Le vote organisé au sein du parti socialiste
français le 1er décembre prochain pourrait avoir
des répercussions majeures sur l’avenir de
la Constitution européenne. L’ancien ministre
des finances Dominique Strauss-Kahn estime qu’un
vote négatif pourrait entraîner « une panne
d’Europe » .
Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre des finances
et figure-clé du Parti socialiste français,
déclare dans un entretien accordé au
Financial Times
et au journal
Les Echos
que, si les militants de sa formation devaient se
prononcer contre la Constitution européenne dans un
référendum interne organisé la semaine
prochaine, l’Europe serait confrontée
à un risque de « panne ». « Je
pense qu'[un vote négatif] aurait des
conséquences sans nom ! Rupture avec l’histoire
du Parti socialiste. Divorce avec les autres partis
socialistes européens. […] Et puis, surtout, il y
aurait une panne d’Europe », déclare
notamment M. Strauss-Kahn. L’ancien premier
ministre Lionel Jospin et l’ancien
président de la Commission européenne
Jacques Delors, qui font eux aussi campagne en
faveur du « oui », ont tous deux mis en
garde leurs amis socialistes quant aux risques
d’instabilité qui résulteraient
d’un rejet de la Constitution européenne
par leur parti. Celui-ci, ajoutent-ils, se retrouverait
en outre isolé au sein de la famille socialiste
européenne, laquelle a, dans son ensemble,
apporté son soutien au texte.
Le Parti socialiste français est
divisé sur la question de la ratification de la
nouvelle Constitution européenne, qui sera soumise
à référendum au niveau national dans le
courant de l’année 2005. Son premier
secrétaire, Francois Hollande (un partisan de
la Constitution), a décidé d’organiser un
référendum interne ouvert aux 120 000 militants
du parti. Il est en opposition frontale avec son
n°2, l’ancien premier ministre Laurent Fabius,
qui a conclu une alliance avec l’aile gauche du
parti. M. Fabius estime
que la Constitution européenne est
trop marquée par l’empreinte
du libéralisme économique, et
se retrouve donc en contradiction avec les valeurs
de sa formation.
Si les socialistes votent « non », le
président Jacques Chirac pourrait se retrouver
en position de perdre le pari tenté au moment de
l’annonce du référendum sur la
Constitution. Les partisans du texte estiment en
effet que le signal ainsi envoyé par le Parti
socialiste serait de nature à faire basculer
une grande partie de l’opinion française dans le
camp du « non ».
Laurent Fabius se dit confiant quant à ses
chances de l’emporter, malgré les résultats
de récents sondages indiquant que 65% des militants
socialistes pencheraient en faveur du « oui ». M.
Fabius se voit reprocher de mettre le débat sur la
Constitution européenne au profit de ses ambitions
présidentielles. Le Parti socialiste devrait,
quelle que soit l’issue de
la consultation du 1er décembre, demeurer
durablement marqué par les divisions
actuelles.

