Un eurosceptique tchèque veut briguer la présidence de la Commission européenne

L'eurodéputé tchèque Jan Zahradil est président de l'Alliance des conservateurs et réformistes en Europe (ACRE), un mouvement paneuropéen conservateur et eurosceptique affilié au CRE. [© European Union 2018 - Source : EP]

L’eurodéputé tchèque Jan Zahradil sera le Spitzenkandidat du groupe des Conservateurs et réformistes européens (CRE). Il est affilié à l’ACRE, un mouvement conservateur et eurosceptique.

C’est en 2009 que les conservateurs britanniques ont fondé le groupe européen des Conservateurs et réformistes (CRE), lorsque le Premier ministre David Cameron a quitté le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit en 2009. En plus des conservateurs britannique, ce parti européen est composé de membres du parti de droite polonais Droit et de justice (PiS), du plus grand parti belge la Nouvelle alliance nationaliste flamande (N-VA), et du parti anti-immigration finlandais.

Avec ses 75 députés, il est actuellement le troisième plus grand groupe politique du Parlement européen. Toutefois, son avenir après les élections européennes est incertain, car le Brexit le dépouillera de ses députés britanniques. Or, les eurodéputés du CRE sont majoritairement des britanniques, 18 précisément, suivis des Polonais avec 15 eurodéputés du parti PiS de Jaroslaw Kaczynski.

« Je n’ai rien de personnel contre Weber et Timmermans, je vois deux hommes des pays fondateurs, de la vieille Europe, qui sont trop empêtrés dans une vision unique de l’intégration : celle du fédéralisme. Pour moi, ni l’un ni l’autre n’a la capacité d’apporter des idées nouvelles », a déclaré Syed Kamall, eurodéputé du CRE et homme politique britannique conservateur, aux journalistes à Strasbourg.

Chez lui en République tchèque, Jan Zahradil est membre du Parti démocratique civique (ODS) libéral-conservateur depuis 2004 et a été élu eurodéputé depuis lors. Il a été conseiller politique de l’ancien Premier ministre tchèque, Václav Klaus.

L’eurodéputé tchèque préside l’Alliance des conservateurs et réformistes en Europe (ACRE), un mouvement conservateur et eurosceptique affilié au CRE. En 2014, lors des premières élections sous le système des Spitzenkandidaten, le CRE n’a proposé aucun candidat.

Cette fois-ci, les intentions de l’homme d’État tchèque n’étaient un secret pour personne. Il est un fervent partisan d’une Europe à plusieurs vitesses, avec la liberté pour les États membres de mener une politique étrangère qui sert au mieux leurs propres intérêts.

Jan Zahradil s’est fait l’avocat du groupe de Visegrad, qui regroupe la République tchèque, la Slovaquie, la Hongrie et la Pologne, contre l’artisan de la réforme européenne, Emmanuel Macron qui, selon lui, « ne se préoccupe pas beaucoup de l’Europe centrale et orientale ».

« Macron tente de diviser pour mieux régner en Europe de l’Est »

Pour Jan Zahradil, eurodéputé tchèque, Emmanuel Macron applique la stratégie du « diviser pour mieux régner » sur le groupe de Visegrád. Un article d’Euractiv République tchèque.

« Le système de ‘Spitzenkandidat’, nous ne l’avons pas inventé », commente Jan Zahradil après sa nomination. « Mais maintenant qu’il est là, autant en profiter pour communiquer notre programme, nos principes et nos plans au grand public. »

« Le Conseil piochera peut-être dans la liste des Spitzenkandidaten. Ou peut-être pas. Même si nous remportions les prochaines élections européennes, je respecterais la décision du Conseil », a assuré Jan Zahradil à la presse.

« Aucun d’entre nous n’a la moindre idée de ce que sera le paysage politique après les élections européennes, mais nous sommes certains qu’il sera complètement différent de celui d’aujourd’hui », a-t-il dit sans exclure une alliance post-électorale avec le PPE, car le Parlement européen n’autorise pas la majorité pour les plus grands partis.

« Contrairement à l’hémicycle actuel et aux nombreux qui l’ont précédé, deux groupes ne suffiront pas pour créer une majorité parlementaire. Il en faudra au moins trois » poursuit-il. « Et nous aimerions faire partie de ces trois, afin d’influencer le prochain programme de la Commission. »

Le parti a annoncé un manifeste à venir, à l’occasion du lancement officiel de la campagne le 28 novembre prochain.

Jan Zahradil a laissé entendre que sa campagne comporterait trois priorités : effectuer une « grande révision » de l’organe législatif de l’UE, faire de l’UE « le leader commercial mondial » et ajuster les dépenses liées à la protection des frontières extérieures. « Nous avons besoin d’un budget européen modernisé axé sur la protection des frontières extérieures, non pas en employant davantage de fonctionnaires ou en renforçant la présence de l’UE, mais en aidant les États membres les plus fragiles à faire face à la crise. »

Selon une source du parti, les eurodéputés belges de la N-VA, membres du CRE, se sont montrés prudents dans leur soutien, affirmant qu’ils étaient opposés au système de « Spitzenkandidat » tout en ne voulant pas rompre avec Jan Zahradil.

L’eurodéputé tchèque est le premier Européen de l’Est à entrer en lice pour le poste de direction de la Commission. Selon lui, il est temps « que quelqu’un qui n’a pas la même expérience de vie apporte un regard différent et conservateur et représente l’un des nouveaux États membres de l’UE. Je veux promouvoir un programme plein d’assurance, pro-européen et réformateur », affirme-t-il

Il ne fait aucun doute que le CRE prévoit d’attirer de plus en plus d’eurodéputés d’Europe centrale et orientale après les élections européennes.

L’homme politique tchèque, cependant, devra faire face au défi de la fragmentation interne de son parti et de sa mauvaise réputation. Les conservateurs britanniques se retirant très probablement après le Brexit, le CRE sera uniquement composé des membres du parti de droite polonais Droit et de justice (PiS), du plus grand parti belge la Nouvelle alliance nationaliste flamande (N-VA), et du parti anti-immigration finlandais.

Récemment, le groupe a ouvert sa porte à l’extrême droite italienne en vue d’une éventuelle alliance avec les Frères d’Italie après les élections européennes de 2019.

L’eurodéputé PiS Ryszard Czarnecki a été démis de ses fonctions de vice-président du Parlement après avoir suscité l’indignation en comparant un collègue polonais à un nazi en début d’année. Le mois dernier, le chef de la délégation du Parti conservateur européen Syed Kamall a été contraint de s’excuser après avoir comparé le socialisme au nazisme lors d’une séance plénière à Strasbourg.

Les deux principales familles politiques européennes ont déjà désigné leur Spitzenkandidat. La semaine dernière, le Parti populaire européen (PPE) a nommé son chef de groupe, l’Allemand Manfred Weber, au Congrès du parti à Helsinki.

Pour les socialistes (PSE), le choix s’est porté sur l’actuel premier vice-président de la Commission européenne, le Néerlandais Frans Timmermans, qui devrait obtenir le soutien officiel du parti lors de son congrès en décembre prochain.

Le candidat des Verts est attendu. Il sera choisi lors de leur réunion de parti à la fin du mois.

Subscribe to our newsletters

Subscribe