Marine Le Pen, l’Europe du chacun chez soi

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Pour la première fois de son histoire, le Front national ne sera pas représenté à la présidentielle par son fondateur, Jean-Marie Le Pen. Mais sur l’Europe, sa fille n’a pas modifié la ligne directrice : l’Union européenne doit être détruite.

Réseaux européens

Au Parlement européen, les "amis" du Front national sont si peu nombreux que les trois élus du parti n’appartiennent à aucun groupe politique.

En 2007, un regroupement a été tenté avec d’autres formations d’extrême droite au sein d’une union dénommée « Identité, Tradition, Souveraineté ». On y comptait cinq députés du Parti de la Grande Roumanie, trois Belges du Vlaams Belang, deux Italiens, un Bulgare du Parti Ataka, un Autrichien du Parti de la Liberté et un Britannique indépendant.

Nouvelles relations

L’expérience a capoté, à peine un an après, quand l’une des élues italiennes, Alessandra Mussolini, petite fille du dictateur fasciste du même nom, a qualifié les Roumains de « délinquants », lors d’une polémique sur l’immigration en Italie. Les membres du Parti de la Grande Roumanie ont aussitôt quitté la formation, provoquant sa dissolution.

Malgré cet échec, les échanges entre les partis de l’extrême droite européenne perdurent.

Nouveau regard

Le temps des manœuvres est d’ailleurs aussi venu au sein de l’institution européenne. De ce point de vue, le changement à la tête du Front national semble avoir modifié la donne. 

« Du temps de Jean-Marie Le Pen certains partis ne voulaient pas travailler avec nous. Comme l’UKIP (souverainistes britanniques) », reconnaît Ludovic De Danne. Mais, en 2010, une plateforme commune, «l’Alliance européenne pour la Liberté » a été créée et le FN en est membre. Son président est Godfrey Bloom, un eurodéputé d’UKIP qui s’est fait remarqué en novembre 2010 pour avoir traité le socialiste allemand Martin Schulz, actuel président du Parlement européen, de « fasciste non démocratique ».

Des contacts continuent d’avoir lieu et certains membres du Front national espèrent la création d’un véritable groupe politique avant les prochaines élections européennes de 2014.

Plus largement, en Europe, « dès que Marine Le Pen est devenue présidente du Front national, les relations avec les autres partis ont été réévaluées », assure Ludovic De Danne.

En Belgique, les liens entre le parti nationaliste et indépendantiste flamand Vlaams Belang (VB) et le FN ne datent pas d’hier. Au milieu des années 80, Jean-Marie Le Pen trinquait avec le futur leader du VB Filip Dewinter.

En mai 2011, lors d’un passage à Bruxelles, la nouvelle chef du FN a rencontré en tête à tête son homologue du Vlaams Belang (VB), Filip Dewinter. Les idées des deux formations « convergent dans des domaines comme l’immigration, la lutte contre l’insécurité ou l’islamisation de l’Europe », avait à l’époque expliqué à EURACTIV.fr le conseiller de la candidate à la présidentielle

En Belgique, le VB est surtout connu pour ses manifestations anti-francophones et sa volonté de réhabiliter les anciens collaborateurs de la Seconde Guerre Mondiale. Dernière provocation en date : la fille de Dewinter, posant en "bikini-niqab" sur une affiche du parti, à l’approche des élections communales. 

Europe blanche

Le FN entretient également de bonnes relations avec la Ligue du Nord (extrême droite italienne, membre de l’ancienne coalition gouvernementale de Silvio Berlusconi). 

En mars 2011, Mario Borghezio, sulfureux élu du parti, accompagnait Marine Le Pen lors de son voyage sur l’île de Lampedusa pour « évoquer les problèmes liés aux flux migratoires de clandestins ». Tribun connu des milieux identitaires européens, il considère que l’Europe doit rester « blanche » et « chrétienne ».

Bal de Vienne

Plus récemment, le voyage de la nouvelle chef du FN à Vienne a fait scandale dans la presse française. Elle s’est rendue à un bal organisé par la confrérie « Olympia », considérée comme proche de l’extrême droite du pays. Parmi ses adhérents, on trouve Martin Graf, troisième président du parlement autrichien et membre du Parti de la Liberté (FPÖ), formation populiste dont Jorg Haider était auparavant le chef. En 2000, sa participation à une coalition gouvernementale avait provoqué des sanctions européennes. 

