Les quatre candidats à la tête d’une CDU post-Merkel

Candidats potentiels pour présider la CDU (de gauche à droite) : Annegret Kramp-Karrenbauer, Jens Spahn, Friedrich Merz et Armin Laschet. [Bilan/ Bilan/ Babani/Jeon/epa]

Portrait des quatre candidats susceptibles de succéder à Angela Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, Jens Spahn, Friedrich Merz et Armin Laschet.

Friedrich Merz

Très doué pour la rhétorique, Friedrich Merz captive ses confrères de la CDU-CSU à chaque prise de parole lors de réunions de parti ou au Bundestag. De la poigne et de l’intelligibilité, voilà ce qu’il manque à l’union chrétienne-démocrate allemande.

Âgé bientôt de 63 ans, Friedrich Merz est un talent naturel, mais pas toujours en politique. Au début du millénaire, quand Wolfgang Schäuble a été forcé de quitter la présidence de la CDU ainsi que le groupe parlementaire, c’est lui qui l’a remplacé à la tête du groupe.

Mais sa naïveté l’a rattrapé en 2002 alors qu’il a fallu remercier Angela Merkel de ne pas se présenter à la chancellerie. La récompense n’étant autre que le poste de Friedrich Merz, ce dernier a gentiment été raccompagné vers la sortie. Jusqu’à aujourd’hui, cette blessure reste ouverte.

La guerre est ouverte pour la succession de Merkel

Angela Merkel, chancelière allemande depuis 2005, ne se présentera pas à la présidence de la CDU en décembre ni à la chancellerie à la fin de son mandat.

Le duo de choc Merkel-Merz a vite tourné au fiasco. Par deux fois, il a essayé de piquer la place de sa rivale. Mais en vain. Il n’a jamais fait le poids face à l’indétrônable.

Les Allemands se souviennent encore de sa déclaration d’impôts censée « tenir sur un sous-bock », ou de sa « Leitkultur », c’est-à-dire l’idée d’une Allemagne monoculturelle, assimilationniste et supérieure par son européanité. L’AfD (parti d’extrême droite allemand) n’a qu’à bien se tenir.

Avocat international de formation, il s’est entretemps reconverti dans la finance, en tant que dirigeant d’un fonds d’investissement, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde.

En outre, il est président d’Atlantik-Brücke, association à but non lucratif au service de l’amitié germano-américaine.

Friedrich Merz peut-il y arriver maintenant ? Alors qu’Angela Merkel est toujours chancelière ? En tous cas, la CDU le voit comme un candidat trop vieux, trop proche des lobbies, avec un passif trop déloyal. Malgré tout, elle lui reconnaît une éloquence hors du commun.

Annegret Kramp-Karrenbauer

Annegret Kramp-Karrenbauer, alias AKK, aurait pu devenir ministre dans le cabinet d’Angela Merkel. Poste que la chancelière lui a d’ailleurs offert au début de l’année, pour illustrer la bonne volonté du parti de se rafraîchir. Mais AKK voulait plus.

Cette femme politique de 56 ans entendait modeler la vie politique du pays, et pensait alors être plus efficace en occupant le poste le plus élevé possible au sein de son parti, celui de secrétaire générale.

Dès le premier jour, AKK a fait savoir qu’elle n’était pas la porte-parole de sa supérieure, mais qu’elle suivrait son propre chemin. Un chemin qu’elle a tracé en consultation avec la chancelière, mais indépendamment d’elle.

AKK a reconstruit le siège de la CDU et fait un premier pas vers le rafraîchissement du programme. Diplomate, elle s’est révélée être la voix de la raison durant les conflits internes de la coalition gouvernementale (CDU-CSU/SPD) cet été.

La juriste et politologue est forte de près de 18 ans d’expérience gouvernementale en Sarre, et tout dernièrement de ministre-présidente. Sa vision pragmatique de la politique la rapproche des chefs de parti sortants, mais son style unificateur et médiateur lui confère les meilleures cartes pour être élue à la tête de la CDU.

Jens Spahn

Les batailles électorales n’ont aucun secret pour Jens Spahn. Il y a quatre ans, ce gigantesque Münsterien d’1m91 a semé la discorde entre les candidats du comité exécutif de la CDU. En tant que député qui se respecte, il a délogé un ministre du nom de Hermann Gröhe du poste de ministre fédéral de la Santé.

Cet homme politique de 38 ans veut maintenant en découdre avec la secrétaire générale. Il n’a attendu que quelques minutes après l’annonce d’AKK pour se lancer dans l’arène. Et le combat risque d’être palpitant, car Jens Spahn représente une véritable alternative. Le ministre de la Santé et ancien secrétaire d’État aux finances est en faveur d’une CDU conservatrice proche de l’économie – en d’autres termes, une CDU qui promet plus de frictions pour certains, et plus de patrie pour d’autres.

Dans le même ordre d’idées, Jens Spahn souhaite un durcissement de la politique des réfugiés, et a noué des liens internationaux en ce sens, par exemple avec le jeune chancelier autrichien Sebastian Kurz. Il n’hésite pas non plus à traiter avec l’ambassadeur américain controversé proche de Donald Trump, Richard Grenell.

En Bavière, les Verts mettent fin au monopole historique de la CSU

Le parti bavarois affilié à la CDU d’Angela Merkel a subi un revers historique lors des élections régionales. Les Verts deviennent quant à eux la deuxième force politique du Land. Un résultat qui augure de nouvelles difficultés pour la chancelière.

Armin Laschet

Armin Laschet n’a pour l’instant rien laissé entendre, mais une chose est sûre, il aura son mot à dire sur la personne qui occupera le poste.

Tout d’abord, parce qu’il est le ministre-président de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le Land le plus peuplé d’Allemagne, et aussi parce qu’un tiers des membres de la CDU qui voteront à la conférence du parti proviennent de la faction régionale de son parti. Il n’y aura donc guère moyen de contourner le vote d’Armin Laschet.

Dans la lutte pour la succession à la tête de la CDU, il agit un peu comme un médiateur. Selon lui, le parti ne doit pas s’éparpiller, mais concilier les différents intérêts.

Porte-parole des jeunes et des moins jeunes, des travailleurs, tout en gardant un pied dans l’économie, Armin Laschet veut dialoguer avec toutes les factions régionales de la CDU, ainsi qu’avec les lobbies.

D’ici une semaine, la CDU sera fixée quant à son soutien à AKK ou à Jens Spahn – voire à un candidat tout à fait inconnu.

Armin Laschet a érigé l’équilibre et la volonté d’être le « parti du peuple » en critères de succession pour les plus hautes fonctions du parti. Des qualités qui lui sont d’ailleurs reconnues.

Nouveau coup dur pour les partis traditionnels en Allemagne

Pour les partis traditionnels allemands, le coup de grâce a été porté en Hesse, où l’extrême droite continue sa percée au sein des parlements régionaux. Les Verts ont quant à eux fait une percée historique dans la région.

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