes "d’accord avec tous les mécanismes européens de stabilité, même si des mécanismes comme le MES arrivent bien trop tard", a expliqué peu avant le vote Marielle de Sarnez.

Budget européen  

En dehors du portefeuille de la Politique agricole commune (PAC), que François Bayrou s’engage à préserver, le candidat centriste donne l’impression de vouloir tendre la main le moins possible vers Bruxelles.

Favorable à l’instauration d’une politique industrielle européenne qui déterminerait les grandes orientations stratégiques de l’UE, il estime cependant que chaque État doit retrousser ses manches afin d’être l’artisan de son propre redressement. « L’Europe ne fera pas l’avenir de la France à la place des Français », a-t-il déclaré en introduction de son discours à Strasbourg.

Favorable à davantage de coopération et de solidarité entre les "17", le chef du Modem reste toutefois réservé sur la question des eurobonds. Cette solution de long terme à la crise de la dette, envisagée par Bruxelles et certains dirigeants européens, ne figure pas dans son programme.

"François Bayrou semble moins mettre en avant la question des eurobonds. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de s’attaquer aux symptômes ‘en écopant l’eau qui inonde le bateau’ ; sa position n’est pas simple car il est coincé par son discours national est assez dominé par la question des dettes publiques contre lequel il promet de lutter. Selon lui, les États membres de l’UE ont trop dépensé, sont responsables de leur situation », estime Bruno Cautrès. 

D’un autre côté, le candidat centriste est favorable aux "projects bonds". C’est-à-dire des emprunts obligataires par projets financés par le secteur privé, avec des garanties publiques européennes. M. Bayrou est favorable au développement de ces emprunts, dans le cadre d’une nouvelle stratégie industrielle européenne dans laquelle 10% du budget de l’UE devrait être investi.  

Devoir de transparence

Tenus par une monnaie commune, les « 17 » ne peuvent pas emprunter de « chemin solitaire face aux grandes décisions économiques et financières », constate François Bayrou. Les politiques de chacun sont une externalité positive ou négative pour les autres. Cette interdépendance demande un réel effort de transparence de la part des États sur leur situation budgétaire et économique.

Mais comme l’autodiscipline n’a pas fait ses preuves et que la confiance prend un certain temps à se reconstruire, cette nécessité pourrait être garantie par la cour des comptes européennes qui étendrait son mandat d’auditeur du budget européen aux budgets nationaux, en s’appuyant sur les chiffres d’Eurostat. 

Un président de l’Europe élu

Le candidat déclare être foncièrement déçu de l’Europe d’aujourd’hui, totalement effacée derrière le couple imposant formé par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, qui n’aurait jamais, selon lui, pu exister sous Jacques Delors. 

Dans son programme "la France solidaire", il souhaite "retrouver une relation franco-allemande "équilibrée" qui n’apparaitrait pas comme "dominatrice".

Fustigeant le choix d’une méthode intergouvernementale réduite à sa plus simple expression, vouée selon lui à l’échec, le candidat centriste veut ressusciter la méthode communautaire et fusionner les postes de président de la Commission européenne et du Conseil européen. Cette proposition, comme d’autres du programme de François Bayrou, est issue d’un rapport publié par le sénateur Jean Arthuis à la demande du Premier ministre sur la gouvernance de la zone euro.

Mais le président du Modem va plus loin et exprime le souhait que ce président soit élu au suffrage universel direct. Un projet qualifié « d’irréel » par Jean-Louis Bourlanges, qui permettrait pourtant à Bruxelles de s’imposer face à des gouvernements nationaux qui jusque là ont « choisi des dirigeants européens qui ne leur feraient pas d’ombre », estime François Bayrou.

Ce nouveau chef de l’Union incarnerait les intérêts supérieurs de l’Europe face aux intérêts nationaux et « apporterait une autorité et une légitimité à la coordination des politiques nationales».

Le Parlement européen doit également sortir de l’ombre. Les citoyens doivent être mieux informés de ce qui se passe à Bruxelles et à Strasbourg, et c’est aux chambres nationales de jouer le rôle de relais auprès d’eux, propose François Bayrou. « Une délégation de parlementaires nationaux doit se charger d’enquêter sur les débats en cours au niveau européen [...] et se saisir des questions de la zone euro », a-t-il déclaré le 6 mars. 

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