Sebastian Kurz, une voix conservatrice et proeuropéenne en Autriche

Sebastian Kurz [@EPA-EFE/CHRISTIAN BRUNA]

Avec Sebastian Kurz, l’UE voit arriver un partenaire pro-européen au gouvernement autrichien. Sa politique tentera de concilier valeurs conservatrices et volonté de réformer. Un article d’Euractiv Allemagne.

En Autriche, les négociations de coalition entre le ÖVP et le FPÖ tournent à plein régime. La formation du nouveau gouvernement devrait se conclure avant Noël et Sebastian Kurz, 32 ans, deviendra le plus jeune chef d’État d’Europe.

En 2011, il occupait le poste de secrétaire d’État à l’intégration au gouvernement. Depuis 2013, Sebastian Kurz est à la tête du ministère fédéral de l’Europe, de l’Intégration et des Affaires étrangères (BMEIA).

Outre son jeune âge et son air assuré, il a aussi fait la une des journaux en Europe pour sa position sur la migration. Et c’est ce qui lui a permis de faire du Parti populaire (ÖVP) le numéro 1 en Autriche. Désormais, nombreux sont ceux qui veulent savoir comment il se positionnera sur d’autres enjeux européens importants.

Le conservateur Sebastian Kurz remporte les législatives en Autriche

Le jeune leader conservateur Sebastian Kurz, 31 ans, a remporté ce dimanche, les élections législatives autrichiennes, signant un probable retour de la droite à la chancellerie, peut-être au prix d’une alliance avec l’extrême droite.

Engagement social-chrétien

Mis à part ses propositions sur la migration et l’intégration exposées lors de la campagne électorale, Sebastian Kurz a avant toute chose promis du « changement ». Il se plait ainsi à citer l’un de ses modèles politiques, l’ancien chef de file du ÖVP et vice-chancelier Alois Mock, qui, au début de sa carrière politique, écrivait : « L’Autriche de demain peut être la somme de nos accomplissements et de notre prévoyance, mais aussi la somme de notre paresse et de notre négligence. Nous avons donc besoin d’une politique qui nous dresse un tableau du potentiel que peut atteindre notre pays via des actions ambitieuses ».

À partir de là, Sebastian Kurz place la barre haut pour son travail politique. Il essaye de par ailleurs de tranquilliser les sceptiques dans ses propres rangs avec un engagement social-chrétien clair.

« En pratique, la responsabilité sociale chrétienne signifie pour nous aider les faibles dans notre société pour qu’ils puissent mener une vie de liberté et de responsabilité personnelle. Pour cela, nous voulons mettre l’accent sur les systèmes de sécurité sociale en Autriche, mais aussi sur l’aide aux pays en développement. Dans le même temps, la solidarité sociale-chrétienne dans notre société ne doit pas être à sens unique : ceux qui rendent l’État providence possible grâce à leur réalisation méritent aussi de la solidarité », explique Sebastian Kurz.

Éloignement des sociaux-démocrates

L’engagement de Sebastian Kurz survient à un moment où le paysage politique en Europe subit de grands changements. Et les grands partis politiques autrichiens, les sociaux-démocrates et les conservateurs, ne sont pas épargnés.

Il est devenu difficile pour les électeurs de faire la distinction entre les partis politiques principaux. Durant la campagne électorale, Sebastian Kurz a cherché à affiner le profil du parti. Alors que le SPÖ par exemple, était favorable à une réduction d’impôts pour les personnes à revenu faible et moyen, qui aurait dû être financée par l’impôt sur la fortune et sur l’héritage, Sebastian Kurz voulait quant à lui faire baisser les impôts en réduisant la bureaucratie et les coûts administratifs.

Économie de marché écosociale

Sebastian Kurz veut revenir à une économie de marché sociale, un sujet qui a reçu peu d’attention de la part des principaux partis durant les campagnes électorales allemandes et autrichiennes. « Notre modèle de politique économique est celui d’une économie de marché écosociale », explique-t-il à Euractiv.

