L’Europe, l’aléa de François Hollande

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La droite le dit bercé d’illusions, lui croit pouvoir tenir tête aux conservateurs allemands et remettre l’Union sur les rails de la croissance. Affichage politique ou offensive réfléchie ? François Hollande promet de casser certains principes établis.

Carte d’identité

Date de naissance : 12 août 1954

Lieu de naissance : Rouen

Situation familiale : En couple avec la journaliste Valérie Trierweiler (séparé de Ségolène Royal avec laquelle il a eu 4 enfants)

Postes actuels : Député de Corrèze (depuis 1997) et président du Conseil général du même département (depuis 2008)

Postes précédents :



• Premier secrétaire du PS, 1997 - 2008

• Député européen, de juillet à décembre 1999 (démissionne en raison de la loi interdisant le cumul des mandats de parlementaire européen et de député)

• Porte-parole du PS, 1995 - 1997

• Conseiller régional du Limousin, 1998-2001

• Maire de Tulle, 2001-2008

• Député de la Corrèze, 1988-1993

• Conseiller municipal d’Ussel en Corrèze, 1983-1989 (1er mandat électif)

• Auditeur à la Cour des comptes à partir de 1980 puis conseiller référendaire en 1984

Formation  : Licence de droit, HEC, ENA (promotion Voltaire, 1980)

Langue parlée : "Il se débrouille en anglais", indique son entourage.

Où le trouver sur le net  :

Ses conseillers sur l’Europe  :

Officiellement, un pôle Europe, composé d’experts et de responsables politiques, a été constitué autour de Catherine Trautmann, députée européenne et ancienne ministre de la Culture. Il rassemble notamment des parlementaires français comme Elisabeth Guigou, en charge des affaires institutionnelles ou Simon Sutour et Christophe Caresche qui font le lien avec les deux chambres du Parlement. Philippe Corderyparticipe également en tant que secrétaire général du parti socialiste européen, ainsi que les conseillers diplomatiques du candidat et ceux de Martine Aubry. 

Des eurodéputés comme Henri Weber ou Pervenche Berès contribuent également à la réflexion, mais parmi ceux qui siègent à Strasbourg,Stéphane Le Foll et Kader Arifrestent les lieutenants les plus proches de François Hollande.

L’équipe de campagne en charge des questions européennes dit avoir contribué aux priorités annoncées à Bruxelles le 30 novembre ou encore au discours de Berlin prononcé le 5 décembre.

Dans les faits, le pôle Europe aurait du mal à avoir l’oreille de François Hollande. « Cette équipe, c’est l’armée mexicaine, réagit un élu socialiste. On ne sait pas ce qu’ils font. De toute façon, au lendemain des résultats de la primaire, il y a eu un schisme entre la garde rapprochée du candidat et les autres », poursuit-il, ajoutant que le pilotage des questions européennes était resserré autour de collaborateurs comme Pierre Moscovici, Michel Sapin, Jérôme Cahuzac ou Stéphane Le Foll.

Les « ambassadeurs » :

L’hebdomadaire britannique "The Economist" le surnomme « novice Mr Hollande ». Une épithète dont la presse française use abondamment. Le jugement était prévisible, pour un candidat sans portefeuille ministériel à son actif.

« Avant d’arriver au pouvoir en Grande-Bretagne, David Cameron n’avait pas exercé comme ministre. Est-ce que ça l’empêche de gouverner ? » rétorque un conseiller de François Hollande. Le même se veut rassurant sur les contacts qu’il a noués en Europe auprès des dirigeants de gauche (le Belge Elio di Rupo, la Danoise Helle Thorning-Schmidt, la Finlandaise Jutta Urpilainen…) et parfois de droite. L’accueil serait bon au Luxembourg, du côté du premier ministre Jean-Claude Juncker ou du ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn.

Ses déplacements à l’étranger ont surtout eu lieu pendant la première phase de la campagne (Madrid, Bruxelles, Rome, Berlin). Depuis, les rendez-vous se raréfient, quand ils ne sont pas mis de côté, comme au Danemark. Il est cependant appelé à se rendre en Grande-Bretagne le 29 février, où il rencontrera Ed Miliband, le leader des travaillistes. Selon nos informations, David Cameron ne prévoit pas de s’entretenir avec le candidat. Au cours d’un briefing en amont du sommet franco-britannique du 17 février, le premier ministre a déclaré qu’il n’avait pas l’intention de recevoir François Hollande. Le député de Corrèze se déplacera en revanche en Pologne, peut-être le 9 mars.



