Ce que veut Marine Le Pen pour l’Europe

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Dans le cadre d'une série d'articles sur le sujet, EURACTIV France fait le portrait des principaux candidats aux élections présidentielles françaises de 2012, analysant en détail ce que leur action politique, leur programme et leurs politiques impliquent pour l'Union européenne. Nous commençons avec Marine Le Pen, la dirigeante du Front National d'extrême droite.

Pour lire le portrait de Marine Le Pen dans son intégralité, veuillez vous rendre sur le site d'EURACTIV France en cliquant ici.

Pour la première fois de son histoire, le Front national d’extrême droite ne sera pas représenté aux présidentielles françaises par son fondateur, Jean-Marie Le Pen.

Si sa fille, Marine, a édulcoré certains aspects des positions traditionnelles du FN, elle n'a pas modifié sa ligne directrice sur l'Europe : l'Union européenne doit être détruite.

Marine Le Pen en est à son deuxième mandat de députée européenne, mais son bilan à Bruxelles est pour le moins limité. En 8 ans, elle n'a pas rédigé de rapport, a posé seulement quatre questions écrites et n'est intervenue que 56 fois lors des débats.

D’ailleurs son taux de présence figure parmi les plus faibles de l’hémicycle à seulement 58% pour la période 2004-2009 et 61,7% depuis les dernières élections.

Toutefois, l'action n'est pas le plus important pour Marine Le Pen, estime Magali Balent, professeure à Sciences Po et chercheuse à l'Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

« Etre députée européenne lui permet de faire ce qu'elle ne peut pas faire en France en raison du système électoral : prouver à l'électeur qu'elle peut être crédible, intégrée à un système, prendre position, avoir une stratégie, explique Mme Balent. Après, ce qu'elle fait ou pas dans la réalité, l'électeur y porte peu d'importance. Surtout que la voix de Marine Le Pen reste extrêmement faible au sein d'une assemblée où son courant de pensée est minoritaire. »

De nouvelles opportunités

Le changement de direction au Front National a donné lieu à de nouvelles opportunités pour le parti, s'agissant de collaborer avec d'autres groupes nationalistes européens. « Du temps de Jean-Marie Le Pen certains partis ne voulaient pas travailler avec nous. Comme l'UKIP (les souverainistes britanniques) », reconnaît Ludovic De Danne.

Il a ajouté : « Dès que Marine Le Pen est devenue présidente du Front national, les relations avec les autres partis ont été revues ».

En  2010, une plateforme commune a été créée, «l'Alliance européenne pour la Liberté » et le FN en est membre. Son président est Godfrey Bloom, un eurodéputé d'UKIP qui s'est fait remarqué en novembre 2010 pour avoir traité le socialiste allemand Martin Schulz, actuel président du Parlement européen, de « fasciste non démocratique ».

Des contacts continuent d'avoir lieu et certains membres du Front national espèrent la création d'un véritable groupe politique avant les prochaines élections européennes de 2014.

Les copains xénophobes des Le Pen

Au Parlement européen, les "amis" du Front national sont si peu nombreux que les trois élus du parti n'appartiennent à aucun groupe politique. En 2007, un regroupement a été tenté avec d'autres formations d'extrême droite au sein d'une union dénommée « Identité, Tradition, Souveraineté ».

L'expérience a capoté, à peine un an après, quand l'une des élues italiennes, Alessandra Mussolini, petite fille du dictateur fasciste du même nom, a qualifié les Roumains de « délinquants », lors d'une polémique sur l'immigration en Italie.

En Belgique, les liens entre le parti nationaliste et indépendantiste flamand Vlaams Belang (VB) et le FN ne datent pas d'hier.En mai 2011, lors d'un passage à Bruxelles, la nouvelle chef du FN a rencontré en tête à tête son homologue du Vlaams Belang (VB), Filip Dewinter. Les idées des deux formations « convergent dans des domaines comme l'immigration, la lutte contre l'insécurité ou l'islamisation de l'Europe », avait à l'époque expliqué à EURACTIV.fr le conseiller de la candidate à la présidentielle.