« Les besoins du présent doivent être satisfaits sans diminuer les chances des générations futures. Une relation durable avec la nature, la responsabilité sociale et un développement économique réussi ne sont pas des antagonismes, mais se complètent et se renforcent entre eux », explique-t-il, avant d’ajouter : « le modèle d’une économie de marché écosociale permet l’équilibre entre une économie efficace, une solidarité sociale et une durabilité écologique. Il permet d’associer innovation, croissance, prospérité, sécurité sociale et un développement durable respectueux du climat et de l’environnement. »

Selon Sebastian Kurz, il existe un « déséquilibre social » en Autriche. Et cela ne se reflète pas seulement dans la relation qu’entretient l’État avec les employés et les employeurs, mais aussi dans le domaine de la santé et de la politique sociale.

Même si l’Autriche a l’un des budgets sociaux les plus élevés d’Europe, le pays porte un fardeau administratif disproportionné. « Dans les prochaines années, il sera important que les investissements du secteur public atteignent bien les parties concernées. »

Conférence sur la réforme de l’UE

Dans un an environ, une grande conférence aura lieu à Vienne sur la réforme de l’UE. Tout comme le président français Emmanuel Macron, Sebastian Kurz cherche une forme de subsidiarité.

« La devise de l’Union européenne est ‘Unis dans la diversité’, ce qui signifie avoir le courage de permettre la diversité. ‘Unis dans la diversité’, ça veut dire devenir plus forts sur les grands enjeux tout en n’intervenant pas sur les petites questions sur lesquelles les États ou les régions peuvent prendre de meilleures décisions », explique le futur chef d’État. « Une Europe qui veut être proche du peuple ne règlemente pas les moindres détails, mais travaille de manière unie et en profondeur là où les États seuls ne peuvent pas agir. »

Lorsque l’Autriche prendra la tête du Conseil de l’UE au second semestre de 2018, les négociations du Brexit entreront dans une phase décisive. Pour cela, le ministère des Affaires étrangères autrichien a commencé les préparatifs bien avant la campagne électorale.

« Il est important de conclure un accord juste avec le Royaume-Uni pour poursuivre une bonne coopération, sans toutefois laisser les Britanniques choisir ce qui leur convient. Dans tous les cas, l’UE ne doit pas être plus faible après le Brexit », explique l’Autrichien.

Valeurs européennes non négociables

En ce qui concerne les décisions européennes, « plusieurs erreurs ont été faires par le passé, mais il est temps de renforcer l’UE dans ses compétences principales ».

« Nous avons besoin d’une UE plus forte sur les grands sujets, comme plus de coopération en matière de défense, de politique étrangère et de sécurité ou sur la protection des frontières extérieures de l’UE. Le processus de réforme doit être vaste, de la protection des frontières à l’union douanière », soutient Sebastian Kurz.

En tant que ministre des Affaires étrangères, il s’est établi en tant que responsable politique pro-européen. Mais qu’en est-il d’un chancelier qui veut former une coalition avec le FPÖ ? Pour certains politiques européens, le fait que le groupe d’extrême droite européen puisse être renforcé avec l’entrée du FPÖ au gouvernement est préoccupant.

En Autriche, Sebastian Kurz tend la main à l’extrême droite

Le vainqueur des élections du 15 octobre dernier en Autriche, a proposé au parti d’extrême droite eurosceptique, le FPÖ, de former une coalition, à condition qu’elle soit proeuropéenne. Un article d’Euroefe.

Vis-à-vis de l’UE, Sebastian Kurz voit l’Autriche comme « un pont entre l’Europe de l’Ouest et de l’Est. Le pays devrait permettre de réduire les tensions en Europe et remettre l’accent sur les points communs, comme la protection commune des frontières extérieures de l’UE ».