À Bruxelles, Hamon défend son projet européen

À Bruxelles, Benoît Hamon prône plus de démocratie et moins d'austérité. [Benoît Hamon/Flickr]

Le candidat socialiste a pris son bâton de pèlerin pour tenter de rallier la Commission à son programme sur l’Europe, pour l’instant dubitative sur son projet de démocratisation de la zone euro.

À peine sorti du débat présidentiel sur TF1, le candidat socialiste s’est rendu à Bruxelles, où il a rencontré les eurodéputés socialistes et leur chef de file, Gianni Pittella, ainsi que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission et Pierre Moscovici, commissaire français aux affaires économiques.

Du côté des sociaux-démocrates, le soutien a été au rendez-vous. Gianni Pittella a ainsi vanté un programme « progressiste », incluant le développement durable, la lutte contre le réchauffement climatique, la justice fiscale et l’Europe sociale, thèmes chers à ses yeux.

« Nous voulons une Europe qui protège les citoyens et qui tourne le dos à l’austérité aveugle.[…] Nous sommes sur la même longueur d’onde », a assuré le président du S&D.

L’accueil a cependant été un rien moins cordial à la Commission, où les idées de démocratisation de la zone euro ne séduisent pas tout le monde.

Mélenchon et Hamon à un traité d'écart

Généralement présentés comme opposés sur l’Europe, les conseillers économiques de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon ont pourtant les mêmes objectifs pour l’Europe, mais des visions différentes pour les atteindre.

Une assemblée démocratique, très peu pour Juncker

En effet, la proposition phare du socialiste est la création d’une assemblée parlementaire établie grâce à un traité démocratique de la zone euro n’a pas la faveur de Bruxelles. Cette assemblée parlementaire pourrait remplacer l’Eurogroupe, composé des ministres des Finances européens.

Piketty et Hamon veulent démocratiser l’Europe via la zone euro

Thomas Piketty soutient toujours l’idée d’une assemblée de la zone euro. L’économiste français, membre de l’équipe de campagne de Benoît Hamon, souhaite installer ainsi un « mécanisme de prise de décision démocratique » au sein de l’Union européenne, annonce-t-il dimanche 12 février sur France Inter.  Un article de notre partenaire, Ouest France.

« Je souhaite que toutes les politiques de convergence et de conditionnalité sur le plan fiscal, social, budgétaire, soient traitées dans le cadre d’une assemblée démocratique. Sans cela, les efforts qui sont demandés aux pays européens ne seront pas compris par les peuples », a assuré le candidat, à l’issue de sa rencontre avec le président de la Commission.

Benoît Hamon admet que cette proposition n’est pas vue d’un bon œil à la Commission. « C’est une proposition que je fais aux chefs d’États et de gouvernement et qui me semble absolument indispensable », a-t-il martelé, insistant sur le fait qu’une « réponse à une forme de dislocation de l’Europe passe par un projet européen renouvelé et non en prenant acte du fait que l’Europe se disloque » et en continuant comme si de rien n’était.

Après Jean-Claude Juncker, le candidat s’est également entretenu avec le commissaire français, Pierre Moscovici, responsable des affaires économiques, de la réalité de la zone euro. Le commissaire a salué « l’intuition » de Benoît Hamon, qui a compris qu’il fallait d’abord se concentrer sur la zone euro, puis la démocratiser.

C’est également ce que souligne Thomas Piketty, chargé du programme économique du socialiste, lors de son intervention au meeting : être européen, réellement européen, ce n’est pas spécialement accepter le statu quo, mais encourager son évolution, proposer des améliorations. Benoît Hamon l’a d’ailleurs souligné à plusieurs reprises, sa proposition n’est pas parfaite, elle est discutable, amendable, c’est une invitation à la coopération.

L'Europe reste accessoire dans le débat présidentiel

Hamon, Mélenchon, Fillon, Macron et Le Pen ont déroulé leur programme durant 3 heures lors d’un débat télévisé. L’Europe et les questions internationales ont à peine été abordées durant le dernier quart d’heure.

Pour faire avancer sa proposition, Benoît Hamon espère rallier l’Allemagne. Cette « grande république parlementaire » ne peut pas, selon lui, refuser une initiative allant dans le sens d’une amélioration de la démocratie, et qui n’a aucun intérêt à ce que l’UE « reste dans ce statu quo austéritaire qui va nous fabriquer de l’extrême droite et des Le Pen partout ».

« L’Allemagne a tout intérêt à ce que les choix politiques qu’elle défend soient portés par des majorités politiques démocratiques […] Ce n’est plus sur la Troïka que peut reposer la légitimité des décisions prises dans la zone euro quand elles font supporter des efforts  considérables au peuple », estime-t-il.

Plus d’affinités sur la défense

Benoît Hamon a également abordé avec le président de la Commission la question de l’exemption des dépenses liées à la défense des calculs du déficit public. Le candidat propose que les dépenses liées aux interventions sur des théâtres extérieurs et à la lutte contre la constitution de sanctuaires terroristes en Afrique ne soient ainsi pas comptabilisées.

Un principe que les deux hommes auraient même envisagé d’élargir aux dépenses d’aide développement.

Hamon veut sortir l'Europe du "blabla" avec un "arc politique européen"

Benoit Hamon fait peu de cas des institutions européennes, et associe l’Europe à plusieurs vitesses à du blabla. Il réclame en revanche un new deal de 1000 milliards d’euros pour la transition écologique porté par un « arc politique européen ».

 

Un meeting réussi

Après une journée de réunions politiques, le candidat socialiste a été bien reçu par le public de son meeting bruxellois, qui a rassemblé environ 3 000 personnes.

Pour soutenir le candidat, en plus de Thomas Piketty et de Yannick Jadot, une série de représentants des socialistes et écologistes belges, ainsi que des eurodéputés Verts et S&D se sont succédés sur scène, dont Karima Delli et José Bové.  Une foule convaincue du programme du candidat, comme le confirme l’ancien Premier ministre socialiste belge Elio Di Rupo, qui conclut son intervention ainsi : « Franchement, chapeau ! »

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