Benoît Hamon : « l’année des Européennes sera celle de notre éclosion »

Benoit Hamon à Naples lors de la présentation de son nouveau projet politique transnational, le 10 mars dernier, aux côtés du maire de Naples, Luigi de Magistris, et de l'économiste grec Yanis Varoufakis. [EPA-EFE/CESARE ABBATE]

Le fondateur de Génération-s, candidat du Parti socialiste à l’élection présidentielle de 2017, mise sur les élections européennes de 2019 pour faire grandir son mouvement. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Dans un entretien accordé à Ouest-France, le fondateur de Génération-s révèle sa stratégie pour développer son mouvement, créé l’an dernier, et ses ambitions pour les élections européennes de 2019. Macron, Hollande, Europe Écologie les Verts, revenu universel : Benoît Hamon y revient également sur sa candidature à la présidentielle de 2017, redit ses convictions et règle quelques comptes…

Génération-s se réunira en congrès le 1er juillet, à Grenoble. Où en est votre mouvement ?

C’est un mouvement très jeune, dont l’image politique reste encore floue aux yeux des Français, mais qui rassemble déjà 60 000 membres et plus de 1 000 comités locaux. L’année des Européennes sera celle de notre éclosion. Au milieu des passions tristes de la politique française, nous voulons incarner une force positive, sereine, bienveillante et profondément démocratique. Fort de notre projet écologique et social nous demanderons aux Français, à quand remonte la dernière fois où vous avez voté avec le sourire ?

Pour quel projet politique ?

Nous pensons que le compte à rebours de l’Union européenne a commencé à cause des choix obstinés des libéraux au pouvoir. Austérité, démantèlement des services publics et des prestations sociales ont appauvri les citoyens et créé, en riposte, une sorte d’hydre à plusieurs têtes, nationaliste, antieuropéenne… Persuadés que l’échelle européenne est la seule échelle sérieuse pour affronter les défis écologiques, nous voulons faite émerger une nouvelle force européenne, transnationale, radicalement sociale, écologique et démocratique.

Benoît Hamon veut « démocratiser et repolitiser » le projet européen

L’enjeu européen a fait une brève incursion dans l’agenda de la primaire socialiste avec le passage de Benoit Hamon au Parlement européen. Le candidat à la primaire dénonce «l’accord mortifère entre la droite et la social-démocratie».

Européennes : « Il faut viser la première ou la deuxième position »

Génération-s peut y aller seule ?

Nous prônons un grand rassemblement européen, capable de viser la première ou la deuxième position parce qu’il faut viser haut si on veut incarner cette troisième voie. En mars, avec Yannis Varoufakis, nous avons lancé le printemps européen, qui regroupe des mouvements très jeunes comme Razem, en Pologne, Livre, au Portugal, demokratie Europa en Allemagne, The Alternative, au Danemark, et un mouvement italien regroupant des municipalités autour du maire de Naples. Cette nouvelle génération politique a soif de démocratie et ne dissocie plus les questions d’écologie et les inégalités sociales.

Vous êtes partisan d’une alliance du même type en France ?

Évidemment. Mais nous ne nous laisserons pas ligoter par les vieux appareils politiques. Écologistes d’EELV ou du nouveau parti d’Aymeric Caron, communistes, citoyens engagés, mais sans attaches partisanes, nous voulons partager nos idées et nos combats avec tous… On discute avec tout le monde sans aucun préalable sinon le désir de construire une liste représentative des régions, des banlieues et de tous ces Français qui s’engagent contre la déshumanisation de notre société.

Mélenchon et Hamon à un traité d'écart

Généralement présentés comme opposés sur l’Europe, les conseillers économiques de Jean-Luc Mélenchon et de Benoît Hamon ont pourtant les mêmes objectifs pour l’Europe, mais des visions différentes pour les atteindre.

La présidentielle, « une vraie épreuve, une sorte de long supplice »

Pas même en échange de la tête de liste ?