Le FN entretient également de bonnes relations avec la Ligue du Nord (extrême droite italienne, membre de l'ancienne coalition gouvernementale de Silvio Berlusconi).

En mars 2011, Mario Borghezio, sulfureux élu du parti, accompagnait Marine Le Pen lors de son voyage sur l'île de Lampedusa pour « évoquer les problèmes liés aux flux migratoires de clandestins ». Tribun connu des milieux identitaires européens, il considère que l'Europe doit rester « blanche et chrétienne ».

Plus récemment, le voyage de la nouvelle chef du FN à Vienne a fait scandale dans la presse française. Elle s'est rendue à un bal organisé par la confrérie « Olympia », considérée comme proche de l'extrême droite du pays. Parmi ses adhérents, on trouve Martin Graf, troisième président du parlement autrichien et membre du Parti de la Liberté (FPÖ), formation populiste dont Jorg Haider était auparavant le chef. En 2000, sa participation à une coalition gouvernementale avait provoqué des sanctions européennes.

A l'inverse, les relations ont été rompues avec le « Front national belge », un petit parti qui s'inspire de son grand frère français, et avec le Jobbik en Hongrie. Le parti Jobbik est connu pour sa milice, ses démonstrations de force contre les Roms et ses revendications territoriales. Les contacts entre le FN et le Jobbik ont toutefois été conservés au Parlement européen.

Marine Le Pen a souvent été au cœur de la controverse suite à des déclarations enflammées contre les citoyens français musulmans et les immigrés. En décembre 2010, elle a comparé les musulmans qui priaient dans les rues à l'occupation nazie en France : « Maintenant, il y a dix ou quinze endroits où, de manière régulière, un certain nombre de personnes viennent pour accaparer les territoires. C'est une occupation de pans du territoire, des quartiers dans lesquels la loi religieuse s'applique, c'est une occupation. Certes y a pas de blindés, y a pas de soldats, mais c'est une occupation tout de même », a-t-elle déclaré.

Elle utilise également ce genre de discours pour sa campagne électorale. Lors d'un congrès du Front National dimanche (21 février), Mme Le Pen a affirmé que tous les abattoirs de la région parisienne produisaient de la viande halal selon les pratiques musulmanes, ce qui, selon elle, montre que le gouvernement français plie devant les islamistes. Interbev, la principale organisation du secteur, a démenti ces affirmations.

L'UE est « un empire hors sol impotent »

Le combat contre l'Union européenne est l'un des piliers de la vision politique de Marine Le Pen. La chef du Front national lutte contre l'UE « de toutes ses forces », a-t-elle indiqué à Euronews en février 2011. « L’Union européenne est une structure que je considère comme totalitaire, c’est l’Union Soviétique européenne », a-t-elle ajouté.

Dans son discours de présentation de son programme en novembre 2011, elle a comparé l'UE à un « empire hors sol […] impotent », qui prive les Français d'identité et a « pillé » la souveraineté nationale « au profit d'une technostructure […] inféodée aux marchés ».

Bien que la présidente du Front national se soit déjà déclarée "Européenne", par opposition au reste du monde, elle estime que le dévouement de la classe politique française envers l'intégration européenne est une preuve de son manque de patriotisme.

Sur France Inter, le 26 janvier 2012, Marine Le Pen a confirmé que, si elle était élue, elle mettrait en place un oral de « patriotisme » à l'Ecole nationale d'administration. Elle propose également d'interdire les drapeaux européens sur les édifices publics.

« C'est la moindre des choses […]. Au moment où l'ensemble de nos élites est devenue européiste et considère que la France est dépassée, que sa structure doit se diluer au profit d'une structure européenne, […] je pense effectivement qu'il est temps de recruter des hauts fonctionnaires qui croient en la France et qui défendent leur pays », a-t-elle affirmé.

Pour Magali Bélant de Sciences Po, là encore, rien de nouveau. « Jean-Marie Le Pen avait ses expressions à lui, comme 'fédérastes de Bruxelles' ou 'Maastrichteurs'. Il y a juste une modération dans les propos ».