Ce sont surtout Martine Aubry et Laurent Fabius qui occupent le terrain diplomatique pour le compte du candidat, la première au Maghreb et le second en Asie. “François Hollande ne peut pas se permettre de faire trop de déplacements, explique-t-on en interne, sinon sa campagne va perdre en spontanéité. Et puis ce ne serait pas très correct de réagir sur un sujet qui fait l’actualité en France alors qu’il se trouve aux côtés d’un dirigeant étranger.” Mais surprise en Chine, cette semaine, pour M.Fabius qui a été contraint d’écourter son séjour sur place, les hauts dirigeants ne lui ayant pas accordé d’entrevue.

 

Ci-dessus, une interview de François Hollande, trois jours après les législatives européennes. Elu eurodéputé, il ne siégera que 6 mois au Parlement de Strasbourg.

 

Le dilemme européen

François Hollande aime l’Europe mais elle le lui rend mal. L’histoire avait pourtant bien commencé. En 1999, elle est la raison de son premier duel contre Nicolas Sarkozy, puisque c’est un scrutin européen qui départage déjà les deux hommes, au profit du premier sorti victorieux des élections pour le Parlement de Strasbourg. 

Touché par le cumul des mandats, François Hollande n’y siègera que six mois. Il délaisse les affaires européennes pour se recentrer sur son fief haut-corrézien, terre labourée par Jacques Chirac, où il creuse son sillon d’élu.

Mais l’Europe lui joue des tours cinq ans plus tard, lorsque le soutien des militants PS à la Constitution est anéanti au printemps 2005 par le triomphe de l’électorat noniste.

29 mai 2005, la déchirure

Le deuxième séisme de son parcours politique, après le 21 avril 2002, a donc pour épicentre le test européen du 29 mai 2005. « Le Parti socialiste se divise, se déchire même. Comme Premier secrétaire [François Hollande] sort affaibli de cette épreuve. Sa mission est de recoller les morceaux, d’éviter que l’Europe creuse les déchirures et provoque des séparations. Il n’est donc plus en situation pour 2007 », relate le maire de Quimper Bernard Poignant, auteur du discours du Bourget du candidat.

L’Europe, qui lui a tendu un piège en 2007 n’en est pas moins incontournable en 2012. Aujourd’hui, elle est à la fois le terrain où il se démarque et celui où il peut déraper, une ambivalence parfaitement incarnée par l’entreprise de renégociation du pacte fiscal. Dans son entourage, il passe pour un « Européen convaincu ». « C’est l’un de ses engagements les plus anciens et l’un des plus structurés », ose même un proche.

Les réflexions menées dans les cercles sociaux-démocrates sous influence delorienne dans les années 80-90 (Démocratie 2000 – Club témoin) plaident dans ce sens.

Mais certains esprits chagrins au sein du PS entonnent un couplet plus grinçant  : « Au début de la campagne, Hollande et ses proches ne voulaient pas parler d’Europe. Ca ne faisait pas vendre, explique un élu du PS. Ils y ont été obligés quand Sarkozy a mis le traité sur la table et qu’ils ont dû réagir ».

Nul besoin de persiflage pour comprendre qu’un grain de sable s’est immiscé entre le candidat et la machine bruxelloise. « J’ai été européen, et je le suis encore, mais l’Europe telle que je l’ai rêvée ne marche pas », avait-il lui-même admis en octobre, à l’occasion d’un débat avec Martine Aubry, dans la dernière ligne droite de la primaire.

26 juin 2010 : « L’Europe n’est plus rien »

Une désillusion qui se reflète encore plus intensément dans un discours donné le 26 juin 2010, lors d’un rassemblement de l’association « Répondre à gauche » à Bourg-lès-Valence : « Le vieux modèle, celui de l’après-guerre, a craqué sans que l’Europe soit capable d’en forger un nouveau. L’Europe n’est sûrement plus social-démocrate ; mais l’Europe n’est pas davantage libérale ; elle a certes cédé aux vertiges de la concurrence, mais elle n’a jamais osé en faire son projet. Le problème c’est qu’elle n’est plus rien ; elle ne porte plus rien, elle ne construit plus rien », conclut François Hollande.

