6 tendances à retenir des élections européennes

[EPA/LAWRENCE LOOI]

Les rapports de force ont évolué depuis novembre 2018 : les gilets jaunes n’ont pas fait bouger le parti de Macron d’un iota, mais les Verts et le RN se sont renforcés . Un article de notre partenaire, PollsPosition.

Les premières manifestations de « gilets jaunes » a eu lieu mi-novembre. Depuis cette date, les intentions de vote ont évolué au gré de la grogne sociale, dégageant six grandes tendances.*

  1. LREM n’a rien perdu suite aux « gilets jaunes »

Début novembre – juste avant les premières manifestations – LREM avait, selon notre modèle et les données disponibles, 5 chances sur 6 d’obtenir entre 19 % et 24 % des voix. Fin mars, le parti présidentiel avait la même probabilité d’obtenir entre 20 % et 25 % des voix. Il a donc légèrement gagné depuis le début des « gilets jaunes ».

Deux nuances cependant. D’une part, LREM a perdu 2 points au plus fort des mobilisations – mi-novembre à mi-janvier – et n’a retrouvé son niveau pré « gilets jaunes » que mi-février. Des dizaines de variables peuvent être avancées pour expliquer ce rebond – le début du Grand Débat mi-janvier, l’apparition de violences dans les manifestations, une lassitude envers un mouvement qui dure, des revendications émergeant difficilement – sans être sûr pour autant qu’elles l’expliquent (corrélation n’est pas causalité).

Et d’autre part, LREM n’est clairement pas aussi favori qu’au début de l’été 2018, où il avait 5 chances sur 6 d’obtenir entre 23 % et 28,5 %. Il a donc perdu environ 3 points de soutien en 9 mois. De quoi le faire passer de grand favori à très léger favori – 5 chances sur 9 (55 %) de finir premier.

Et ce n’est pas fini : il reste un mois et demi avant le scrutin, et les arbitrages du Grand Débat vont forcément faire des déçus. La volatilité des scénarios est donc forte pour la majorité présidentielle : d’une progression continue grâce à une sortie de Grand Débat maîtrisée, à un renouvellement des manifestations à cause d’un trop grand nombre de mécontents.

  1. La popularité de Macron est un bon prédicteur des intentions de vote LREM

Un bon indicateur avancé des performances de la majorité sera la popularité du président. Cela semble assez évident, mais c’est finalement peu souligné dans la plupart des analyses. A 0,93, la corrélation est quasi-parfaite : plus une corrélation s’approche de 1, plus les deux variables étudiées évoluent dans le même sens ; plus elle s’approche de 0, moins elles sont reliées. C’est frappant sur le graphique de gauche : les deux séries évoluent vraiment dans le même sens.

Ainsi, quand la popularité du président diminue, il y a de fortes chances de voir les intentions pour LREM diminuer – et inversement. Notez que cette corrélation ne nous dit rien sur la cause : peut-être la popularité cause-t-elle les intentions ? Peut-être est-ce l’inverse ? Peut-être qu’une troisième variable, non observée, cause ces deux-là ?

Mais même en ignorant les causes, il y a deux problèmes à fonder une prédiction sur cette corrélation. D’une part, les chiffres de popularité sont principalement publiés en fin de mois, donc, le jour de l’élection vous risquez de ne pas avoir toutes les données disponibles. Et surtout, il y a une corrélation entre les partis en lice : ce que certains perdent, d’autres le gagnent. Donc, ne prévoir que LREM ne nous apporte pas grand-chose pour l’ensemble de l’élection.

  1. RN et EELV sortent renforcés

RN et EELV sont les deux seuls gagnants de la séquence que nous examinons. Début novembre, le parti écologiste était au coude-à-coude avec le PS et DLF, avec 5 chances sur 6 d’obtenir 3,5 % à 8,5 % des voix. 5 mois plus tard, son intervalle est entre 6 % et 11 % des voix, et il devance légèrement LFI, avec 4 chances sur 9 (45 %) de finir devant le parti de JL. Mélenchon.

Le parti d’extrême-droite a connu une progression de même magnitude sur la période, passant de 5 chances sur 6 d’obtenir de 16 % à 22 % à 5 chances sur 6 d’avoir entre 19 % et 24 %. Le RN est pour l’instant quasi-assuré de finir devant LR (alors qu’ils étaient au coude-à-coude en septembre), et a même 3 chances sur 10 de finir devant LREM – donc premier.

