Une coalition Kenya en Allemagne après l’échec de la Jamaïque ?

Reinhard Bütikofer [Georgi Gotev]

L’alliance entre le SPD et la CDU-CSU semble la plus probable selon l’eurodéputé vert allemand Reinhard Bütikofer. Une autre solution serait une alliance « Kenya », soit noir rouge et vert, avec la droite, les sociaux-démocrates et les Verts.

Les négociations de coalition en Allemagne ont échoué le 19 novembre, lorsque le Parti libéral-démocrate (FDP) a abandonné de manière inattendue les conservateurs d’Angela Merkel et les Verts. Les trois partis ne parvenaient pas à se mettre d’accord sur des questions clés comme l’immigration ou l’environnement.

L'Allemagne tente de sortir d'une crise politique inédite

L’Allemagne entame des consultations pour sortir de l’ornière politique après le camouflet retentissant subi par Angela Merkel pour former un gouvernement dans un pays qui redoute plus que tout l’instabilité.

Pour Reinhard Bütikofer, c’est la fin d’une « expérience extraordinaire », même si l’eurodéputé doute depuis le début de la volonté des Libéraux de conclure un accord.

Il explique que le FDP se complaisait beaucoup plus dans le rôle de l’opposition, afin de préserver son image de « nouveau venu qui dit tout ce qu’il pense » et craignait de rejoindre le gouvernement.

Un retour à la coalition Jamaïque est exclu, affirme l’eurodéputé. Les couleurs du CDU/CSU (noir), du FPD (jaune) et des Verts représentaient le drapeau de la Jamaïque. Le FDP ne fera partie d’aucun gouvernement dans un avenir proche, a-t-il ajouté.

La pression se trouve désormais sur les sociaux-démocrates (SPD) afin de les faire revenir sur leur rejet d’une nouvelle grande coalition. Une position qui leur avait valu de la popularité au sein de leur électorat tout juste après les résultats catastrophiques des élections du 24 septembre, mais plus maintenant.

Scénario le plus probable

Reinhard Bütikofer estime qu’aujourd’hui, le risque est que les sociaux-démocrates « rassemblent encore moins de votes lors d’une nouvelle élection après avoir refusé de sauver leur patrie en temps de crise ».

« Il est difficile de prédire les choses, mais je pense que les sociaux-démocrates sont tellement insatisfaits de leur leadership actuel, qu’ils pourraient retourner leur veste et décider de revenir à la table des négociations et former une nouvelle grande coalition », indique l’eurodéputé, ajoutant que cette probabilité se situait au-dessus de 40 %.

Autre option, selon lui : la « coalition Kenya » (noir, rouge et vert pour les couleurs du CDU/CSU, du SPD et des Verts), qui devrait cependant être exclue, car il n’est pas dans l’intérêt des verts de rejoindre une coalition SPD et CDU/CSU.

Lors de conversations privées, les sociaux-démocrates auraient dit aux verts qu’ils n’auraient pas cédé à leur demande d’une réduction de 7 gigawatts sur le charbon, un élément sur lequel les trois forces politiques s’étaient mises d’accord avant l’effondrement des négociations.

Il existe aussi le scénario d’un gouvernement minoritaire, les combinaisons possibles étant CDU/CSU et Verts ou CDU/CSU et libéraux. Mais pour Reinhard Bütikofer, aucune de ces options n’est probable.

Les négociations de coalition avancent à pas de fourmis en Allemagne

Le premier cycle des négociations de coalition, sur la politique sociale, ont permis aux partis de tâter le terrain. Les sujets de consensus sont rares. Un article d’Euractiv Allemagne.

Gouvernement minoritaire ?

La deuxième option la plus probable selon l’eurodéputé est un cabinet minoritaire de transition avec seulement le CDU/CSU au gouvernement, ayant pour seule ambition de faciliter de nouvelles élections, qui ne pourraient pas avoir lieu avant avril. Un choix risqué, car personne ne sait ce que feront les électeurs.

Reinhard Bütikofer souligne que cette stratégie consistant à organiser de nouvelles élections possède un autre inconvénient : l’aspect européen.

« La fenêtre d’opportunité est très étroite. Emmanuel Macron attend depuis déjà six mois. Et Jean-Claude Juncker a soumis ses idées lors de son discours sur l’état de l’Union en septembre », soutient l’eurodéputé allemand, qui rappelle que les réformes post-Brexit sont indispensables et ne peuvent pas attendre.

« Si des élections avaient lieu en avril, un gouvernement serait en place en juin, ce qui ne laisserait que les vacances d’été pour parvenir à des résultats. « Ces serait ridicule. Tout le monde veut des résultats – voire un accord – avant la fin de l’année prochaine. Et pas seulement entre Paris et Berlin, mais aussi entre toutes les capitales et la Commission. Voulons-nous être ceux qui empêchent toute progression ? », commente Reinhard Bütikofer.

Il estime néanmoins qu’un gouvernement minoritaire est possible, mais seulement si un accord est conclu sur les affaires européennes avec les partis pro-européens. « Cela serait-il vraiment stable ? Je ne crois pas. »

Quant au rôle du président Frank-Walter Steinmeier, l’eurodéputé rappelle qu’il a eu peu d’influence pour convaincre le chef de file du FDP, Christian Lindner, mais qu’il aurait peut-être plus de chances avec ses anciens camarades, les sociaux-démocrates pour qu’ils fassent demi-tour.

Quoi qu’il en soit, Reinhard Bütikofer espère que Bruxelles et les capitales européennes passeront des « coups de téléphone » aux responsables politiques clés à Berlin.