Pour lui l’Union renoue avec « son démon : le particularisme national. Ne blâmons personne ni aucun État en particulier ; chacun est retourné complaisamment chez lui. »

Un tropisme national qui, depuis le début de la crise, met à rude épreuve la notion de solidarité en Europe, objet d’un marchandage entre les soutiers du Nord et les États du Sud acculés à l’austérité. S’il est élu, François Hollande promet de « parler net et clair » aux Allemands. Nicolas Sarkozy n’a pas poussé les feux des euro-obligations, tout en reculant sur le fonds de sauvetage européen dont le financement reste modeste car non ouvert aux crédits de la Banque centrale européenne. « Je préfère un rapport de force plutôt qu’une soumission », avait réagi François Hollande lors du face-à-face télévisé avec Alain Juppé le 26 janvier.

27 avril 2011 : « Les Allemands doivent comprendre »

Un cocorico qui lui vaut les moqueries de la droite, persuadée que cet accès d’audace est au mieux de la naïveté, au pire un signe de méconnaissance du terrain politique européen. A gauche, on juge la démarche non pas outrageante mais « pragmatique ».

L’absence de croissance réduit à néant les chances des États d’assainir leurs finances publiques. Dès lors, « il s’agit d’être cohérent avec l’objectif budgétaire que l’on se donne », résume Karine Berger, conseillère économique de François Hollande.

S’il ne verse pas dans la rhétorique belliqueuse d’Arnaud Montebourg, le candidat socialiste met cependant les pieds dans le plat pour parler du voisin d’Outre-Rhin. « L’Allemagne n’essaye pas d’imposer son modèle au reste de l’Europe, c’est pire : elle a décidé de travailler pour elle-même, considérant que l’Europe n’est plus son cadre de référence, mais plutôt un fardeau qu’elle traîne en maugréant », déclarait François Hollande en 2010.

« Bien sûr, il faut réduire nos déficits, limiter notre endettement (…) mais en même temps les Allemands doivent comprendre qu’il n’est pas possible de constituer des excédents commerciaux sur le dos de ses partenaires de l’Union européenne », ajoutait-il l’an dernier, lors d’un discours donné à Clichy-la-Garenne, le 27 avril 2011.

19 mai 2012 ?

Le sujet est aujourd’hui sur toutes les lèvres à Bruxelles. Reste à savoir comment François Hollande, qui souhaite rencontrer Angela Merkel juste après l’élection, peut d’un côté s’interroger sur le trésor de guerre allemand, de l’autre exiger une réouverture des négociations sur l’accord budgétaire, et enfin espérer obtenir, en guise de remerciement, un approfondissement des relations franco-allemandes via la révision qu’il propose du Traité de l’Elysée.

La réponse de la chancelière ne s’est pas fait attendre, puisqu’Angela Merkel a simultanément apporté son soutien à Nicolas Sarkozy et écarté, pour des raisons d’agenda, l’idée d’un rendez-vous avec François Hollande. « C’est une maladresse, concède le député européen Kader Arif, d’autant plus que le couple-franco-allemand a toujours bien fonctionné avec des majorités différentes. » 

Croissance à 27

C’est le poil à gratter des socialistes français à l’encontre de la droite européenne. En affirmant, début décembre, qu’il renégocierait le traité durcissant la discipline budgétaire dans l’UE, François Hollande a signifié à ses partenaires européens qu’il était prêt à monter sur le ring, même si l’exercice est coûteux au plan politique et annonciateur d’une bataille juridique chronophage.

Lors des réunions de travail, avant même que le traité ne fasse l’actualité, François Hollande « voulait réfléchir à des objectifs de croissance économique pour redonner une dynamique européenne », explique Karine Berger, économiste proche du PS.

En soi, l’objectif n’est pas si révolutionnaire et un consensus transpartisan se dessine aujourd’hui sur les dérives de l’austérité à outrance. Mais la voie choisie par François Hollande n’apparaît qu’en pointillé. En parlant d’Europe, le candidat socialiste martèle le besoin d’un « pacte de responsabilité, de gouvernance et de croissance ». Si, à ce stade, François Hollande dispose d’un contenant, le contenu doit gagner en épaisseur et en clarté.

Par « responsabilité », le candidat a dès son investiture voulu donner à ses partenaires européens l’image d’un gestionnaire fiable qui ramènerait le déficit français à 3% du PIB en 2013. Hors de question, répète-t-il souvent, de copier son adversaire Nicolas Sarkozy qui avait agi au mépris du pacte de stabilité en 2007, face aux ministres européens des Finances.

Un « new deal » européen ?

