Une élection clé pour le climat

Le Parlement européen à Strasbourg [© European Union 2018 - Source : EP]

Le leadership de l’UE sur le climat est en jeu alors qu’un nouveau cycle politique démarre et que l’opinion publique est de plus en plus polarisée. Un article de notre partenaire, Climate Home News.

Les partis climatosceptiques sont crédités de plus en plus de voix dans les sondages. Pourtant dans la rue, les activistes demandent des mesures d’urgence pour éviter le chaos climatique.

Au milieu, le consensus émergent est de renforcer l’objectif 2050 de l’UE pour des émissions nettes zéro. Les étapes pour y arriver sont toutefois très contestées. L’objectif soulève de difficiles questions sur l’avenir des communautés d’extraction du charbon et de fabrication de voitures en Europe, et sur la durabilité des relations commerciales à l’extérieur.

« Le sujet brulant que les dirigeants doivent résoudre en priorité est la question de la neutralité climatique d’ici à 2050, et le suivi à partir de là », explique Quentin Genard, chef du bureau bruxellois du groupe de réflexion E3G. « Beaucoup de choses doivent changer. Reste encore à savoir quel genre de changements cela va déclencher. »

La chancelière allemande, Angela Merkel, a assoupli sa position sur la neutralité carbone pour 2050 la semaine dernière. L’objectif avait déjà le soutien des commissaires et de huit pays, mais certains États membres de l’est continuent d’être sceptiques.

L’UE, qui donne le rythme sur les objectifs climatiques, est censée accroitre son ambition dans une mise à jour de sa contribution à l’accord de Paris l’année prochaine. Il n’est cependant pas certain que les dirigeants parviennent à un accord politique à temps pour l’annoncer au secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres lors du sommet de septembre à New York.

Merkel se prononce enfin sur la stratégie climat pour 2050

L’Allemagne pourrait rejoindre une alliance européenne visant la neutralité carbone d’ici 2050. Jusqu’ici, le gouvernement d’Angela Merkel s’était montré plus que frileux à ce sujet. Un article d’Euractiv Allemagne.

L’élection parlementaire de cette semaine et les discussions qui s’en suivront pour les postes clé à la Commission européenne sont cruciales. Les nouvelles arrivées détermineront l’urgence et le contenu d’une stratégie à long terme.

« Si nous faisons preuve de sérieux sur Paris et ces objectifs à long terme, alors notre stratégie 2030 actuelle est tout à fait insuffisante », indique Bas Eickout, eurodéputé néerlandais et co-candidat à la présidence de la Commission pour les Verts. « Politiquement, c’est un peu tabou, la Commission ne veut pas parler de cela, la seule chose qu’ils veulent aborder est 2050. »

Tous les candidats à la présidence de l’exécutif présentés par les groupes politiques parlementaires se sont montrés soucieux du changement climatique lors d’un débat au Parlement européen le 15 mai. Les chefs d’État peuvent présenter d’autres candidats, mais celui qui est choisi devra obtenir le soutien du Parlement.

« 2050 pour atteindre une UE neutre en carbone, c’est notre objectif commun », a déclaré Manfred Weber du parti PPE de centre droit.

Le PPE est le parti qui devrait obtenir le plus de sièges, donnant au Bavarois la meilleure chance d’obtenir le poste roi. Mais les mathématiques parlementaires sont complexes. Le PPE et le S&D de centre-gauche perdent du terrain face aux populistes et aux libéraux, ce qui risque de faire dépendre Manfred Weber de l’extrême droite pour obtenir une majorité.

Manfred Weber se convertit à l’écologie-sur le tard

Tête de liste du Parti populaire européen, candidat à la présidence de la Commission européenne, l’Allemand Manfred Weber sort de son silence sur les questions environnementales comme le changement climatique.

Ses adversaires n’ont pas tardé à s’interroger sur la profondeur des tendances écologiques de Manfred Weber. Une analyse des votes des eurodéputés réalisée par le Réseau action climat Europe a qualifié les législateurs du PPE de « dinosaures ». Il y a seulement deux mois, le PPE a rejeté les appels à renforcer le paquet climat de l’UE 2030 en les qualifiant de « propagande ».

« Ce qui dit Weber n’est tout simplement pas fiable », estime Sanjeev Kumar de Change Partnership, une organisation à but non lucratif axée sur la politique climatique. « De tous les noms dans le chapeau en ce moment, Manfred Weber est celui qui cause le plus d’inquiétude… Voir Manfred Weber devenir président de la Commission européenne grâce à un marché avec l’extrême droite serait la pire chose qui puisse nous arriver. »

La possible défaite de Manfred Weber soulève la perspective d’une coalition progressiste en faveur d’un président libéral ou de centre-gauche, ce que Frans Timmermans, du S&D, a directement réclamé lors du débat.