De leur côté, les instances du FN démentent le caractère fasciste ou néonazi de ce bal tout en reconnaissant avoir des liens avec le FPÖ.

D’ici le scrutin présidentiel, d’autres déplacements en Europe sont à l’étude mais le parti ne souhaite pas les communiquer pour le moment.

Embarrassant Jobbik 

A l’inverse, les relations ont été rompues avec le « Front national belge ». Cette formation, présente uniquement en Belgique francophone et qui n’a jamais dépassé 1 ou 2 % des voix, utilisait le même logo que son grand frère français et n’hésitait pas à reprendre l’image de Marine Le Pen. 

La politique de dédiabolisation du FN a poussé les instances du parti à user de menaces judiciaires pour interdire ces pratiques.  

Les relations avec l’extrême droite hongroise (Jobbik) sont plus complexes. "Le mouvement pour une meilleure Hongrie" dispose de trois députés européens et 47 élus nationaux. Il est connu pour sa milice, ses démonstrations de force contre les Roms et ses revendications territoriales. En janvier 2012, lors d’une manifestation à Budapest, deux élus ont brûlé un drapeau européen : 

Le 8 avril 2011, lors d’une conférence de presse au Parlement européen, Marine Le Pen a déclaré qu’elle voulait "tourner le dos à l’ensemble des mouvements qui ne sont pas sur les mêmes grandes lignes que nous ou qui n’ont pas le sérieux nécessaire pour réfléchir avec nous. Je veux travailler avec des partis crédibles et de tout premier plan". Officiellement, le FN dit ne plus avoir de liens avec Jobbik.

Mais ce n’est pas l’avis de tous. Bruno Gollnisch affirme toujours entretenir des relations avec eux au Parlement européen et n’a pas l’intention de les rompre, selon le blog Droite(s) Extrême du Monde.fr. 

Carte d’identité

Date de naissance : 5 août 1968 

Lieu de naissance : Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) 

Situation familiale : Divorcée. Trois enfants. En couple avec Louis Aliot, numéro 2 du Front national. 

Postes actuels :

  • Présidente du Front national depuis le 16 janvier 2011
  • Conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais depuis 2006 
  • Députée européenne depuis 2004. Membre de la commission Emploi et Affaires sociales et de l’Assemblée parlementaire paritaire Afrique-Caraïbes-Pacifique, suppléante pour le commerce extérieur.

Marine Le Pen en est à son deuxième mandat de députée européenne, mais son bilan à Bruxelles est pour le moins limité. En 8 ans, elle n’a pas rédigé de rapport, a posé seulement quatre questions écrites et n’est intervenue que 56 fois lors des débats.

D’ailleurs son taux de présence figure parmi les plus faibles de l’hémicycle à seulement 58% pour la période 2004-2009 et 61,7% depuis les dernières élections.

Selon son conseiller pour les Affaires européennes et assistant parlementaire à Strasbourg et Bruxelles «quand on est une femme politique de premier plan, ce n’est déjà pas si mal ». En 2004, Marine Le Pen n’était cependant pas encore patronne du Front national. 

L’action n’est pas le plus important pour Marine Le Pen, estime Magali Balent, professeure à Sciences Po et chercheuse à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

« Etre députée européenne lui permet de faire ce qu’elle ne peut pas faire en France en raison du système électoral : prouver à l’électeur qu’elle peut être crédible, intégrée à un système, prendre position, avoir une stratégie, explique Mme Balent. Après, ce qu’elle fait ou pas dans la réalité, l’électeur y porte peu d’importance. Surtout que la voix de Marine Le Pen reste extrêmement faible au sein d’une assemblée où son courant de pensée est minoritaire. »

Mandats antérieurs  :

  • Conseillère municipale d’Henin Beaumont (2008-2011)
  • Conseillère régionale du Nord- Pas-de-Calais (1998-2004)
  • Conseillère régionale d’Île-de-France (2004-2009)

Autres activités professionnelles :

  • Avocat au barreau de Paris (1992-1998)
  • Directrice du service juridique du Front national (1998-2004)

Formation  :

  • Maîtrise en droit (mention carrières judiciaires), 1990
  • DEA en droit pénal, 1991
  • Certificat d’aptitude à la profession d’avocat, 1991

Langues parlées : Selon son conseiller, son niveau d’anglais est "lu, écrit, parlé à l’image de celui de la plupart des Français. Elle comprend mais préfère répondre aux interviews en français pour mieux développer ses idées". 