Par « gouvernance », François Hollande entend retrouver une méthode de négociation plus communautaire qu’intergouvernementale. « Il ne veut pas s’enfermer dans la relation franco-allemande », indique le député européen Kader Arif, et aimerait que le Parlement européen, relégué au second plan pendant la crise de la dette, joue un rôle croissant. Comment ? Les propositions restent vagues… « On pourrait imaginer que le président du Parlement assiste intégralement aux Conseils européens », suggère M. Arif.

En insistant enfin sur la « croissance », François Hollande compte s’appuyer sur les prêts de la Banque européenne d’investissement (BEI) ou les emprunts obligataires tournés vers de grands travaux. Lesquels ? Pour quel montant ? Avec quels pays ? Rien n’est pour le moment précisé. « On le définira petit à petit », tempère la députée et ancienne ministre des Affaires européennes, Elisabeth Guigou. En s’appuyant sur les emprunts de type EU project bonds, « François Hollande rend hommage aux propositions de la Commission européenne », relève-t-elle.

Réponse de normand

L’hommage semble cependant moins adressé à José Manuel Barroso qu’à Jacques Delors. En 1993, ce dernier avait décidé de reprendre dans un Livre blanc les travaux d’un économiste britannique et ancien député travailliste, le bien nommé Stuart Holland.

A l’époque, il était prévu que près de 7 milliards d’écus soient dédiés aux secteurs de l’énergie et des transports via des émissions de titres qui auraient pu être réalisées par le Fonds européen d’investissement (filiale de la BEI).

Dans un article du Monde, François Hollande soutient sans plus de détails « l’autorisation faite à l’Europe d’emprunter afin de financer de grands projets, notamment industriels ». La formulation s’écarte des EU-project bonds tels que développés récemment par la Commission, qui préconise l’émission d’obligations privées (émanant donc d’entreprises) garanties par la BEI.

Catherine Trautmann, qui conduit l’équipe en charge des questions européennes, reste floue et promet des « éléments nouveaux sur la croissance » pour le 17 mars, jour consacré à l’Europe dans la campagne de François Hollande.

S’il est élu et se lance dans la procédure de renégociation du traité, François Hollande envisage également d’engager un débat sur le rôle de la Banque centrale européenne. « Il ne s’agit pas de discuter du statut de la BCE, mais de faire en sorte que la politique monétaire prenne en compte d’autres critères, indique Karine Berger. D’autant plus que l’inflation est en train de baisser. »

Qu’elle se soucie de la croissance ou non, la BCE agit dans un cadre strictement communautaire. Vouloir lui consacrer un développement dans un traité intergouvernemental à 25 n’a pas de sens.

« On examine le sujet », assure-t-on au pôle Europe du candidat, sans plus de détails. « C’est de l’affichage, tranche un expert européen. Et puis les Allemands n’accepteront jamais, à moins d’une révolution intellectuelle de leur part. »

Le même débat avait eu lieu au sujet de l’intervention de la Commission européenne. Son droit de saisine de la Cour de justice en cas d’infraction au pacte fiscal a finalement été retiré de l’accord en raison de cette incompatibilité juridique.  

François Hollande veut rebattre les cartes d’un traité jugé imparfait, mais jusqu’où la révision peut-elle aller ? « Il s’agit seulement d’ajouter un volet de croissance », disent certains proches de François Hollande, suggérant de laisser intact le reste de l’accord.

« Il faudra aussi repréciser le rôle de la CJUE et la règle d’or », corrigent Kader Arif et Catherine Trautmann. La vérité est peut-être entre les deux, à l’image de cette réponse de normand donnée par un spécialiste de l’Europe au PS  : « On est plutôt dans le complément, mais tout dépendra du rapport de force politique avec les autres pays. »

S’il est élu, François Hollande aurait de toute façon intérêt à obtenir une révision assez large. La loi de programmation avec laquelle il vise un retour à l’équilibre budgétaire en 2017 « reste une loi d’objectifs qui n’a pas de caractère contraignant. Cela ne correspond pas à ce que demande le traité... » explique un fin connaisseur du droit public.

Remake de 1997

Pour l’instant, rares sont les avocats de la renégociation en Europe. Même pour les dirigeants de gauche, le sujet reste sensible. Interrogé par Euractiv.fr sur les intentions du premier ministre belge Elio di Rupo, un diplomate du royaume préfère botter en touche  : « Je ne peux pas répondre à sa place ».

Et dans les rangs du Parlement européen, la prudence est également de mise. Martin Schulz, qui préside l’institution, et Hannes Swoboda, chef de file des sociaux-démocrates, soutiennent pleinement la politique européenne d’investissements publics promue par François Hollande. Mais sans pour autant se risquer à défendre ouvertement les vertus de la renégociation.