Interrogé sur les récentes grèves dans les écoles et les manifestations pour le climat, Frans Timmermans a déclaré : « C’est ce que j’entends partout où je vais, tous les jours, dix fois par jour. Faisons en sorte que la prochaine commission mette la crise climatique en tête de l’ordre du jour. »

L’une des premières tâches du prochain président sera de décider comment structurer la Commission. Le nombre de commissaires doit être équivalent au nombre d’États membres. Au sein de cette règle, il est possible de créer des rôles stratégiques qui transcendent les portefeuilles traditionnels. Jean-Claude Juncker a ainsi créé un poste de vice-président de l’Union de l’énergie pour superviser 13 directions responsables de divers aspects des marchés énergétiques.

Actuellement, le climat fait partie d’un portefeuille commun avec l’énergie. Mais une stratégie globale sur le climat devrait aller au-delà et s’étendre à l’agriculture, aux transports et à d’autres domaines politiques qui accusent du retard.

Pour Sanjeev Kumar, il est surtout urgent de se pencher sur la politique industrielle, pour laquelle les dirigeants ont demandé à la Commission de définir une vision d’ici fin 2019.

Bas Eickhout :« l’Europe a besoin d'un new deal écologique »

Une vraie politique industrielle européenne, conforme à ses objectifs climatiques pourrait changer la donne, affirme Bas Eickhout, tête de liste pour les Verts aux élections européennes.

« Les pays occidentaux pourraient commencer à investir beaucoup plus rapidement dans les technologies propres et à prendre les emplois qui les accompagnent, ce qui signifie que vous laissez les économies dépendantes coincées dans le monde des combustibles fossiles », dit-il. « Ceux qui sont piégés dans l’économie des combustibles fossiles doivent trouver un moyen de s’en sortir. »

Il privilégie une approche basée sur la régénération régionale plutôt que sur la défense des emplois dans les industries en voie de disparition, citant l’exemple de Bilbao : la ville du nord de l’Espagne, autrefois plaque tournante de l’acier, est désormais un centre touristique et de services.

Suzana Carp, une militante du groupe de réflexion Sandbag, affirme que la prochaine Commission doit accorder plus d’attention à la réduction des émissions des industries lourdes comme l’acier et le ciment.

Pour cela, il faut s’attaquer aux incitatifs pervers dans le système d’échange de droits d’émission qui freinent l’innovation verte, soutient-elle. « Pour ce qui est de la planification à long terme, je pense que l’industrie a hâte de s’y mettre, mais à court terme, c’est toujours une question d’argent. »

Suzana Carp, qui figure sur la liste des candidats du nouveau parti centriste britannique Change UK, soutient Margrethe Vestager, l’actuelle commissaire en charge de la concurrence, pour relever le défi de l’alignement des politiques industrielles et climatiques.

Vestager défend l’ambition écologique à l'européenne

Appliquer les lois existantes  en Europe devrait permettre à lutter contre le réchauffement climatique, selon Margarethe Vestager.

La prochaine Commission devrait également être plus cohérente sur la projection de ses normes climatiques à l’étranger, selon Quentin Genard de l’E3G.

Ces dernières années, les accords gaziers se sont révélés être un baume irrésistible aux malheurs géopolitiques, malgré leur impact sur le climat. Les commissaires ont fait pression pour que le public soutienne un gazoduc controversé en provenance d’Azerbaïdjan. Un projet contradictoire à l’engagement pris de supprimer progressivement les subventions aux combustibles fossiles. Pas plus tard que la semaine dernière, le chef de l’Union de l’énergie, Maroš Šefčovič, a inauguré un terminal GNL aux côtés du président américain Donald Trump.

« La stratégie à long terme change vraiment l’économie européenne, mais aussi la manière dont l’UE fait du commerce et coopère avec des pays tiers », explique Quentin Genard. « Si notre coopération avec des tierces parties repose essentiellement sur le gaz, il est clair que celle-ci doit évoluer. C’est un domaine dans lequel je m’attends à ce que la prochaine commission soit beaucoup plus forte. »

Les Verts, qui devraient obtenir 55 sièges sur 751 au Parlement, espèrent jouer un rôle de faiseur de rois. Ils inciteront les candidats à la présidence à prendre des engagements clairs sur la réforme du marché du carbone et d’autres mesures climatiques, a déclaré Bas Eickhout à Climate Home News.

« Une majorité de partis politiques au Parlement disent qu’ils veulent en faire plus sur le climat », observe-t-il. « Il ne reste plus qu’à compter sur une Commission européenne prête à faire de l’agenda climatique une priorité absolue. »

 

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