Bannon tente de «trumpiser» la politique européenne

epa06755912 Steve Bannon s'attaque à l'Europe. Son but? Unir les forces populistes et d'extrême droite. EPA-EFE/MARTIN DIVISEK [Martin Divisek/EPA/EFE]

L’ancien conseiller de Trump veut unir les partis populistes et de droite de l’UE. Son organisation, « Le Mouvement », tentera d’influencer les élections européennes de mai 2019.

Steve Bannon, ancien patron de Breitbart, le site d’information ultraconservateur connu pour ses rhétoriques antimigrants, est devenu le premier stratège de Donald Trump, grâce à son implication dans la primaire républicaine. La collaboration a duré sept mois, avant de tourner court suite à une série de désaccords politiques. Le magnat des médias ne s’est notamment pas privé de critiquer vertement la politique du président vis-à-vis de la Corée du Nord. Il a été remercié par la Maison-Blanche en août dernier.

À présent, Steve Bannon vise l’Europe. Après Washington, il veut faire de Bruxelles le nouveau théâtre de ses opérations. L’Américain compté créer une fondation soutenant les idées de droites et les groupements populistes et antisystème comme ceux qui ont pris le pouvoir en Hongrie et en Italie, afin d’exporter sa veine du « trumpisme ».

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Soutien aux populistes

Le projet est d’unir la frange la plus à droite du spectre politique européen avant les élections européennes qui auront lieu en mai 2019.

« Il se présente comme un homme aux déclarations fortes, mais il cherche aussi un espace où jouer un rôle important dans le futur, notamment en trouvant des alliés et en renforçant sa plateforme », estime, Pavel Telička, vice-président du Parlement européen. « Il se concentrera avant tout sur les intérêts qui lui sont proches, en utilisant d’autres forces populistes. »

Son organisation, « Le Mouvement », a pour objectif initial d’offrir des conseils et des outils pour mener des campagnes électorales fortes. En réalité, il part cependant de rien, et son bureau bruxellois ne devrait pas compter plus de dix employés. Steve Bannon se pose en rival de la Fondation Open Society, de l’homme d’affaires et philanthrope d’origine hongroise George Soros.

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Tremblement de terre politique

Jan Zahradil, un autre eurodéputé tchèque, personnalité importante du groupe eurosceptique des Conservateurs et réformistes européens (CRE), s’attend à ce que les élections du mois de mai apportent une réelle reconfiguration politique, que Steve Bannon s’engage directement dans la campagne ou non.

« Quel que soit son engagement et celui de sa fondation, je pense que les élections du Parlement européen entraineront un vrai tremblement de terre, avec une perte de terrain des partis traditionnel et un renforcement des forces critiques vis-à-vis de l’UE », assure-t-il.

Le groupe CRE a été fondé par les conservateurs britanniques quand David Cameron était Premier ministre. La perspective du Brexit et du départ de ses 19 de membres britanniques seront un défi pour la formation.

« Il y a deux courants [eurosceptiques] : le courant modéré, nous, et le courant radical, qui compte notamment Marine Le Pen. Nous ne nous rapprocherons pas du projet de Steve Bannon », a indiqué l’élu, qui ajoute cependant que le tremblement de terre politique est nécessaire. « Le paysage politique stagne depuis trop longtemps, cela doit cesser. »

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Rêve américain en Europe

Steve Bannon a récemment rencontré une série de personnalités européennes, décrivant ses rencontres comme de francs succès. En mai, il s’est rendu en Europe centrale et de l’Est, passant par exemple par la République tchèque. Il a présenté sa vision du monde depuis le palais Žofínský, à Prague, siège de nombreux événements historiques importants.

Il s’est ensuite rendu à Budapest pour rencontrer le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, un de ses admirateurs.

L’Américain a déjà collaboré avec une série de partis populistes et de l’extrême droite en Europe, notamment l’Association nationale (ancien Front national) de Marine Le Pen, les radicaux allemands de l’AfD, et le Mouvement 5 étoiles italien.

Il a d’ailleurs suivi de très près les élections italiennes, qu’il a qualifiées de « pur populisme ». Dans un entretien au New York Times, il a déclaré que les Italiens avaient plus avancé dans ce sens, et en moins de temps, que les Britanniques avec Brexit ou que les Américains avec Donald Trump.

Selon Bannon, le référendum Brexit de juin 2016 a jeté les bases d’une « révolution » sur le vieux continent.

Lors d’un événement, Steve Bannon a également partagé le podium avec Marine Le Pen. C’est ce qui l’a inspiré à se concentrer sur l’Europe. « Je n’y pensais pas jusqu’à ce que Marine Le Pen me demande de parler à Lille pour le Front national », a-t-il expliqué. Il avait demandé à la très controversée cheffe de file du parti extrémiste quoi dire lors du meeting. Sa réponse a été : « Tout ce que vous avez à dire, c’est que nous ne sommes pas seuls ».

Aujourd’hui, Steve Bannon rêve d’un « supergroupe » qui pourrait inclure jusqu’à un tiers des eurodéputés après les élections de mai 2019. Une idée « enthousiasmante et ambitieuse », selon Alice Weidel, chef de la faction allemande de l’AfD.

L’idée de faire de la droite américaine une influence majeure sur la politique européenne ne séduit cependant pas dans tous les membres de l’UE, où les politiques américaines sont souvent très critiquées.

« Steve Bannon essaie de vendre le trumpisme aux Européens de l’Est, mais face aux réalités économiques et militaires, ses idéologies s’effondrent », juge ainsi Tim Gosling, sur ForeignPolicy.com.

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