Ne plus trop parler du traité, quitte à « le faire oublier de façon intelligente et diplomatique » serait peut-être la meilleure option, confiait récemment un haut responsable européen. Mais ce n’est pas la voie choisie par François Hollande, dont le directeur de campagne, Pierre Moscovici, imagine un remake des négociations sur le pacte de stabilité en 1997.

Lionel Jospin, alors premier ministre, avait plaidé la prise en compte de la croissance aux côtés des objectifs d’équilibre budgétaire. Sauf que le « pacte de stabilité et de croissance » n’a de croissance que le mot. Et que l’impulsion prétendue avait abouti à une résolution falote qui donne la mesure de l’impuissance politique qui règne en Europe.

A l’époque, les dirigeants convenaient tous de la nécessité d’une « coordination renforcée des politiques économiques » et louaient de concert le « rôle important » de la Banque européenne d’investissement…

Projet

Très ancrée dans l’actualité, la renégociation de l’accord intergouvernemental sur la discipline budgétaire (voir onglet précédent) a tendance à éclipser les autres propositions. Le projet européen de François Hollande porte sur un certain nombre de points largement débattus à l’échelle de l’UE.

Budget européen  :

François Hollande souhaite que le budget européen pour 2014-2020 serve le développement de « grands projets d’avenir ». Le produit de la taxe sur les transactions financières qu’il soutient devrait, selon lui, alimenter le budget de l’UE.

Il réclame par ailleurs un « budget ambitieux » pour la Politique agricole commune. Ce qui ne signifie pas, selon Stéphane Le Foll, de maintenir à tout prix les crédits de la PAC à l’euro près.

Fiscalité :

Le candidat socialiste est favorable aux eurobonds, en vue d’une « mutualisation partielle » des dettes nouvellement émises. Il se range là encore derrière la Commission européenne, qui soutient l’idée. Mais l’option est exclue par l’Allemagne, qui préfère pour le moment s’assurer du sérieux des engagements budgétaires des États.

François Hollande remet aussi sur la table le projet de taxe carbone aux frontières, qui participerait à l’édification d’une nouvelle politique commerciale de l’UE. Cette « contribution climat-énergie » devrait selon lui affecter les produits importés de pays tiers. Un projet déjà porté par le gouvernement français à Bruxelles, mais la Commission européenne préfère se concentrer sur la taxation des carburants.

Institutions  :

Le candidat veut sortir du jeu bilatéral entre Paris et Berlin, pour s’appuyer sur une gouvernance plus communautaire incluant la Commission et le Parlement européen. Il souhaiterait que les parlementaires européens puissent élire directement le président de la Commission européenne et semble aussi favorable à un exécutif à une seule tête, supposant une fusion entre le président du Conseil de l’UE (aujourd’hui Herman Van Rompuy) et le président de la Commission européenne.

Il plaide aussi pour une implication plus étroite des parlements nationaux sur les questions européennes, surtout économiques et budgétaires, mais n’a pas vraiment précisé sous quelle forme.

Il souhaite que le montant du fonds de secours européen, aujourd’hui doté de 500 milliards d’euros, soit réévalué, réclamant l’octroi de liquidités provenant de la Banque centrale européenne. Une demande déjà soutenue par la France mais retoquée par l’Allemagne, qui refuse de donner à la BCE le rôle plein et entier de prêteur en dernier ressort.

Lors de l’examen du texte sur le mécanisme européen de stabilité, le 21 février à l’assemblée nationale, les socialistes se sont retrouvés entre le marteau et l’enclume, partagés entre la perspective d’un fonds de secours européen qu’ils appellent de leurs voeux, mais dont l’utilisation est selon eux idéologiquement marquée par les politiques d’austérité. Le mot d’ordre du PS a été l’abstention, contrariant la volonté de certains députés socialistes, qui étaient prêts à voter le texte.

François Hollande plaide par ailleurs pour la création d’une agence publique européenne de notation. Ce projet, un temps évoqué par le Commissaire européen Michel Barnier,avait finalement été écarté en septembre dernier.

Services publics  :

François Hollande souhaite l’adoption d’une directive européenne assurant la « protection » des services publics. L’idée, qui ne date pas d’aujourd’hui, est considérée comme morte et enterrée au Parlement européen. Le choix de réglementations secteur par secteur, voie actuellement empruntée par Bruxelles, semble plus adaptée. 

