Lors de son assemblée générale samedi (24 février), le Parti de la gauche européenne (PGE) a élu son président, Walter Baier, en tant que tête de liste et donc candidat à la présidence de la Commission européenne pour les élections de juin et a adopté son manifeste, dans lequel elle s’engage à placer les classes ouvrières au cœur de la lutte contre la crise climatique.
Membre du Parti communiste autrichien (KPÖ), M. Baier est le président du PGE depuis décembre 2022, et était auparavant impliqué dans la fondation liée au parti, « transform! europe ».
En janvier, Euractiv rapportait qu’il allait être nommé tête de liste, ou « Spitzenkandidat », bien qu’il ne soit pas très connu à Bruxelles, ce qui a suscité des interrogations au sein de la gauche.
En outre, il ne figure pas dans la liste électorale du KPÖ et n’est donc pas en lice pour un siège au Parlement européen.
Interrogé sur son manque d’expérience au sein des institutions européennes, il a déclaré aux médias : « Pour être franc, l’Europe, ce n’est pas seulement Bruxelles ».
« L’Europe, c’est 27 nations, des centaines de villes, des millions de citoyens, et la gauche européenne et le Spitzenkandidat veulent être la voix de ces gens, dont les voix sont très rarement entendues à Bruxelles », a-t-il déclaré après l’assemblée générale du parti à Ljubljana, qui n’était pas ouverte aux journalistes.
Le PGE n’a cependant pas réussi à fédérer l’ensemble des forces de gauche de l’UE.
Au lieu de cela, le camp de la gauche devrait se présenter aux élections avec deux programmes électoraux distincts, l’un émanant du PGE et l’autre de la plateforme parallèle Maintenant le peuple (MLP).
Le processus du Spitzenkandidat permet aux partis politiques européens d’élire en interne une tête de liste pour leur campagne électorale, qui devient également candidat à la présidence de la Commission européenne – un poste qui revient à la tête de liste du parti ayant obtenu le plus de voix.
Toutefois, les chances de M. Baier de devenir président de la Commission sont minces, car il dirige l’un des plus petits partis politiques européens.
De plus, le processus du Spitzenkandidat est largement considéré comme caduc depuis que les États membres de l’UE l’ont contourné en 2019 pour nommer l’actuelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Cette dernière a par ailleurs récemment présenté esa candidature pour un second mandat, qu’elle a de grandes chances de remporter à l’issue des élections de juin.
Les classes ouvrières au centre de la transition écologique
Lors de l’assemblée générale, le parti a également adopté son manifeste, qui comprend notamment un engagement dans la lutte contre le changement climatique tout en soulignant que les classes ouvrières doivent s’approprier la transition écologique.
« Il n’y aura pas de changement écologique si les classes populaires ne l’adoptent pas comme leur propre exigence et leur propre nécessité », a déclaré M. Baier.
« Nous ne voulons pas que la lutte pour la justice climatique devienne la préoccupation des classes moyennes, d’une minorité éclairée qui, par des moyens autoritaires, oppose le changement à la grande majorité de notre peuple », a-t-il ajouté.
Lors d’un entretien avec Euractiv en décembre, il a critiqué les Verts européens pour leur approche « élitiste » de la lutte contre la crise climatique.
Il a également souligné que la prochaine législature européenne devrait se concentrer davantage sur la crise du coût de la vie, étant donné que la négligence des partis au pouvoir aujourd’hui est à blâmer pour la montée de l’extrême droite.
Selon lui, les politiques adoptées par ces partis « n’offrent pas de conditions de vie décentes à de larges franges de la société ».
Le manifeste comprendra des propositions visant à résoudre la crise du logement, notamment une nouvelle directive prévoyant un plafond légal pour les loyers et l’inscription du droit à un logement abordable dans les traités de l’UE.
Malgré le contexte géopolitique actuel, le parti s’oppose à un renforcement militaire accru et aux 2 % de dépenses de défense exigés par l’OTAN.
« Lorsque les membres du Parlement européen et de la Commission européenne demandent 2 % du PIB pour les dépenses d’armement, c’est le contraire qu’il faut faire. Il faut consacrer 2 % de notre PIB à la culture et à l’art, à l’éducation, aux soins de santé et au renforcement des services publics », a-t-il déclaré.
Au lieu d’augmenter les dépenses de défense pour soutenir l’Ukraine, M. Baier appelle à une « stratégie internationale et à des mesures en faveur de la paix et de la justice, afin de mettre un terme à cette guerre épouvantable ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



