Dans son manifeste électoral, le Parti vert européen prévoit un « Pacte vert et social » et met l’accent sur la sécurité

Ce projet de texte de 40 pages, qui met l’accent sur le renforcement des priorités du parti en matière de politique étrangère et de défense, est ambitieux. La version définitive du document devrait être adoptée entre le 2 et le 4 février lors du congrès électoral du parti; [Shutterstock/Cineberg]

Le Parti vert européen veut des investissements « massifs » pour stimuler la transition écologique et protéger les conditions de vie des citoyens dans le cadre de ce qu’il a nommé le « Pacte social vert » (Green Social Deal), d’après un projet de manifeste électoral consulté par Euractiv.

Ce projet de texte de 40 pages, qui met l’accent sur le renforcement des priorités du parti en matière de politique étrangère et de défense, est ambitieux. La version définitive du document devrait être adoptée entre le 2 et le 4 février lors du congrès électoral du parti qui se tiendra à Lyon.

Alors que le Parti socialiste européen (PSE) et le Parti populaire européen (PPE) conservateur placent leurs priorités politiques au centre de leurs projets de manifeste, le texte des Verts est très détaillé au niveau des mesures politiques concrètes qu’ils envisagent de prendre.

Comme les sondages prédisent une percée de la droite lors des élections européennes de juin, les partis de centre droit se tiennent prêts à utiliser cette situation pour s’opposer, au niveau de l’UE, à un ensemble de règlementations et de formalités administratives liées au Pacte vert pour l’Europe (Green Deal).

Plus de règlementation environnementale

Malgré les difficultés et les retournements de situation que subit la politique environnementale de l’UE, le Parti vert européen prévoit de redoubler ses efforts en proposant un « Pacte vert et social » renouvelé, avec de nouvelles propositions législatives et des investissements « massifs » dans différents domaines, selon le manifeste.

Alors que les appels à une « pause réglementaire » se multiplient à travers l’UE pour permettre aux États membres et aux entreprises d’assimiler la législation découlant du Green Deal approuvée au cours de ce mandat, les Verts comptent quant à eux poursuivre les efforts environnementaux de plus belle.

« Nous saluons les progrès réalisés, mais nous continuons à réclamer plus d’ambition ainsi que la mise en œuvre complète des plans déjà lancés », peut-on lire dans le projet, qui propose une nouvelle série de réglementations européennes, y compris la transformation de la Politique agricole commune (PAC), avec le réajustement des fonds de l’UE pour ne subventionner que « l’agriculture biologique et la production agroécologique ».

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Combustibles fossiles et neutralité climatique

Les Verts souhaitent également des délais plus courts pour l’élimination progressive des combustibles fossiles, appelant à une neutralité climatique totale d’ici 2040 et à la fin de l’utilisation du « charbon d’ici 2030, du gaz fossile d’ici 2035, et du pétrole d’ici 2040 ».

En ce qui concerne les subventions pour les énergies fossiles, les Verts demandent à l’UE de présenter un plan pour les supprimer progressivement d’ici 2025 « au plus tard » et supprimer « toutes les autres subventions néfastes pour l’environnement d’ici 2027 ».

Comme alternative, les Verts veulent que le système énergétique de l’UE repose à 100 % sur l’énergie solaire, hydraulique, éolienne et géothermique.

« Seules les énergies renouvelables peuvent garantir une planète habitable, une indépendance géopolitique vis-à-vis des autocrates et un système énergétique résilient et géré démocratiquement […] Nous voulons des panneaux solaires sur tous les toits disponibles afin de placer les citoyens au cœur de la transition énergétique, en leur donnant une énergie moins chère et le contrôle », peut-on lire dans le projet de manifeste.

Il n’est toutefois pas fait mention des biocarburants, qui, selon le manifeste de 2019, pourraient jouer un rôle dans la transition écologique s’ils ont une faible empreinte carbone et n’entrent pas en concurrence avec la production alimentaire ou n’entraînent pas de perte de biodiversité.

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Des « investissements massifs »

Concrètement, le document propose d’engager plus de fonds pour résoudre les défis clés de la transition écologique, notamment la rénovation des maisons énergivores, la mise en œuvre progressive de cette transition dans l’agriculture et l’industrie, la garantie d’un logement abordable pour les citoyens et l’extension des réseaux de mobilité durable.

