À Bruxelles, l’avenir de Margrethe Vestager s’obscurcit

Magrethe Vestager a mené la vie dure au GAFA pendant son mandat. [Parlement européen]

Quatre ans de lutte contre le monopole des GAFA ont fait de Margarethe Vestager une politique reconnue. Faute de soutien de Copenhague pour un second mandat, la commissaire à la concurrence devrait quitter Bruxelles après les élections.

Margrethe Vestager ne fera sans doute pas partie du prochain exécutif européen. La populaire commissaire à la concurrence danoise, qui s’est fait un nom au sein de la Commission Juncker pour son action musclée contre les GAFA et l’évasion fiscale, n’a pas obtenu le soutien du gouvernement de son pays pour revenir à Bruxelles après les élections européennes de mai 2018.

« Le gouvernement de mon pays ne semble pas très enthousiaste à l’idée de me confier un second mandat à Bruxelles », a-t-elle reconnu lors d’une conférence de presse à la représentation de la Commission européenne à Paris le 3 octobre.

Le parti politique de Margrethe Vestager, le Parti social-libéral danois, est aujourd’hui dans l’opposition. « Et la tradition veut que ce soit le parti au pouvoir qui choisisse le candidat à la Commission » a-t-elle rappelé. Une situation qui rend plus qu’incertaine un retour à Bruxelles de la Danoise à l’issue des élections européennes qui doivent se tenir en mai 2018.

Vestager : « Je voudrais rester commissaire à la concurrence »

Certains la verraient bien Présidente de la Commission. Mais la commissaire à la concurrence européenne Margrethe Vestager souhaite continuer son poste. Et se concentrer notamment sur les GAFA.

 

Lors de ses quatre ans à Bruxelles en tant que commissaire à la concurrence, la Danoise est partie à l’assaut du monopole des géants du numérique américains tels que Google, Amazon ou Apple. Fin juin 2017, elle a infligé à Google sa première amende en Europe pour abus de position dominante, sanctionnant son service d’achats en ligne par une amende de 2,42 milliards d’euros.

En juillet 2018, une nouvelle amende record de  4,34 milliards d’euros sanctionnait le système le système d’exploitation gratuit développé par Google, Android, dont le quasi-monopole a verrouillé la concurrence des moteurs de recherche et des navigateurs dans le secteur de l’Internet mobile.

Et les enquêtes de Bruxelles ne vont pas s’arrêter, puisque Margrethe Vestager a affirmé que ses services enquêtaient aujourd’hui sur les restrictions imposées par Google sur des sites Web tiers pour afficher des publicités de ses concurrents (l’affaire AdSense)

Bruxelles ne lâchera pas Google

La Commission européenne a infligé une nouvelle amende record de 4,34 milliards d’euros à Google pour abus de position dominante. Et ne compte pas s’arrêter là.

Amazon et Apple ont de leur côté été sanctionnés par la Danoise sur le front fiscal. Ainsi, Apple a été sommé de restituer 13 milliards d’euros de taxe à l’Irlande, tandis qu’Amazon a été mis en demeure de  rembourser 250 millions d’euros d’arriérés d’impôt au Luxembourg.

Malgré les actions sans précédent de la commissaire, le marché du numérique en Europe demeure fortement verrouillé par les GAFA. « Les parts de marché sont plus ou moins les mêmes aujourd’hui qu’il y a quatre ans », reconnait Margrethe Vestager. « Mais je pense que l’écosystème entrepreneurial européen est plus dynamique qu’il y a une dizaine d’années.»

« Nous sommes toujours sur la voie de l’ouverture du marché numérique, mais nous n’y sommes pas encore » a-t-elle reconnu.

Spitzenkandidaten

Pressentie par certains comme une candidate potentielle à la présidence de la Commission sous la houlette du Président Emmanuel Macron, Margrethe Vestager a confirmé que son parti  était bien en contact avec La République En Marche. « Mais je ne le suis pas personnellement » a-t-elle nuancé.

Pour l’heure, LREM n’a pas encore révélé le nom du candidat  tête de liste qu’il soutiendrait pour les élections européennes, et entretient aussi le flou sur sa future affiliation politique européenne. Si la proximité avec les libéraux de l’ALDE – parti européen auquel appartient aussi Margrethe Vestager – semble une évidence, l’alliance officielle dans le cadre des élections européenne est loin d’être faite.

LREM se prépare au duel contre Marine Le Pen pour les européennes

Alors qu’un sondage donne les deux partis au coude-à-coude lors des élections européennes de mai 2019, La République En Marche prépare sa campagne sans dévoiler ses potentiels alliés.

À quelques mois des élections européennes, les candidats déclarés à la présidence de la Commission ne se bousculent pas. Pour l’heure, seuls l’Allemand Manfred Weber, actuel chef de file du groupe PPE au Parlement européen, et l’ancien premier ministre finlandais  Alexander Stubb se sont officiellement déclarés candidats pour le parti de centre droit européen (PPE), qui a remporté les dernières élections en 2014.

Le manque d’engouement pour la course à la présidence de la Commission européenne s’explique en partie par l’affaiblissement du système de « Spitzenkandidaten » ou de « tête de liste ». Nouveauté des élections européennes de 20414, le système de désignation imposé par le Parlement européen aux chefs d’États et de gouvernement des vingt-sept semble aujourd’hui avoir peu de soutiens.

« Ce qui me dérange avec le système de Spitzenkandidaten, c’est l’automaticité qu’il impose dans le processus de nomination » a d’ailleurs pointé du doigt Margrethe Vestager. « Je crois que le plus important pour ces élections c’est de savoir ce que nous voulons pour les 5 années à venir pour l’Europe », a-t-elle poursuivi.

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L’ex Premier ministre finlandais, Alexander Stubb veut défendre les valeurs européennes au sein de la droite. Une position qui risque de scinder un peu plus le Parti populaire européen.

 

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