Un journaliste du Parisien a raconté son voyage aux États-Unis avec Marine Le Pen en novembre 2011. Selon lui, la chef du Front national "ne parle pas un mot d’anglais"

Où la trouver sur le net  :

Sa déclaration d’intérêts financiers déposée au Parlement européen.

Ses conseillers sur l’Europe : 

Marine le Pen dispose de deux conseillers sur les affaires européennes. 

Le premier est le très connu Bruno Gollnisch, vieux compagnon de route de Jean-Marie Le Pen. Il est en charge "des souverainetés et de la renégociation des traités". Il siège au Parlement de Strasbourg depuis 1989.

Moins médiatique, Ludovic De Danne est pour sa part un travailleur de l’ombre. Il est depuis déjà plusieurs années au service la nouvelle présidente du Front. Il a été son assistant parlementaire à Bruxelles. Agé de 35 ans, il est membre du FN depuis 1996 et a été candidat en 2010 aux régionales en Île-de-France. Trilingue français, anglais, allemand, il développe sur son blog sa vision de l’Europe, qui consiste en "une association libre d’États nations", qui se présenterait sous la forme d’une "confédération". 

Le compagnon et numéro 2 du Front national, Louis Aliot, est désigné sur le site du Parlement européen comme "l’assistant local" de Marine Le Pen. 

N’étant pas mariée, rien n’empêche la présidente du Front national d’employer celui qui est aussi en charge de la rédaction du progamme présidentiel. "Louis Aliot est régulièrement sollicité en tant qu’expert, avocat dans des dossiers comme la Syrie ou la Cote d’Ivoire dans lesquels Marine Le Pen a pris position", explique Ludovic De Danne.

Vision politique

Le combat contre l’Union européenne est l’un des piliers de la vision politique de Marine Le Pen. La chef du Front national lutte contre l’UE "de toutes ses forces", a-t-elle indiqué à Euronews en février 2011. « L’Union européenne est une structure que je considère comme totalitaire, c’est l’Union Soviétique européenne », a-t-elle ajouté. A telle point qu’elle propose d’interdire les drapeaux européens sur les édifices publics.

Fardeau

Dans son discours de présentation de son programme en novembre 2011, elle a comparé l’UE à un "empire hors sol (…) impotent", qui prive les Français d’identité et a "pillé" la souveraineté nationale "au profit d’une technostructure (…) inféodée aux marchés".

La souveraineté nationale étant au cœur de sa pensée politique, la candidate à la présidentielle estime que les pouvoirs et compétences doivent être intégralement rapatriés à Paris. La monnaie unique a selon elle aussi vocation à disparaître, car elle n’est qu’un fardeau imposé aux peuples pour leur plus grand malheur.

« Aujourd’hui, on essaie de sauver l’euro à tout prix, mais à quel prix ? Je ne veux pas que mon peuple soit obligé comme les Irlandais de baisser de 12% le SMIC, de baisser les allocations familiales, de baisser les allocations pour le chômage, de baisser le traitement des fonctionnaires. Si c’est ça le prix qu’il faut payer pour sauver l’euro et bien je dis mieux veut sortir de l’Europe et mieux veut sortir de l’euro ».

Les plans de sauvetage grecs, portugais et irlandais ne seraient que "pure folie".

« Pourquoi continuer d’aggraver notre propre dette pour renflouer la dette des autres ? (…), alors qu’on voit bien que ça ne sert strictement à rien ? ». La solidarité européenne ne serait que chimère et le résultat de la soumission des gouvernements actuels aux "banques". Marine le Pen le promet, si elle était présidente, "pas un centime ne quitterait la France".

Quant au nouveau traité européen, il serait "anti-démocratique" et "anti-économique". Dans son communiqué de presse du 31 janvier, Marine Le Pen considère qu’il a été adopté en raison "d’un ordre allemand". Elle promet de revenir dessus en cas d’élection et cite la République tchèque et le Royaume-Uni, deux pays non signataires, en exemple.

