Le DUP, nouvel allié homophobe et anti-avortement de Theresa May

Affiche électorale du DUP lors des dernières élections. [Twitter]

Privée d’une majorité absolue, Theresa May a été forcé de conclure une alliance précaire avec le Parti unioniste démocratique, une formation d’extrême droite profondément opposée aux droits des homosexuels et de l’avortement.

À la sortie des urnes, le Parti unioniste démocratique (DUP), qui dispose de dix sièges à Belfast et d’une eurodéputée, Diane Dodds, s’est retrouvé dans une position inattendue de faiseur de roi. Les élections du 8 juin ont créé un tremblement de terre dans le paysage politique britannique, privant les Conservateurs de leur majorité parlementaire.

Le DUP a été créé en 1971, au plus fort du conflit nord-irlandais, par le révérend Ian Paisley, qui, lors d’une intervention au Parlement européen, a un jour accusé le pape d’être l’« antéchrist ».

Fondé pour préserver l’identité britannique de l’Irlande du Nord en réaction aux réclamations de représentation des catholiques, le parti est aujourd’hui surtout connu pour ses positionnements forts contre les droits des homosexuels et l’avortement.

L’accord officieux de confiance et soutien conclu entre Londres et Belfast inquiète déjà à Bruxelles. L’UE a en effet fait de la paix et de la frontière entre les deux Irlandes une priorité des négociations du Brexit. Interrogé sur ses craintes de voir le parti d’extrême droite influencer Londres, Johannes Hahn, le commissaire à l’élargissement, a assuré que l’UE était « prête et préparée ».

En privé, un haut fonctionnaire européen a cependant reconnu que le résultat des élections britanniques, initialement convoquées par Theresa May pour renforcer son mandat, avait été un « grand bordel ».

Les difficultés rencontrées par la Première ministre ont déjà retardé le discours de la reine, premier acte législatif de tout gouvernement britannique, qui souligne ses priorités.

Les droits LGBT en question ?

Ce week-end, nombre de conservateurs inquiets de l’alliance avec le DUP se sont exprimés pour le maintien du programme sur les droits des LGBT. C’est notamment le cas de Ruth Davidson, élue conservatrice écossaise homosexuelle elle-même fiancée. Réélue principalement grâce à sa popularité personnelle, Ruth Davidson est l’une des 13 députés conservateurs écossais.

Elle a mis un terme abrupt à un entretien portant sur l’impact du DUP sur les droits LGBT. « Le Parti conservateur est le parti du mariage homosexuel. Nous avons introduit la proposition à la Chambre des communes et devrons utiliser notre influence pour faire avancer les droits LGBT en Irlande du nord », a-t-elle assuré avant de sortir du champ de la caméra.

Toute tentative de réduire la limite actuelle pour l’avortement (actuellement fixée à 24 semaines) rencontrerait presque certainement l’opposition de tous les partis d’opposition. Si la question est traditionnellement laissée au libre-arbitre de chaque élu, certains estiment qu’une marche-arrière sur l’avortement pourrait faire partie des conditions des unionistes. En Irlande du Nord, l’avortement est soumis à des conditions strictes et des femmes ayant commandé des médicaments abortifs sur Internet ont été arrêtées et poursuivies en justice.

L'Irlande, victime collatérale du Brexit

La République aurait fort à pâtir de la mise en place d’une frontière physique avec l’Ulster, sa sœur du nord. Déjà, la chute de la livre sterling fait souffrir son économie. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Owen Paterson, conservateur et ancien Secrétaire britannique  à l’Irlande du Nord, a déjà mentionné la possibilité de réduire la fenêtre d’intervention. « Je ne pense pas que le prochain parlement se penchera sur de grandes questions sociales », a-t-il déclaré. « Je suppose qu’il pourrait y avoir un débat sur une réduction de la limite légale pour l’avortement, avec les progrès de la médecine. »

Deux Irlandes

Arlene Foster, Arlene Foster, cheffe de file des élus unioniste à Belfast, s’est cependant exprimée contre l’imposition d’une frontière imperméable avec la République d’Irlande. « Personne ne veut d’un Brexit ‘dur’, nous voulons un programme réaliste pour sortir de l’Union européenne, c’est sur cela que portait le vote national. Nous devons donc avancer dans ce sens », a-t-elle déclaré.

« Cette sortie de l’UE doit cependant prendre en compte les circonstances spécifiques de l’Irlande du Nord et, bien sûr, l’Histoire et la géographie que nous partageons avec la République d’Irlande », a-t-elle ajouté.

La frontière entre les deux Irlandes sera la priorité pour Belfast. La Commission européenne a indiqué à plusieurs reprises que ses priorités étaient les droits des citoyens européens au Royaume-Uni et l’accord du vendredi saint, qui a mis un terme au conflit et au terrorisme en Irlande du Nord à la fin des années 1990.

Cet accord stipule que les gouvernements de Londres et Dublin devraient traiter la province décentralisée d’Irlande du Nord de manière indépendante et neutre. L’alliance, même informelle, du gouvernement central avec le parti unioniste pourrait cependant être interprétée comme une violation de cette indépendance, le risque étant de saper la confiance des catholiques nord-irlandais.

Le DUP a des liens avec le groupe paramilitaire loyaliste (protestant) UDA, impliqué dans les assassinats qui ont récemment secoué la province. Cette alliance est donc d’autant plus ironique de la part de Theresa May parce qu’elle a appuyé une partie de sa campagne sur le fait que Jeremy Corbyn, son rival travailliste, avait eu des contacts avec l’aile politique d’une organisation terroriste catholique nord-irlandaise dans les années 1980.

L'UE envisage la réunification de l’Irlande après le Brexit

Lors du sommet du 29 avril, les dirigeants de l’UE aborderont la question d’une adhésion automatique de l’Irlande du Nord à l’UE, une fois le Brexit finalisé, dans l’hypothèse où elle serait réunifiée avec la République d’Irlande, selon des sources européennes.

 

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