L’organisation des services publics varie tellement en Europe qu’un texte les englobant tous ne pourrait « dépasser le stade des généralités », estime Pierre Bauby, spécialiste des services d’intérêt général en Europe. « Ce n’est pas un bon cheval de bataille. » Et au lieu d’employer le terme de « protection », mieux vaut parler de «promotion », poursuit-il, « sinon les Français vont donner l’image de ceux qui veulent encore maintenir leurs privilèges ».

Le candidat propose par ailleurs l’instauration de tarifs progressifs pour les services de l’eau, de l’électricité et du gaz « afin de garantir l’accès de tous à ces biens essentiels ». Un projet qui s’intègre cette fois-ci aux réflexions menées à Bruxelles, qui encourage le développement de logements sobres en énergie.

Enfin, François Hollande propose de réformer « la tarification pour mettre fin à l’assimilation de l’hôpital avec les établissements privés ». Un contentieux oppose aujourd’hui les hôpitaux publics aux cliniques. Ces dernières ont porté plainte l’an dernierauprès de la Commission européenne, contestant les aides attribuées au secteur public hospitalier, ainsi que les écarts constatés dans le régime tarifaire appliqué.

Collectivités locales  :

Plus décentralisateur que Nicolas Sarkozy, il souhaiterait que les collectivités locales soient plus actives dans le domaine de l’emploi. A l’occasion d’un discours prononcé à Dijon, le 3 mars, François Hollande a ouvertement soutenu le transfert de la gestion des fonds structurels européens des services de l’État vers les régions (Fonds social européen et Fonds européen de développement économique régional).

Couple franco-allemand :

En 2013, la France et l’Allemagne fêteront le 50ème anniversaire du Traité de l’Elysée qui unit les deux pays. A cette occasion, le candidat socialiste compte approfondir le partenariat avec l’Allemagne dans plusieurs domaines déclinés lors de son voyage à Berlin, le 5 décembre.

Il avait alors avancé plusieurs propositions, telle que « l’accélération de la mise en place du service civique franco-allemand, la création d’un office franco-allemand de la recherche, la création d’un fonds industriel franco-allemand pour financer des pôles de compétitivité communs (transports, énergie ou environnement) et la mise en place d’un État-major commun.

Cette coopération rapprochée entre les deux pays ne doit cependant pas se faire au détriment des autres partenaires. François Hollande réfute l’idée d’un directoire franco-allemand tel qu’il a fonctionné pendant la crise.

Europe de la défense  :

Le candidat prévoit de prononcer un discours, le 11 mars, consacré à la défense. Si elle n’est pas mentionnée explicitement dans son programme, la relance de la défense européenne fait partie des projets du candidat.

Faire ce choix « passera par une plus grande sélectivité de nos contributions à l’OTAN », explique Jean-Yves Le Drian président de la région Bretagne et conseiller défense de M.Hollande, afin de « réinvestir dans la défense européenne les économies dégagées ». « Plus d’économies d’échelles avec plus de capacités communes », doivent être réalisées.

L’orientation prise repose sur un renforcement du partenariat franco-britannique de l’accord de Saint-Malo mais « replacé dans la dynamique européenne » et complété par une relance de la coopération avec les Allemands. « Cela signifie de mobiliser nos partenaires, non pas par la gesticulation et la surprise mais par la concertation et la conviction », ajoute M. Le Drian.

Les questions de défense arriveront très rapidement à l’agenda de celui qui remportera l’élection, avec le sommet de l’Otan prévu à Chicago les 20 et 21 mai 2012. S’il est élu, François Hollande compte sur cet événement pour annoncer aux alliés le retrait des troupes françaises d’Afghanistan d’ici la fin de l’année. Nicolas Sarkozy mise de son côté sur fin 2013.



Se pose aussi la question du bouclier européen contre les missiles balistiques iraniens. Prudent, Jean-Yves Le Drian énumère les conditions qui restent à remplir : il faut « définir les règles d’engagement, les sites prioritaires à protéger », ou encore désigner les autorités qui seraient compétentes pour intercepter les missiles en plein vol, ce qui n’est pas sans conséquence pour les États tiers.

L’idée d’un siège unique européen au sein du Conseil de sécurité de l’ONU fait aussi débat depuis l’accord entre le PS et les Verts. « C’est une perspective. Nous en sommes loin », a indiqué François Hollande dans une interview au Huffington Post.

Documents officiels

  • Site de campagne de François Hollande : 

Projet présidentiel de François Hollande

Equipe de campagne

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