Accord sur une grande coalition en Allemagne

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Conservateurs et sociaux-démocrates ont trouvé un accord dans la nuit de mardi à mercredi. Un gouvernement devrait être formé avant Noël.

Deux mois après la victoire écrasante d'Angela Merkel et un mois après le début des négociations, les deux grandes forces politiques allemandes (CDU et SPD) ont trouvé un accord de compromis, convenable pour les deux partis, vers 5 heures du matin .

« Les résultats sont bénéfiques pour notre pays et sont d’inspiration conservatrice », affirme Hermann Groehe, le secrétaire général des démocrates chrétiens (CDU). « Pas d'impôts et de dettes supplémentaires. »

Martin Schulz, président du Parlement européen et négociateur averti du SPD a décrit cet accord d'« excellent résultat » pour son parti. La participation des sociaux-démocrates à cette coalition dépend toutefois de l'approbation des 474 000 adhérents du parti.

Ce vote apporte une nouvelle incertitude dans le cadre d’un processus qui dure depuis des mois. Ce qui évite en même temps aux partenaires européens de l'Allemagne de faire pression en vue de poursuivre de grandes réformes comme l'union bancaire. « Continuité » sera probablement le mot d'ordre sous la chancelière populaire.

Les dirigeants de parti devraient présenter les détails de l'accord lors d'une conférence de presse le 27 novembre. Ils pourraient toutefois attendre l'allocation des portefeuilles ministériels. Loin du regard médiatique, Angela Merkel a quitté les quartiers généraux du SPD, lieu des négociations finales.

Salaire minimum

Des détails sur les compromis politiques révélés ces derniers jours indiquent toutefois qu'elle a su exploiter son écrasante victoire pour garantir la poursuite de sa politique pragmatique et conservatrice à la tête de la plus grande économie d'Europe.

La CDU et son parti frère bavarois (CSU) ont laminé le SPD, mais n'ont pas rassemblé assez de voix pour obtenir une majorité parlementaire. La chancelière était par conséquent contrainte de chercher un partenaire.

Elle a quand même fait des concessions sur le plan économique malgré les protestations dans le camp des entreprises : un salaire minimum de 8,50 euros par heure, des règles plus strictes pour les employeurs et une augmentation des retraites. Juste avant l'aube, les négociations se trouvaient encore dans l'impasse : comment financer ces réformes sans rompre avec la promesse de campagne d'Angela Merkel, à savoir ne pas augmenter ni les impôts ni la dette ?

Selon des sondages, la plupart de citoyens estime qu'Angela Merkel ne met pas en péril l’emploi, source de convoitise en Europe. Les Allemands lui accordent également leur confiance quant à la gestion de la crise de l'euro. Elle a, par exemple, exigé des réformes budgétaires dans des pays comme la Grèce en échange de plans de sauvetage.

Un accord dans les moindres détails

L'homme de confiance de la chancelière, Wolfgang Schäuble, devrait conserver son poste de ministre des Finances. Frank-Walter Steinmeier (SPD) pourrait redevenir ministre des Affaires étrangères. Il l'était déjà lors de la précédente grande coalition entre 2005 et 2009. Le président du SPD, Sigmar Gabriel, également présent dans ce gouvernement, pourrait être soit à la tête du ministère renforcé de l'Économie, soit chef de file de son parti au Bundestag.

La dernière grande coalition convenait bien à Angela Merkel. Mais les membres de l'aile gauche du SPD, déjà amers à la suite des réformes du marché de travail de Gerhard Schröder, ont quitté le parti en masse.

La portée de certaines de ces réformes est désormais réduite, mais le vote des adhérents au sein du SPD comporte toujours un risque : un « non » à la coalition serait synonyme de nouvelles élections et d'une coalition entre la CDU et les Verts.

Le SPD insiste pour qu'Angela Merkel attende le vote avant de désigner les membres de son gouvernement. Il veut éviter de donner l'impression à ses partisans que les propres ambitions de personnalités comme Sigmar Gabriel sont privilégiées au détriment des valeurs du parti.

Alors que les négociations se sont terminées à la date limite fixée par la chancelière, les dirigeants du SPD doivent dorénavant persuader leurs membres lors de 30 rassemblements qu'un salaire minimum est une victoire pour la classe ouvrière.

« Nous allons convaincre les adhérents », explique Frank-Walter Steinmeier à la presse.

Les résultats des votes devraient tomber le 14 décembre. Lors d'un congrès du SPD à Leipzig, des représentants du parti ont indiqué qu'ils ne prendraient une décision qu’après lecture du programme de coalition. Sa longueur (170 pages) montre l'attention caractéristique des Allemands accordée aux détails. Ce document aborde les questions allant des règles sur les activités bancaires aux projets à l'occasion du 250e anniversaire de Beethoven en 2020.

Si la majorité des membres du SPD fait abstraction de concessions importantes comme l'augmentation d'impôts pour les riches et donne son feu vert à la grande coalition, Angela Merkel pourrait prêter serment la semaine avant Noël. 

Les élections fédérales allemandes en septembre 2013 ont permis d'élire les 630 députés du 18e Bundestag, le Parlement allemand.

Les résultats de l'Union chrétienne-démocrate/Union chrétienne-sociale (CDU/CSU) de la chancelière allemande, Angela Merkel, sont les meilleurs depuis 1990. La coalition remporte 42 % des voix et près de 311 sièges.

Le SPD compte 192 sièges, Die Linke (La Gauche) 64 et les Verts 63.

Son partenaire de coalition, le Parti libéral-démocrate (FDP) n'a pas dépassé le seuil des 5 %. Pour la première fois dans l'histoire, le parti ne disposera d'aucun siège au Bundestag.

Angela Merkel devait donc se tourner vers le Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) pour une grande coalition, ou vers les Verts en vue de former un gouvernement majoritaire.

  • 15 déc. 2013 : les membres du SPD voteront sur l'accord de coalition

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