Peur du communisme

Ce discours est très commun à nombre de partis politiques d’extrême droite d’Europe. « Marine Le Pen propose la même chose que son père mais avec des mots différents », analyse Magali Bélant. « Le fond ne change pas : reconstruire une autre Europe qui serait celle des nations ». La présidente du Front national s’est déjà déclarée "Européenne", par opposition au reste du monde.

Toutefois, Magali Bélant note dans son livre "Le monde selon Marine" que du temps de la guerre froide, le Front national était moins opposé à la construction européenne, en réaction directe à la menace soviétique. "Obsédé par cette présence bolchévique aux portes de l’Europe, le président du FN (ndla : Jean-Marie Le Pen) engageait même les peuples européens à transcender les sentiments nationalistes et patriotiques pour construire la Patrie européenne face aux dangers." 

Lutte contre les élites

Aujourd’hui, il n’est plus question d’user d’une telle rhétorique. La disparition de l’URSS a transformé l’UE en ennemi bureaucratique et menaçant pour l’avenir de la nation française. Elle doit être combattue à tous les niveaux. Sur France Inter, le 26 janvier 2012, Marine Le Pen a confirmé que, si elle était élue, elle mettrait en place un oral de « patriotisme » à l’Ecole nationale d’administration. 

« C’est la moindre des choses (...). Au moment où l’ensemble de nos élites est devenue européiste et considère que la France est dépassée, que sa structure doit se diluer au profit d’une structure européenne, (...) je pense effectivement qu’il est temps de recruter des hauts fonctionnaires qui croient en la France et qui défendent leur pays. »

Pour Magali Bélant, là encore, rien de nouveau. « Jean-Marie Le Pen avait ses expressions à lui, comme ’fédérastes de Bruxelles’ ou ’Maastrichteurs’. Il y a juste une modération dans les propos ».

Programme européen

Le programme de Marine Le Pen repose ainsi sur un point essentiel. La sortie de la France de la zone euro. Pour la chef nationaliste, la monnaie unique est la principale cause des problèmes économiques du pays.

  • L’euro

Toutefois, malgré ses envolées lyriques, elle reste prudente. Elle dit vouloir « organiser » la fin de l’union monétaire en la négociant avec les autres États. Elle est persuadée que les autres pays suivront la France, puisque, de toute façon, l’euro est mort. En récupérant les compétences monétaires, Marine Le Pen est certaine de pouvoir remettre la France sur le chemin de la croissance même si son programme ne prend pas la peine de chiffrer le coût du retour au franc. Selon elle, cela « ne provoquera aucunement le cataclysme décrit par les idéologues et autres fanatiques de la monnaie unique».

L’institut Montaigne, qui chiffre les programmes de l’ensemble des candidats, refuse d’évaluer financièrement cette hypothèse. Quant au think tank Terra Nova, il parle de 50 milliards d’euros dès 2013 et de la perte de 5 points de PIB en 18 mois.

Et si les autres États européens ne suivent pas Marine Le Pen dans sa démarche ? Là encore rien n’est précisé. La solution la plus logique serait une sortie unilatérale de la France de l’UE, ce qui pourrait encore renchérir la facture.

  • Les institutions

L’arrivée au pouvoir du Front national n’aurait pas comme unique conséquence le retour au franc. Dans son combat contre l’Union européenne, Marine Le Pen propose d’aller beaucoup plus loin et de façonner une Europe à son image. C’est-à-dire une Europe où les pays collaboreraient entre eux quand ils estiment que leurs intérêts convergent. Des projets industriels comme Ariane ou Airbus sont souvent cités en exemple.

Pour détricoter l’actuelle Union européenne, là encore, la France devra renégocier et persuader ses 26 partenaires que l’Europe proposée par le FN est meilleure et qu’il faut faire table rase des soixante années de compromis.

Sur le plan institutionnel, l’ennemi principal du Front est la Commission, qui représente un embryon de gouvernement central, disposant du droit d’initiative législatif. Aux yeux du Marine Le Pen, l’exécutif européen n’est qu’organe "non élu qui procure aux technocrates des pouvoirs considérables".

La prétendante à l’Élysée souhaite voir s’effacer la Commission au profit du Conseil des ministres ou des chefs d’État et de gouvernement. Les 30 000 fonctionnaires européens ne conserveraient qu’un rôle d’expertise. Cette nouvelle Europe ressemblerait dans les faits à d’autres communautés comme le Mercosur (Amérique du Sud) par exemple. 