Le parti écologiste justifie son insistance sur les dépenses supplémentaires par l’urgence de la lutte contre le changement climatique et par la nécessité de mieux répartir les coûts sociaux de la transition écologique.

Les coûts de ces projets étant susceptibles d’atteindre des centaines de milliards d’euros, les Verts prévoient de financer leurs propositions par « un mélange de politique fiscale, d’investissements publics et d’initiatives privées », tout en faisant pression pour une harmonisation fiscale à l’échelle de l’UE afin d’augmenter le budget du bloc — une proposition qui a très peu de chances de se concrétiser.

« Nous demandons un impôt sur la fortune à l’échelle de l’UE pour lutter contre les inégalités et financer la transition verte […] nous plaiderons en faveur d’une taxe européenne sur les transactions financières pour générer des revenus tout en limitant la spéculation […] nous rendrons permanente la taxe européenne sur les bénéfices exceptionnels pour les entreprises actives dans le secteur de l’énergie afin d’empêcher les abus lors de futures crises énergétiques et nous l’appliquerons aux négociants en matières premières et aux banques », peut-on lire dans le projet de texte.

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Les Verts formulent leurs propositions de politique verte en insistant sur l’urgence d’améliorer les conditions de vie des citoyens de l’UE, en plaçant le bien-être humain en tête des priorités du parti.

« Avec notre “Pacte vert et social”, ensemble nous pouvons transformer des vies […] en des vies plus sûres, plus heureuses et plus saines, avec des factures d’énergie moins élevées, des aliments sains à des prix abordables et de l’air pur dans nos villes », peut-on lire dans le projet de texte.

La volonté de renforcer la dimension sociale de la transition verte est également au cœur du manifeste des socialistes européens, qui tentent eux aussi de promouvoir le prolongement d’un « Pacte social vert ».

Avec la même devise pour la campagne et des propositions politiques convergentes, les deux partis sont voués à se battre pour un même espace politique, ce qui laisse présager une bataille électorale très animée.

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Realpolitik

En ce qui concerne la politique étrangère et la sécurité — le troisième chapitre du manifeste — les Verts ont pris, par rapport au manifeste de 2019, une direction s’apparentant à de la realpolitik en plaidant pour une coopération militaire plus poussée et en renforçant les capacités diplomatiques de l’UE.

« Dans le monde d’aujourd’hui, nous pensons que l’Union européenne doit être un acteur de premier plan. L’UE est et a toujours été un projet de paix », peut-on lire dans le manifeste.

« Comme aucun pays ne peut faire face seul aux menaces qui pèsent sur la sécurité, l’UE doit développer une Union pour la sécurité qui met l’accent sur la sécurité humaine et les besoins des citoyens. »

Pour cela, les Verts plaident en faveur d’un renforcement du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), qui serait une « force pour une diplomatie véritablement transnationale, capable de lutter contre l’impunité et de construire une réconciliation et une paix durable ».

En référence à la « clause d’assistance mutuelle » de l’UE, ils soulignent que Bruxelles doit accroître « la coopération en matière de capacités militaires et créer des synergies, par exemple en promouvant l’interopérabilité et en coordonnant les systèmes d’achats, de maintenance et d’approvisionnement ».

Une coopération plus étroite avec l’OTAN est envisagée par les écologistes, ainsi que la création de « conditions permettant à l’UE de déterminer librement son engagement dans un environnement géopolitique qui évolue rapidement ».

« Pour l’UE, une approche multilatérale implique également de renforcer et d’approfondir la coopération avec l’OTAN, tout en respectant une répartition claire des compétences et sans créer de précédents », peut-on lire dans le projet de texte, qui précise que « les États membres décident eux-mêmes s’ils souhaitent adhérer à l’OTAN ».

Le ton plus pragmatique en matière de sécurité reflète le tournant centriste des Verts allemands vers une « politique étrangère basée sur les valeurs ». La sous-organisation la plus importante des Verts européens a en effet construit son manifeste national autour des mots « prospérité » et « sécurité ».

« Notre réponse passe d’abord par une plus grande sécurité de l’UE sur le plan géopolitique et économique, et par une unité d’action sur le plan international. Pour l’UE, notre sécurité dépend également de notre soutien à l’Ukraine », peut-on lire dans le projet de manifeste électoral du Parti vert européen.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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