L'euro est voué à l'échec

La monnaie unique a selon elle vocation à disparaître, car elle n'est qu'un fardeau imposé aux peuples pour leur plus grand malheur :

« Aujourd’hui, on essaie de sauver l’euro à tout prix, mais à quel prix ? Je ne veux pas que mon peuple soit obligé comme les Irlandais de baisser de 12% le SMIC, de baisser les allocations familiales, de baisser les allocations pour le chômage, de baisser le traitement des fonctionnaires. Si c’est ça le prix qu’il faut payer pour sauver l’euro et bien je dis mieux veut sortir de l’Europe et mieux veut sortir de l’euro ».

Pour la présidente du FN, les plans de sauvetage grecs, portugais et irlandais ne seraient que « pure folie ».

La solidarité européenne ne serait que chimère et le résultat de la soumission des gouvernements actuels aux "banques". Marine le Pen le promet, si elle était présidente, "pas un centime ne quitterait la France".

Quant au nouveau traité européen, il serait « anti-démocratique » et « anti-économique ». Dans son communiqué de presse du 31 janvier, Marine Le Pen considère qu'il a été adopté en raison « d'un ordre allemand ».

Elle promet de revenir dessus en cas d'élection et cite la République tchèque et le Royaume-Uni, deux pays non signataires, en exemple.

Rapatriement des pouvoirs

La souveraineté nationale étant au cœur de sa pensée politique, la candidate à la présidentielle estime que les pouvoirs et compétences doivent être intégralement rapatriés à Paris.

L'arrivée du Front National au pouvoir n'aurait pas que le retour au franc comme conséquence. La coopération européenne serait limitée à des relations entre gouvernements nationaux et à des projets industriels comme les fusées Ariane et Airbus, souvent cités en exemple.

Le FN souhaite également que la loi française redevienne supérieure aux normes européennes. Selon le parti, « 80 % au moins des lois et règlements nationaux d’importance ne sont que la transposition de ses normes et directives ». Mais ces chiffres sont plus que contestables comme le montrait EURACTIV.fr dans une enquête en 2009.

Marine Le Pen souhaite créer un « ministère des Souverainetés » qui veille au retour des politiques entre les mains du gouvernement français. La politique agricole commune (PAC) ne serait plus qu'un lointain souvenir. Les agriculteurs français, qui touchent 20% des 50 milliards d'euros annuels de la PAC, devront se tourner vers Paris.

En compensation, le FN propose la création de la « politique agricole française […] financée par la réduction de la contribution globale au budget européen ». Une sortie pure et simple de l'UE permettrait d'économiser sept milliards d'euros, correspondant à la différence entre la contribution (19 milliards) et les retours (12 milliards). Si le retrait n'est pas complet, il serait moindre.

Mais dans l'optique d'une fermeture des frontières et du rétablissement des barrières commerciales, l'agriculture française, qui exporte, serait lourdement pénalisée.

Négociations difficiles

Pour défaire l'Union européenne actuelle, la France devrait renégocier et convaincre ses 26 partenaires que l'Europe proposée par le FN est la meilleure option et que 60 ans de compromis devront être effacés.

« La France se tiendra à sa doctrine en cas d’échec des négociations », indique encore le programme de Marine Le Pen pour 2012. Des sanctions pourraient alors être prises contre l'Hexagone pour non respect de ses engagements vis-à-vis de l'UE.

La France pourrait toujours quitter l'UE, comme le permet le Traité de Lisbonne. « L'article 50 est l'arme finale, explique Ludovic De Danne, il ne sera utilisé que si les autres pays ne respectent pas le choix des Français ».

Reste la logique du rapport de force. « Si nous partons, l'UE c'est fini », estime le conseiller politique. Mais l'utilisation de ce genre de méthode ne permet en rien de garantir le résultat. Les partenaires de la France pourraient bien refuser de travailler avec elle dans une Union qui fonctionne au consensus. 

