Election décisive pour les pro-européens en République tchèque

Miloš Zeman, président sortant, pourrait être réélu par les Tchèques ce week-end. [Petr Pavluvcik/Shutterstock]

Le chef de l’État sortant, le pro-russe Miloš Zeman, ou son rival pro-européen, Jiří Drahoš ? Les électeurs tchèques tranchent ce week-end. La marge s’annonce étroite et chaque voix comptera.

Miloš Zeman, 73 ans, président actuel, vétéran de la gauche aussi connu pour ses opinions pro-chinoises et anti-musulmanes et bénéficiant d’un fort soutien en province, a obtenu 38,56 % au premier tour, tandis que Jiří Drahoš, 68 ans, en a réuni 26,60 %, grâce notamment aux électeurs de Prague et d’autres grandes villes.

Ce dernier Drahos était initialement donné favori à l’issue du premier tour, du fait que la plupart des sept autres candidats lui ont apporté leur soutien. À la veille du second tour, la balance penche toutefois du côté du président sortant.

Miloš Zeman s’est en effet montré particulièrement à l’aise lors du premier des deux débats de l’entre-deux-tours, face à un adversaire désavantagé par son manque d’expérience politique et pris au dépourvu par une atmosphère houleuse dans la salle.

L’ultime duel, diffusé jeudi soir par la télévision publique, était sensiblement plus équilibré. Miloš Zeman est le « symbole de la division » du pays et le « représentant d’une époque politique révolue », qui « n’a plus rien à offrir à ce pays », a-t-il attaqué.

Le président sortant, de son côté, a mis en avant ses 25 ans d’expérience politique et affirmé que son adversaire ne comprenait « pas du tout la politique ».

« Je suis plutôt content de ne pas avoir une expérience politique telle que la vôtre », lui a rétorqué son rival.

Jeudi, au terme d’une campagne tendue et ponctuée d’un grand nombre de fausses informations, les principales agences de paris tablaient sur une victoire du président sortant, avec la cote de 1,55, contre 2,55 pour son adversaire.

« Ce pays est à nous »

Dans un pays majoritairement opposé à l’accueil des migrants, Miloš Zeman – souvent taxé de populiste – n’a manqué aucune occasion pour attaquer son rival sur ce thème. Il a notamment rappelé qu’en juin 2017, Jiří Drahoš avait dit qu’« accueillir quelque 2 600 réfugiés ou migrants, une fois contrôlés du point de vue de la sécurité, ne devrait poser aucun problème ».

Dans tout le pays, les affiches de campagne du président sortant reprennent ce thème, en proclamant « Halte aux immigrants et à Drahos. Ce pays est à nous! Votez Zeman! ».

« Choisissons un changement! La décence est une force! », peut-on lire à l’inverse sur celles de son adversaire.

Le président sortant semble surtout mobiliser un grand nombre d’électeurs contre lui: parmi ceux qui veulent voter Drahos, 42 % disent vouloir surtout éviter une réélection de son adversaire, selon une enquête de l’agence STEM/MARK publiée en début de semaine. En face, l’électorat négatif hostile au candidat pro-européen est moins important (17 %).

S’il ne dispose pas de prérogatives aussi étendues qu’aux États-Unis ou en France, le président tchèque désigne le Premier ministre en fonction du résultat des élections législatives et nomme ensuite le gouvernement. Il entérine les lois adoptées par le Parlement et nomme aussi les membres du conseil de la banque centrale CNB, les juges et les professeurs d’université.

Le poste de chef de l’État bénéficie d’une autorité incontestable parmi les Tchèques, encore accentuée par le fait qu’il officie au Château de Prague, l’imposante ancienne résidence des rois de Bohême, sur une majestueuse colline dominant la « ville aux cent tours ».

Les bureaux de vote seront ouverts vendredi après-midi et samedi matin. Le résultat sera connu samedi après-midi.

Subscribe to our newsletters

Subscribe