À Athènes, les avis sont divisés sur le « Grexit »

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« L’appartenance à la zone euro est irrévocable » a rappelé la Commission européenne lundi 5 janvier, après un article allemand selon lequel Berlin envisageait les conséquences d’une sortie de l’euro de la Grèce. Une idée qui fait polémique en Grèce , rapporte EURACTIV Grèce.

Selon un article du Spiegel paru ce week-end, Berlin considèrerait la sortie de la monnaie unique pour la Grèce – « le Grexit, de l’anglais exit» – inévitable si le parti de gauche Syriza, favori de tous les derniers sondages, remporte les élections du 25 janvier.

Annika Breidthardt, porte-parole de la Commission européenne, a cependant affirmé ce lundi 5 janvier que « l’appartenance à la zone euro est irrévocable », selon les traités européens.

EURACTIV Grèce s’est entretenu avec des personnalités politiques grecques. Leurs avis divergent nettement sur une éventuelle sortie de leur pays, très endetté, de la zone euro.

>> Lire : Le parti Syriza au coeur du jeu politique à la veille des élections en Grèce

Nouvelle démocratie : le timing de la mise en garde du Spiegel est parfait

Selon Maria Spyraki, eurodéputée et attachée de presse du parti de centre-droit, le journal allemand ne fait que décrire la déplaisante réalité. « Plus de 75 % de la dette grecque a été prêté par les organes de crédit publics européens, ce qui signifie que ce montant revient au final aux contribuables européens », a-t-elle expliqué, ajoutant que le marché obligataire grec est plutôt limité, même après les émissions d’obligations supplémentaires d’avril et juin 2014.

Selon elle, les observateurs ne s’accordent que sur une chose : « si la Grèce devient un « État failli », le peuple grec devra faire face à une situation extrêmement difficile ». Maria Spyraki a également souligné que les choix du prochain gouvernement grec aurait peu de conséquences sur le bloc européen, même si les Grecs décidaient de ne pas tenir les engagements du pays, d’arrêter le service de sa dette et donc d’affronter  une crise de liquidité, ou même de sortir de la zone euro. « La plupart des analystes estiment que les banques systémiques ne seraient que très peu touchées », assure-t-elle.

 Syriza : l’article du Spiegel est absurde

Giorgos Katrougkalos, membre éminent du parti de gauche et eurodéputé, explique quant à lui qu’il n’existe aucune disposition légale [dans les traités européens] concernant une sortie de l’euro, et que son parti n’a aucune intention d’abandonner la zone euro.

>> Lire : Le parti grec Syriza rejette l’idée d’une sortie de la zone euro

« Il est clair que ces rumeurs ont pour objectif de terroriser l’électorat grec […] tout chantage dirigé contre la Grèce déstabiliserait la zone euro dans son ensemble et ne sera donc pas tenté », estime-t-il.

Le mois dernier, à Strasbourg, le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, a avait déclaré à EURACTIV Grèce que l’exécutif européen « respectera le principe de démocratie et est prêt à coopérer avec n’importe quel gouvernement élu en Grèce », suite aux vives réactions suscitées par les ingérences de Jean-Claude Juncker dans les élections présidentielles du pays.

Miltiadis Kyrkos, eurodéputé appartenant au nouveau groupe parlementaire Potami (affilié aux S&D), s'est adressé à EURACTIV Grèce.

« Il parait evident que les élections grecques amèneront une autre équipe athénienne autour de la table des négociations. On peut affirmer cela même sans prédire qui constituera cette nouvelle équipe, puisque même Nouvelle démocratie parle à présent de renégocier les conditions. Je pense donc que l'article du Spiegel bénéficie à un des camps de ces élections, celui estime que les Grecs ne doivent pas demander davantage. […] Les sociaux-démocrates allemands ont déjà réagi [à l’article du Spiegel]. La Grèce doit rester dans la zone euro et les chrétiens démocrates commettent une grave erreur en envisageant le contraire. »

Guy Verhofstadt, chef de file de l'ALDE, s’est fermement opposé à l'idée même que la Grèce puisse sortir de la zone euro : « L'idée que la Grèce puisse sortir de la zone euro est une aberration pour trois raisons. Premièrement, les sondages montrent que 74 % des Grecs ne veulent pas sortir de la zone euro. Deuxièmement, les traités n'autorisent pas le pays à quitter l'euro tout en restant dans l'UE. Enfin, la réintroduction de la drachme coûterait des milliards d'euros aux contribuables européens. Les études montrent que cela coûterait 80 milliards d'euros rien qu’à l'Allemagne [...] Ne créons pas de prophétie auto-réalisatrice. Plutôt que de parler d'un possible « Grexit », nous devrions nous concentrer sur la résolution du problème de l'investissement auquel font face certains pays, dont la Grèce. » 

Antonis Samaras, le premier ministre grec, a avancé de deux mois les élections présidentielles afin de dépasser l'incertitude politique qui règne. À présent, le pays pourrait cependant se trouver face à des élections parlementaires.

Le ministre des finances, Gikas Hardouvelis, a récemment déclaré que le pays rencontrerait d'importantes difficultés économiques à partir de février si le parlement ne parvenait pas à élire un président dans les jours qui viennent. Suite à cette déclaration, le parti d'opposition de gauche, Syriza, a accusé le gouvernement de faire du chantage pour gagner des électeurs.

Si les élections anticipées n'aboutissent pas à la création d'un nouveau gouvernement capable de produire un rapport sur le plan de sauvetage. Ce rapport débloquerait une aide de sept milliards d'euros, rappelle Gikas Hardouvelis, sans elle, la Grèce serait confrontée à des problèmes de financement.

Le pays doit rembourser environ 2,8 milliards d'euros de prêts au FMI d'ici la fin du mois de mars. Sa prochaine échéance financière est prévue pour les mois de juillet et d'août, quand Athènes devra rembourser plus de 5 milliards d'euros de dette supplémentaires.

Par ailleurs, la Commission européenne a annoncé son soutien à l’un des candidats, Stavros Dimas, ancien commissaire européen à l’environnement, suscitant une polémique.

>> Lire : La Commission soutient le candidat de droite à la présidentielle grecque

  • 25 janvier : Élections parlementaires en Grèce

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