Retour des frontières nationales

Le FN préconise également la fin de la libre circulation des biens, le retour des frontières et des droits douanes, sans pour autant en indiquer les conséquences notamment pour l'économie. Si l'hypothétique gouvernement de Marine Le Pen s'arrogeait le droit de taxer de 3% les produits importés, rien n'empêcherait les autres d'en faire autant avec les marchandises produites en France et exportées.

Le programme du Front national prévoit aussi de réinstaller le contrôle aux frontières pour les personnes. La liberté de circulation (et l'espace Schengen), l'une des quatre libertés fondamentales de l'UE, n'existerait donc plus pour les Français.

Avec des slogans comme "consommer français", "acheter français" ou "les Français d'abord", la candidate frontiste, tout comme son père, a fait de la préférence nationale l'un des piliers de son programme. Cela sous-entend que les citoyens d'autres pays européens ne seraient plus traités sur un pied d'égalité avec les Français dans l'accès à l’emploi, au logement ou aux aides sociales.

Là encore, cette proposition va à l'encontre du droit européen et du principe de non discrimination au sein de l'UE, aussi bien pour les produits que pour les personnes.

Un discours qui parle à la population en temps de crise

Le programme de Marine Le Pen repose ainsi sur un point essentiel. La sortie de la France de la zone euro. Pour la chef nationaliste, la monnaie unique est la principale cause des problèmes économiques du pays.

Toutefois, malgré ses envolées lyriques, elle reste prudente. Elle dit vouloir « organiser » la fin de l'union monétaire en la négociant avec les autres Etats. Elle est persuadée que les autres pays suivront la France, puisque, de toute façon, l'euro est mort.

En récupérant les compétences monétaires, Marine Le Pen est certaine de pouvoir remettre la France sur le chemin de la croissance même si son programme ne prend pas la peine de chiffrer le coût du retour au franc.

Selon elle, cela « ne provoquera aucunement le cataclysme décrit par les idéologues et autres fanatiques de la monnaie unique ». L'institut Montaigne, qui chiffre les programmes de l'ensemble des candidats, refuse d'évaluer financièrement cette hypothèse. Quant au think tank Terra Nova, il parle de 50 milliards d'euros dès 2013 et de la perte de 5 points de PIB en 18 mois.

Résolument anti-européen, le programme de Marine Le Pen pourrait être un handicap dans un pays qui soutient encore majoritairement l'euro et la construction européenne. Selon un sondage de décembre 2011, seulement un tiers des Français se déclarent favorable au retour du franc.

Pour Magali Bélant, « son opposition à la monnaie unique peut la bloquer dans sa progression électorale, sauf bien sûr, si l'avenir lui donne raison ».

Mais ses propos sur l'UE, en tant que telle – technocratique, éloignée des peuples, qui ne protège pas et qui favorise la perte d'identité – parlent directement aux gens. Elle joue avec les peurs existantes. Dans ce sens, son discours est porteur en ces temps de crise". 

 

Le Front National est le principal parti français d'extrême droite, connu pour son nationalisme et son hostilité envers les immigrés et l'intégration européenne. Marine Le Pen, une eurodéputée, est devenue la présidente du parti en janvier 2011.

Bien que ses chances de remporter les deux tours des élections présidentielles françaises de 2012 soient quasiment nulles, il est possible qu'elle vainque le président sortant, Nicolas Sarkozy, ou le candidat socialiste, François Hollande, au premier tour (son père l'a déjà fait contre Lionel Jospin en 2002).

Les récents sondages laissent entendre qu'elle remporterait 15-20 % des voix, un score légèrement plus élevé que d'habitude pour le FN. Le programme du parti, même s'il n'est pas appliqué, donne quelques indications quant à la présence d'idées anti-UE dans l'un des membres fondateurs les plus importants de l'Union.

Il est également possible que des parties de son programme soient reprises par un gouvernement de centre-droit souhaitant courtiser les électeurs du FN. Les ministres de l'intérieur de M. Sarkozy, anciennement Brice Hortefeux et actuellement Claude Guéant, ont fait l'objet de controverses périodiques pour avoir soi-disant prononcé des commentaires et proposé des politiques racistes (comme lors de la controverse sur les Roms en 2010). Il s'agit là normalement du fer de lance du Front National.

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