  1. LFI et DLF sont les deux perdants de la période

La France Insoumise et Debout la France sont les deux seuls à avoir perdu sur la période. LFI a vu sa part diminuer continuellement, de 10 %-15 % à 5 %-10 %. Une baisse substantielle, que le parti d’extrême-gauche tente d’expliquer par un biais supposé des sondages. Pourquoi pas.

Mais, pour rappel, sur des dizaines d’élections, nous n’avons pu trouver autre chose qu’un biais pro FN. Et il y a nombre d’autres explications potentielles, qui ont le mérite d’être beaucoup plus parcimonieuses – ne serait-ce que le fait que JL. Mélenchon ait connu une forte chute de popularité après son emportement lors de la perquisition des bureaux de LFI en octobre 2018 – chute dont il ne s’est pas encore remis. Si la corrélation entre popularité du leader et intentions pour le parti est aussi forte que pour LREM, la baisse lente mais continue de LFI n’est donc pas très étonnante.

La trajectoire de Debout La France diffère de celle de LFI, puisque le parti de N. Dupont-Aignan était légèrement en hausse jusqu’en février ; c’est le mois de mars qui lui a fait très mal, comme le montre bien l’évolution du nombre de sièges :

Avec un nombre médian de sièges à 5 sur toute la période, il est passé à 0 siège médian en à peine un mois. Cela veut dire que la distribution des scénarios est centrée à 0, donc que le parti a au moins 1 chance sur 2 de n’obtenir aucun siège – en l’occurrence 55 % de chances. Le passage controversé de N. Dupont Aignant dans « C à vous » début mars a visiblement déplu à une partie de son électorat potentiel.

  1. PS et LR sont en convalescence, mais l’un d’eux a une vie agitée

Enfin, les deux anciens grands partis ont connu la même évolution. Le PS reste bloqué au même niveau – 5 chances sur 6 d’obtenir entre 3,5 % et 8,5 % – et rien ne semble en mesure de changer ce paisible cours. Plus inquiétant, avec les données actuelles, le modèle estime qu’il y a près de 4 chances sur 10 que le PS n’obtienne aucun siège le 26 mai – il en avait eu 13 en 2014.

La campagne est plus agitée chez LR, dont le soutien médian a baissé jusqu’à 13 %, pour remonter à 16 % fin mars – soit son niveau de début novembre. Le parti a connu une hausse de près de 2 points en mars. Reste à savoir si le vote LR correspond plus à une adhésion à la tête de liste ou à une solution par défaut au gré des déboires médiatiques des autres partis. Dans le second cas, la volatilité observée restera, et la hausse de mars pourra être renversée en avril. L’ascenseur émotionnel n’est peut-être pas fini pour LR.

  1. Contrairement à 2017, RN et LREM sont les deux seules forces

Cet article commence à être long, et je vous sens impatient, donc concluons en remarquant que RN et LREM ont un score dans les mêmes eaux que leur score du premier tour de la présidentielle. E.Macron et M. Le Pen semblent donc avoir maintenu leur socle d’électeurs sur les deux dernières années.

A l’inverse, les deux autres forces de la présidentielle ont du mal à se positionner dans le nouveau paysage politique : LR est encore à environ 4 points de son score de 2017, tandis que LFI est à 11 points.

Voici donc un étrange paradoxe : LREM et RN n’ont pas augmenté, LR et LFI ont baissé, mais personne n’en profite – pour l’instant.

 

 

 

 

*Nous utilisons ici les mêmes intervalles de prédiction que sur la page des prévisions – des intervalles à 83 % (5 chances sur 6). La raison est double : 1/ montrer que les 95 % que vous avez l’habitude de voir ne sont autre qu’une convention. Vous êtes libre d’utiliser la borne de votre choix – les deux derniers chiffres de votre année de naissance, un nombre premier parce que vous êtes un nerd, etc. 2/ Cet intervalle est facile à interpréter : 5 chances sur 6, c’est la probabilité d’obtenir n’importe quel chiffre sauf le 6 quand vous lancez un dé classique par exemple.

Pour une présentation détaillée du fonctionnement de notre modèle, nous vous renvoyons à cet article.

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