En Autriche, la coalition gouvernementale tire la droite vers l’extrême-droite

Manfred Weber a été invité au concert de Nouvel An de la chancellerie autrichienne. [David Hecker/EPA/EFE]

Candidat du PPE, Manfred Weber qui a passé le Nouvel an avec le chancelier autrichien, peut compter sur un soutien important de la droite et de l’extrême-droite. Un article de notre partenaire, Euractiv Allemagne.

Le Spitzenkandidat du PPE, Manfred Weber, était l’invité du chancelier autrichien, Sebastian Kurz, au traditionnel concert de Nouvel An. Il en a profité pour montrer la direction que prendra sa campagne.

Il s’est tout particulièrement adressé aux partis populistes et nationalistes, y compris aux partenaires de coalition de Sebastian Kurz, le Parti de la liberté (FPÖ), ce qui pourrait créer des frictions au sein du gouvernement.

Progression des populismes de droite

Le FPÖ a passé ces derniers jours à redéfinir son ADN, à nouveau en se concentrant sur la question des réfugiés. L’ONG Caritas en a fait les frais : elle est accusée de gérer une « industrie de l’asile ».

Les membres du parti réclament également une politique plus stricte vis-à-vis des jeunes en formation dont la demande d’asile a été rejetée et qui devraient être expulsés immédiatement, au lieu de recevoir le droit de rester à la fin de leur apprentissage.

Au niveau européen, le FPÖ est affilié au groupe Europe des nations et des libertés au Parlement européen (ENL), comme le Rassemblement national. Depuis quelques mois, ses membres s’attaquent régulièrement au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Récemment, son Spitzenkandidat pour les élections européennes, Harald Vilimsky, a par exemple estimé que le Luxembourgeois ne faisait que « gêner » l’UE.

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Embarrassé, le Parti populaire autrichien (ÖVP), partenaire de coalition du FPÖ, n’a pas réagi à cette sortie, préférant éviter un débat public, au grand dam de certains de ses membres.

De leur côté, les populistes de droite envisagent depuis des mois de créer un groupe plus grand au Parlement européen. Dans une déclaration commune, ceux-ci ont indiqué qu’ils ne voulaient « pas d’extrémistes, de radicaux, mais de ceux qui estiment que l’UE devrait changer et être réduite à ses [quelques] tâches fondamentales ». Ils espèrent ainsi réunir assez de membres pour détrôner le groupe socialiste (S&D), deuxième plus grand du Parlement européen.

Confrontation interne

Dans cet état d’esprit, le FPÖ a déjà choisi une cible au sein de l’ÖVP : Othmar Karas, chef de file des eurodéputés ÖVP au PPE. Othmar Karas est un Européen convaincu, qui ne rechigne pas à rappeler les bienfaits de l’Union quand son parti est tenté par la vague d’anti-européanisme populiste. Cela a notamment été le cas lors de l’ajustement des allocations familiales des travailleurs étrangers au coût de la vie dans le pays où les enfants résident, empêché par l’UE.

Karas est élu au Parlement européen depuis 1999 et considéré comme l’un des eurodéputés autrichiens les plus respectés et expérimentés. Il n’a cependant pas encore décidé s’il se représenterait au prochain scrutin.

Contrairement aux quatre autres partis autrichiens qui participeront ou aimeraient participer au prochain Parlement européen, l’ÖVP n’annoncera qui sont ses candidats qu’en janvier. À l’heure actuelle, une seule chose est certaine : Sebastian Kurz veut un vote préférentiel, qui permet de voter pour des candidats particuliers, et pas seulement pour des partis.

L’une des raisons derrière ce choix est que cela rend les élections plus attirantes et directes pour les électeurs. Aux dernières européennes, en 2014, seuls 45 % des Autrichiens avaient voté.

Le vote préférentiel a aussi permis à l’ÖVP de récolter le plus de voix en 2009 et 2014. Le parti est aussi considéré comme l’héritier d’Alois Mock, l’homme politique qui a œuvré à l’adhésion du pays à l’UE. Cela fait aujourd’hui 30 ans que l’Autriche a envoyé sa demande d’adhésion.

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Validation des partis

Les européennes de 2019 sont aussi importantes pour les partis autrichiens parce qu’elles pourraient leur permettre de marquer des points. La nouvelle présidente du SPÖ social-démocrate, Pamela Rendi-Wagner, espère ainsi remonter la pente grâce à son prédecesseur à cette fonction, Andreas Schieder.

Les Verts, qui ne sont pas représentés au parlement national depuis octobre 2017, espèrent pour leur part regagner quelques sièges au niveau européen grâce à l’ancien membre du Conseil national Werner Kogler. Même chose du côté du mouvement libéral NEOS, avec Claudia Ramon.

Ces élections pourraient aussi être déterminantes pour l’ÖVP, qui veut défendre sa position de tête et utiliser ce scrutin pour valider ses politiques, ainsi que pour garder son profil de parti « pro-européen ».

Les sujets mis sur le tapis favorisent l’ÖVP. Les priorités que le PPE veut établir sont en effet complètement alignées avec les idées du parti autrichien et avec les attentes de la majorité de la population.

À l’avenir, le PPE espère remplacer le principe d’unanimité avec le principe de majorité, dans l’intérêt d’une politique étrangère et de sécurité efficace. Le groupe est également favorable à l’introduction de taxes numérique et financière au niveau européen. La suppression des négociations d’adhésion de la Turquie est aussi au menu, une idée défendue par Sebastian Kurz et Manfred Weber, mais qui n’a pas encore le soutien de la majorité.

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