Sur la liste, pas sur la liste, en position éligible ou pas… mon sort est totalement indifférent, je serai totalement impliqué pour faire réussir cette voie écolo et sociale en Europe. On ne peut pas regarder le climat se dérégler, les oiseaux disparaître, la pauvreté se développer et se comporter en fonctionnaire de la politique, qui chercherait à préserver sa petite rente de situation. Et puis j’ai été candidat à l’élection présidentielle. Une vraie épreuve, un moment à la fois lumineux et sombre. Lumineux dans la rencontre avec les Français. Sombre parce que j’ai fait l’expérience de la trahison à grande échelle, organisée comme une sorte de long supplice, du premier jour de ma candidature jusqu’à la dernière semaine, quand le Président de la République sortant a voté Emmanuel Macron, et pas Benoît Hamon…

Entre Macron et Hamon, les socialistes européens hésitent

Le groupe socialiste du Parlement européen soutient officiellement Benoît Hamon…sauf  sur son programme européen. Un sujet sur lequel Macron marque des points chez la gauche italienne ou britannique.

Pourquoi n’avez-vous pas réussi à vous entendre avec Les Verts ?

David Cormand (le secrétaire national d’EELV) nous a proposé de rejoindre une liste conduite par Noël Mamère, ce à quoi nous avons répondu publiquement que nous étions ouverts à lui comme à une autre figure de l’écologie politique. Depuis, Les Verts se sont réunis et ont décidé qu’ils ne voulaient pas que Noël Mamère soit leur tête de liste. On en est là, et notre position n’a pas changé. Je les invite à régler leurs problèmes. Les appareils ont leurs logiques, parfois totalement déconnectées du réel. Elles ne m’intéressent plus. En attendant, nous, on avance.

« La meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de l’inventer »

Et si ça ne marchait pas ?

Je suis confiant, mais pas devin. La meilleure façon de prédire l’avenir c’est encore de l’inventer soi-même. L’avenir que je souhaite à nos enfants est écologique, démocratique et social. On ne peut pas regarder notre maison commune, la terre, brûler, constater l’attentisme du gouvernement français sur l’écologie, et ne pas rassembler ceux qui pensent la même chose. La seule alternative crédible à Macron, c’est le projet écologique et social que nous portons. Il a annoncé qu’il allait casser la baraque en Europe. Il n’a rien cassé du tout, rien ne change. Je reste très préoccupé par l’individualisme grandissant et l’inhumanité des sociétés que nous construisons. Arrêtons de tout soumettre à l’économie, la recherche du profit et des emplois supposés qui vont avec. Je crois qu’il y a une vraie aspiration à la tempérance, c’est-à-dire à ce que nous ayons un modèle de développement à la fois plus respectueux des hommes et de l’environnement.

Restez-vous attaché à l’idée d’un revenu universel ?

L’idée a fait son chemin depuis la présidentielle, beaucoup nous ont rejoints sur ce thème. Ce que je changerai par rapport à la présidentielle, c’est la façon de le mettre en œuvre. On avait imaginé une première formule sous la forme d’une allocation dégressive, ce que personne n’avait compris… et honnêtement, c’était incompréhensible ! Je penche aujourd’hui pour un processus qui commencerait par une génération, les 18-25 ans, et qui s’étende au fur et à mesure aux autres.

Le « pognon de dingue » de Macron : « du racisme social »

L’heure n’est pourtant pas à l’augmentation des prestations sociales…

Je trouve insupportable la phrase de Macron sur le « pognon de dingue » que coûteraient nos aides sociales ! Je ne supporte plus sa manière de parler et de considérer les personnes les plus modestes. J’y vois du racisme social. Comme si les plus pauvres étaient des citoyens de second rang, de grands enfants qu’il faudrait régulièrement sermonner et corriger. Nous avons un taux de pauvreté de près de 14 points après transferts sociaux, ce qui est largement inférieur à la moyenne européenne, à l’Allemagne ou à la Grande-Bretagne, justement grâce à l’efficacité de nos aides sociales, notamment en matière de lutte contre la grande pauvreté. Si on donnait moins d’argent, si on avait un système social moins redistributif, la pauvreté augmenterait.

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