A Paris, Merkel et Macron affichent leur concorde

Angela Merkel et Emmanuel Macron

La venue d’Angela Merkel à Paris à 48 heures d’un vote crucial pour la coalition allemande témoigne de la proximité des deux pays. Mais le sujet européen peut difficilement avancer sans un gouvernement allemand, qui se formera au plus tôt à Pâques

Inscrite dans une perspective historique pour les 55 ans du traité de l’Elysée, la rencontre entre Angela Merkel et Emmanuel Macron ne fera pas date dans l’histoire de l’UE. Elle intervient d’ailleurs à une date étrange : 3 jours avant la date anniversaire réelle, et 48 heures avant un scrutin majeur pour la politique allemande, qui paralyse tout mouvement de la chancelière. Mais sa tenue montre aussi que la relation franco-allemande est cruciale, pour les deux pays-et continue d’avancer.

Le renforcement de l'axe franco-allemand avance tambour battant

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« Il faut être au clair sur les objectifs que nous poursuivons plutôt que sur les instruments que nous n’avons pas encore (…). Si l’on est d’accord sur les finalités, on arrivera à s’entendre », a assuré Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse commune vendredi soir, en répétant qu’il souhaitait « plus d’intégration économique » mais qu’il « était trop tôt pour savoir s’il y avait des divergences sur la magnitude de notre ambition commune ».

Ce à quoi la chancelière lui a répondu sur le thème de la concorde, tout en restant évasive.

« Le discours de la Sorbonne, je l’ai compris de la façon suivante : une Europe qui ait confiance en elle, et qui apporte confiance à ses citoyens. Il n’y a aucune différence sur ces ambitions ! » a assuré Angela Merkel, tout en indiquant que le document d’accord de coalition actuellement en discussion « laissait de la marge pour des discussions avec la France pour des solutions adéquates.»

L’accord de coalition suspendu aux sociaux-démocrates

Dimanche, les 600 délégués du parti de gauche SPD se réunissent en effet afin de décider si, oui ou non, ils donneront suit à l’accord de coalition établi avec la CDU. « La France connait les primaires, l’Allemagne les postaires » résume un diplomate.

4 mois après les élections législatives, cette rencontre est d’autant plus cruciale que la première tentative de coalition a échoué entre les Verts, le FDP et la droite. Et les sondages récents établissent clairement que les intentions de vote ont peu changé depuis septembre, rendant l’hypothèse de nouvelles élections peu probable. En cas de refus du SPD, dimanche, de participer une coalition, la chancelière serait sans doute contrainte de former un gouvernement minoritaire. « C’est le plus probable, mais ce gouvernement ne durerait sans doute pas très longtemps », reconnait ce diplomate européen.

Que la coalition progresse, ou non, l’Allemagne risque de ne pas être au rendez-vous des prochaines échéances européennes. Si les délégués s’accordent dimanche sur une coalition, l’accord devra encore être soumis au vote des 400.000 adhérents du parti de gauche, ce qui reporte l’hypothèse de la mise en place d’un nouveau gouvernement à… Pâques.

L’Europe, un argument de Martin Schulz qui convainc peu le SPD

« Les discussions exploratoires dessinent une ambition véritable sur le sujet européen », a sobrement déclaré Emmanuel Macron.

Mais les chefs d’Etat européens doivent se retrouver fin février pour évoquer la réforme de l’UE lors d’un Conseil européen à Bruxelles, et rendre une copie définitive sur le sujet en juin. Il y a donc urgence. Et c’est cet argument que Martin Schulz utilise afin de motiver des délégués peu motivés pour ratifier l’accord de coalition: ne pas bloquer l’Europe, et avancer au contraire vers plus d’intégration.

L’accord de coalition ne contient en effet pas les grands thèmes du SPD : ni la question du double système de sécurité sociale, ni celle de la hausse des impôts pour les plus riches ou de la justification des licenciements par les employeurs ne sont évoquées. En revanche, le document de 28 pages fait une belle place aux enjeux européens, et ouvre la porte à des discussions sur un certain nombre de sujets comme un budget d’investissement européen.

« Mais la préoccupation de l’Allemagne en ce moment, c’est la gestion des frontières et les migrations. Ces sujets avancent bien entre la France et l’Allemagne, ce sont les autres pays qui bloquent. Sur les sujets économiques, l’Allemagne ne considère pas comme une priorité la mise en place d’un budget de la zone euro ou un ministre des finances de la zone euro » reconnait le diplomate.

La discussion de part et d’autre du Rhin reste donc ouverte. Et promet d’être animée dès qu’un gouvernement sera mis en place en Allemagne.

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