Le FN souhaite également que la loi française redevienne supérieure aux normes européennes. Selon le parti, "80 % au moins des lois et règlements nationaux d’importance ne sont que la transposition de ses normes et directives". Mais ces chiffres sont plus que contestables comme le montrait EURACTIV.fr dans une enquête en 2009.

"La France se tiendra à sa doctrine en cas d’échec des négociations", indique encore le programme de Marine Le Pen pour 2012, ce qui laisse entendre que si elle n’obtient pas satisfaction, elle désobéira. Des sanctions pourraient alors être prises contre l’Hexagone pour non respect de ses engagements vis-à-vis de l’UE.

La France pourrait toujours quitter l’UE, comme le permet le Traité de Lisbonne. « L’article 50 est l’arme finale, explique Ludovic De Danne, il ne sera utilisé que si les autres pays ne respectent pas le choix des Français ».

Reste la logique du rapport de force. « Si nous partons, l’UE c’est fini», estime le conseiller politique. Mais l’utilisation de ce genre de méthode ne permet en rien de garantir le résultat. Les partenaires de la France pourraient bien refuser de travailler avec elle dans une Union qui fonctionne au consensus.  

  • Fin des politiques communes

Conséquence directe d’une renégociation des traités ou d’une sortie de la France de l’UE, les politiques communes disparaitront.

Marine Le Pen souhaite créer un « ministère des Souverainetés » qui veille au retour des politiques dans les mains du gouvernement français. Ludovic De Danne concède que « certaines compétences pourraient être partagées mais pas dans une structure de soumission à Bruxelles comme c’est le cas actuellement ».

La politique agricole commune (PAC) ne serait plus qu’un lointain souvenir. Les agriculteurs français, qui touchent 20% des 50 milliards d’euros annuels de la PAC, devront se tourner vers Paris.

En compensation, le FN propose la création de la « politique agricole française (…) financée par la réduction de la contribution globale au budget européen ».

Une sortie pure et simple de l’UE permettrait d’économiser sept milliards d’euros, correspondant à la différence entre la contribution (19 milliards) et les retours (12 milliards). Si le retrait n’est pas complet, il serait moindre.

Mais dans l’optique d’une fermeture des frontières et du rétablissement des barrières commerciales, l’agriculture française, qui exporte, serait lourdement pénalisée. 

  • Retour des frontières

Le FN préconise également la fin de la libre circulation des biens, le retour des frontières et des droits douanes, sans pour autant en indiquer les conséquences notamment pour l’économie. Si l’hypothétique gouvernement de Marine Le Pen s’arrogeait le droit de taxer de 3% les produits importés, rien n’empêcherait les autres d’en faire autant avec les marchandises produites en France et exportées. Ce projet va aussi à l’encontre des règles de l’Organisation mondiale du commerce. La politique extérieure du FN isolera la France dans les institutions internationales.

Le programme du Front national prévoit aussi de réinstaller le contrôle aux frontières pour les personnes. La liberté de circulation (et l’espace Schengen), l’une des quatre libertés fondamentales de l’UE, n’existerait donc plus pour les Français.

  • La préférence nationale

Avec des slogans comme "consommer français", "acheter français" ou "les Français d’abord", la candidate frontiste, tout comme son père, a fait de la préférence nationale l’un des piliers de son programme. Cela sous-entend que les citoyens d’autres pays européens ne seraient plus traités sur un pied d’égalité avec les Français dans l’accès aux emplois, aux logements ou aux aides sociales.

Là encore, cette proposition va à l’encontre du droit européen et du principe de non discrimination au sein de l’UE, aussi bien pour les produits que pour les personnes. 

Jouer sur les peurs

Résolument anti-européen, le programme de Marine Le Pen pourrait être un handicap dans un pays qui soutient encore majoritairement l’euro et la construction européenne. Selon un sondage de décembre 2011, seulement un tiers des Français se déclarent favorable au retour du franc. 

Pour Magali Bélant, "son opposition à la monnaie unique peut la bloquer dans sa progression électorale, sauf bien sûr, si l’avenir lui donne raison. Mais ses propos sur l’UE, en tant que telle - technocratique, éloignée des peuples, qui ne protège pas et qui favorise la perte d’identité - parlent directement aux gens. Elle joue avec les peurs existantes. Dans ce sens, son discours est porteur en ces temps de crise". 

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