L’AfD veut supprimer le Parlement européen

[Filip Singer/ epa]

Les responsables de l’AfD ont adopté un manifeste appelant à série de changements pour l’UE, allant de l’abolition du Parlement européen à la sortie de l’Allemagne de la zone euro. Un article d’Euractiv Allemagne.

Lors du congrès du week-end du 12 et 13 janvier, environ 500 délégués du parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne) ont voté un manifeste pour les élections européennes ainsi que la liste de candidats, pendant que 1 300 opposants au parti manifestaient à l’extérieur.

À quelques mois des élections européennes, l’AfD espère attirer les électeurs du centre et se rapprocher d’un euroscepticisme modéré.

Dans son discours du dimanche 13 janvier au matin, le président de l’AfD, Alexander Gauland, s’est clairement opposé à la sortie de l’Allemagne de l’UE. Selon lui, l’Union est « un appareil corrompu, gonflé, non-démocratique et totalitaire de manière latente ». Il a toutefois ajouté qu’il ne pouvait pas y avoir de fuite, car abolir l’UE aurait des conséquences imprévisibles.

Alexander Gauland a apporté son soutien à son co-président, Jörg Meuthen, Spitzenkandidat du parti pour les élections européennes et actuellement seul eurodéputé de l’AfD au Parlement européen. Jörg Meuthen s’est quant à lui opposé la première proposition de l’AfD de réclamer la sortie de l’Allemagne de l’UE si celle-ci n’était pas radicalement réformée dans les cinq ans.

Selon le texte approuvé, l’AfD se limite à demander une réforme fondamentale de l’UE « dans un délai raisonnable ». Le manifeste ne contient pas de délai pour un « Dexit ».

Aux côtés des forces alliées, telles que le parti hongrois Fidesz, la Ligue italienne, le FPÖ autrichien et le PiS polonais, l’AfD veut œuvrer à diminuer l’influence de l’UE et à la réorganiser dans les années à venir, a souligné Alexander Gauland dans son discours.

« À Bruxelles et Strasbourg, nous pouvons être surs que notre position avance. Mais cela ne sera pas possible sur un seul mandat. Soyons réalistes », a déclaré Alexander Gauland. Les appels précipités à quitter l’UE conduiraient à une voie d’incertitude, a-t-il averti. Par conséquent, la période exacte pendant laquelle l’AfD envisage de réformer l’UE reste ouverte.

« Si, dans 10 ou 12 ans, nous constatons que l’UE continue dans cette direction, alors la question clé devra être posée », a récemment déclaré Jörg Meuthen dans une interview accordée à la station de radio publique Deutschlandfunk.

Cependant, les deux présidents de parti ont souligné qu’un « Dexit » n’était pas l’une des principales exigences de l’AfD. Au lieu de cela, l’Union devrait être ramenée à son « point de départ raisonnable », a déclaré Alexander Gaulaund dans son discours. Il a ajouté que les États ont des intérêts assez communs, mais que le centralisme, la surrèglementation et le système Schengen qui ne fonctionne pas devraient être abandonnés au profit d’une coopération entre moins d’États.

Selon la proposition de manifeste, le départ de l’Allemagne de l’UE serait considéré comme la dernière option, avec la nécessité d’établir une « nouvelle communauté économique européenne et une communauté d’intérêts ».

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Abolition du Parlement européen

Bien que le passage sur le « Dexit » ait été estompé, un appel radical à l’abolition du Parlement européen a prévalu parmi les délégués. Avoir un parlement fait partie d’un État et n’est donc pas approprié dans une confédération souveraine d’États, a expliqué récemment Jörg Meuthen. « Nous estimons donc que le décideur naturel de l’Union européenne est le Conseil et non le Parlement. »

Les Verts européens ont été les premiers à dénoncer cette demande. Il est contradictoire de critiquer l’UE comme étant antidémocratique d’une part, et de demander l’abolition de la seule institution de l’UE élue directement, d’autre part, a déclaré le porte-parole des Verts, Sven Giegold.

« Ce qui importe, ce n’est pas ‘quand’ l’AfD veut détruire l’UE. Ce qui compte, c’est le fait que l’AfD veuille détruire l’UE. Parce que ses conditions de réforme sont si substantielles qu’il ne resterait pratiquement plus rien de l’UE d’aujourd’hui. Nous ne laisserons pas l’Europe se briser ! », a publié le porte-parole sur Twitter.

D’autres points du manifeste électoral de l’AfD, pour lequel plus de 70 amendements ont été proposés, prévoient notamment le départ de l’Allemagne de la zone euro, l’abandon du pacte migratoire de l’ONU et de la politique européenne commune d’asile et de sécurité.

Les contrôles aux frontières nationales devraient être réintroduits de manière permanente et une politique d’expulsion ferme devrait être menée, soutient l’AfD.

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La proposition de manifeste s’oppose aux sanctions existantes à l’encontre de la Russie et défend l’abandon d’une politique étrangère européenne commune. L’AfD appelle également à un retour à la législation nationale en matière de protection de l’environnement et rejette par conséquent les lignes directrices de l’UE en matière d’émissions, de protection des consommateurs ou d’agriculture.

Les décisions relatives à la politique de l’UE, telles que les décisions sur l’union monétaire ou l’élargissement de l’UE, devraient être prises par référendum à l’avenir, réclame le parti.

Nouvelle alliance eurosceptique ?

Au vu des succès électoraux remportés par l’AfD lors des dernières élections fédérales allemandes et des dernières élections régionales, le parti peut s’attendre à une augmentation significative du nombre de ses députés au Parlement européen. Le parti est convaincu que les élections européennes marqueront un « tournant » pour tous les partis conservateurs de droite de l’UE.

« Nous nous attendons à ce que ces partis remportent un grand succès électoral », a déclaré Jörg Meuthen à Deutschlandfunk. Après l’élection, « une autre voix » dominera, « vers une Europe des nations qui travaille ensemble dans une coopération pacifique ».

En effet, les partis populistes de droite devraient connaître une croissance significative lors des élections européennes. Ils pourraient même dépasser le groupe social-démocrate S&D, qui est encore aujourd’hui la deuxième force du Parlement européen.

La composition d’un nouveau groupe parlementaire de partis populistes de droite à Bruxelles est encore incertaine.

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Le mouvement 5 étoiles lance un nouveau groupe politique au Parlement européen, ciblant les élections européennes. Le créneau est déjà fort encombré, entre le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe (EFDD), les conservateurs et réformistes européens (ECR) ou encore celui d’Europe des nations et des libertés (Rassemblement national)

En Autriche, le leader du FPÖ, Heinz-Christian Strache, plaide en faveur d’une alliance avec Marine Le Pen, les Démocrates de Suède, actuellement troisième force du pays, le Parti pour la liberté de Geert Wilder aux Pays-Bas et la Ligue d’extrême droite en Italie.

La Ligue du Nord s’attend également à réaliser des scores tangibles en mai 2018. Aux élections législatives de mars 2018, le parti de Matteo Salvini a obtenu 13 % des voix. Seul le Hongrois Viktor Orbán a refusé de rejoindre un groupe potentiel de droite au Parlement européen et a réaffirmé son affiliation au Parti populaire européen (PPE).

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